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Trente-six ans après avoir découvert ce trimaran mythique en Guadeloupe, Damien Seguin s’apprête à en prendre la barre pour la Route du Rhum 2026. Le 1er novembre prochain, le double champion paralympique s’élancera de Saint-Malo à bord d’Arkéa – Handicap International, un ancien ORMA 60 entièrement rénové en moins de dix mois. Pour sa cinquième participation à la transatlantique, le navigateur affiche une ambition claire : remporter la catégorie Vintage Multi, tout en portant un projet engagé en faveur de l’inclusion et de la solidarité.
Un trimaran de légende reprend le large, 36 ans après
L'histoire aurait difficilement pu être mieux écrite. En 1990, alors âgé de seulement 10 ans, Damien Seguin assiste à l'arrivée de la Route du Rhum en Guadeloupe. Parmi les bateaux qui le fascinent figure un impressionnant trimaran de 60 pieds, conçu par l'architecte britannique Nigel Irens et rendu célèbre par Mike Birch, puis Loïck Peyron. Cette année-là, le multicoque termine à la quatrième place de la célèbre transatlantique. Le jeune Damien parvient même à monter à bord et à obtenir un autographe de Mike Birch, sans imaginer qu'il retrouverait un jour ce bateau dans des circonstances bien différentes.
Trente-six ans plus tard, le navigateur français s'apprête à prendre la barre de ce même trimaran pour sa cinquième Route du Rhum. Une aventure rendue possible grâce au Crédit Mutuel Arkéa, à Handicap International et à toute une équipe mobilisée autour d'un objectif particulièrement ambitieux : redonner vie à un multicoque de légende pour lui permettre de retrouver la compétition au plus haut niveau.
Il y a dix mois encore, l'ancien ORMA attendait sa renaissance sur un terre-plein. Plutôt que de construire un bateau neuf, les partenaires du projet ont choisi de restaurer cette machine historique, en conservant son identité tout en l'adaptant aux exigences de la course au large moderne. Après quatre mois de travaux au chantier École Performance, le trimaran a retrouvé l'eau en mai dernier, avant d'être officiellement baptisé à Brest, fin juin, en présence de ses parrain et marraine, Loïck Peyron et Marie-Amélie Le Fur.
« En moins de 10 mois, nous sommes passés d'un trimaran de 1990 nécessitant une profonde remise en état à un bateau prêt à gagner la Route du Rhum », se réjouit Damien Seguin. Le skipper ne cache d'ailleurs pas ses ambitions : il compte bien se battre pour la victoire dans la catégorie Vintage Multi, réservée aux multicoques historiques.
Une rénovation entre héritage maritime et innovations techniques
Faire revivre un trimaran conçu il y a plus de trente-cinq ans tout en le préparant à une traversée de l'Atlantique en solitaire représentait un véritable défi technique. Les équipes ont donc entrepris une rénovation approfondie, en accordant une attention particulière à la fiabilité, à la sécurité et à l'ergonomie du bateau.
Parmi les principales modifications figure la création d'un nouveau toit de cockpit en bois, destiné à améliorer la protection du navigateur. Le multicoque a également été équipé d'une grand-voile en fibre d'ortie, conçue par la Voilerie All Purpose, ainsi que de panneaux solaires et d'une éolienne pour favoriser le recours aux énergies alternatives à bord. Ces choix s'inscrivent dans une démarche visant à prolonger la vie d'un bateau existant plutôt qu'à repartir de zéro.
L'adaptation du trimaran aux besoins de Damien Seguin a également nécessité un important travail sur l'organisation du poste de pilotage et la sécurité en solitaire. Le navigateur, né sans main gauche, doit pouvoir effectuer l'ensemble des manœuvres et intervenir rapidement en cas de difficulté, notamment lorsque les conditions météorologiques se dégradent. Les différents aménagements ont ainsi été pensés pour faciliter ses déplacements et lui permettre d'exploiter pleinement le potentiel du multicoque.
Cette modernisation illustre toute la singularité du projet Arkéa – Handicap International : associer un bateau chargé d'histoire, des solutions techniques contemporaines et une volonté de démontrer que la performance peut aussi passer par la transmission et la réutilisation de l'existant.
Un système anti-chavirage spécialement développé pour la course
Parmi les innovations embarquées, l'une des plus importantes concerne la prévention du chavirage. Contrairement à un monocoque, un trimaran ne peut pas se redresser seul après un retournement. À bord d'un multicoque de 18 mètres mené en solitaire, la maîtrise de ce risque constitue donc un enjeu majeur, particulièrement lors d'une transatlantique où le skipper doit composer avec la fatigue, les changements de vent et les manœuvres permanentes.
Pour renforcer la sécurité du bateau, Damien Seguin et son équipe ont travaillé avec Pixel sur Mer, une entreprise bretonne implantée à Lorient et à Brest, spécialisée dans l'électronique embarquée et le traitement des données pour la course au large. Ensemble, ils ont développé un système anti-chavirage sur mesure, adapté aux caractéristiques de cet ancien ORMA et aux contraintes d'une navigation en solitaire.
Le dispositif a été testé et validé par le navigateur durant sa préparation. En septembre, Damien Seguin a notamment bouclé son parcours de qualification en solitaire, une étape indispensable pour confirmer la fiabilité du bateau et éprouver les nouveaux équipements en conditions réelles. Cette navigation lui a également permis de retrouver ses automatismes et de mieux appréhender le comportement du trimaran avant le grand départ.
« J'ai pu valider le système anti-chavirage développé avec Pixel sur Mer. La sécurité est un enjeu essentiel pour moi », souligne le skipper, désormais confiant dans sa préparation. « Toute l'équipe a relevé un défi immense. Aujourd'hui, je connais ma machine, je me sens prêt. »
Un défi sportif qui porte aussi un message d'inclusion
Au-delà de l'ambition sportive, cette participation à la Route du Rhum s'inscrit dans un engagement que Damien Seguin défend depuis de nombreuses années : montrer que le handicap ne doit pas constituer un obstacle à la réalisation de projets ambitieux, à condition que les moyens et les adaptations nécessaires soient mis en place.
Né sans main gauche, le navigateur possède déjà un parcours particulièrement remarquable. Double champion paralympique de voile, il est devenu le premier skipper en situation de handicap à terminer le Vendée Globe, lors de l'édition 2020-2021, avant de renouveler cet exploit en 2024-2025. Ces deux tours du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, ont contribué à faire évoluer le regard porté sur le handicap dans l'univers de la course au large.
Pour cette nouvelle aventure, Damien Seguin retrouve Handicap International, avec qui il avait déjà collaboré lors de la Route du Rhum 2014. L'association souhaite profiter de la visibilité de l'événement pour sensibiliser le grand public aux enjeux de l'inclusion, de l'accessibilité et de la solidarité internationale. Le projet ne se limite donc pas à la traversée de l'Atlantique : des opérations de sensibilisation auprès des scolaires sont également prévues, notamment un temps d'échange pendant la course, ainsi qu'une campagne d'appel aux dons pour soutenir les actions de l'ONG auprès des personnes handicapées et vulnérables dans le monde.
Le Crédit Mutuel Arkéa partage cette volonté de donner une dimension humaine à l'aventure. Partenaire titre du trimaran, le groupe bancaire breton a choisi de soutenir un projet qui associe performance sportive, transmission du patrimoine maritime et engagement sociétal. La restauration de l'ancien ORMA s'inscrit pleinement dans cette philosophie, en démontrant qu'un bateau historique peut encore relever de nouveaux défis grâce au travail collectif et à l'innovation.
Cap sur Saint-Malo et la victoire en Vintage Multi
À quelques jours du départ, fixé au dimanche 1er novembre 2026 à Saint-Malo, Damien Seguin aborde donc sa cinquième Route du Rhum avec un bateau entièrement rénové et une préparation désormais achevée. Après les mois de chantier, la remise à l'eau, le baptême et les navigations de qualification, le projet entre dans sa dernière ligne droite.
Le défi s'annonce néanmoins exigeant. Avec ses 18 mètres de long et sa conception héritée des années 1990, Arkéa – Handicap International reste un multicoque puissant, dont les performances dépendront autant des choix météorologiques que de la capacité du skipper à maintenir un rythme soutenu tout au long de la traversée. En solitaire, chaque manœuvre et chaque décision compteront, particulièrement lors des premières journées dans l'Atlantique Nord, où les conditions peuvent rapidement devenir difficiles.
Mais Damien Seguin connaît parfaitement les exigences de la course au large. Fort de ses deux Vendée Globe et de son expérience sur différentes générations de bateaux, il entend mettre toutes ses compétences au service de cette nouvelle aventure. Pour lui, la Route du Rhum 2026 représente aussi une occasion unique de renouer avec un souvenir d'enfance, celui d'un jeune garçon émerveillé devant un trimaran à son arrivée en Guadeloupe.
Trente-six ans après cette première rencontre, le navigateur retrouvera le même bateau, mais cette fois à sa barre. Et si l'histoire possède déjà une dimension symbolique forte, Damien Seguin espère désormais lui offrir la plus belle des conclusions : une victoire à Pointe-à-Pitre dans la catégorie Vintage Multi.
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