La tortue caouanne, cette grande voyageuse de plus en plus visible sur nos côtes méditerranéennes

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Longtemps cantonnées à quelques apparitions en mer, les caouannes sont désormais aussi observées en train de pondre sur des plages françaises. Une présence encourageante, mais encore fragile, qui oblige baigneurs, plaisanciers et promeneurs à changer quelques habitudes.

Longtemps cantonnées à quelques apparitions en mer, les caouannes sont désormais aussi observées en train de pondre sur des plages françaises. Une présence encourageante, mais encore fragile, qui oblige baigneurs, plaisanciers et promeneurs à changer quelques habitudes.

© AdobeStock - Yana

On la reconnaît d’abord à sa tête massive, plus large que celle des autres tortues marines. Puis viennent la carapace brun rougeâtre, les puissantes nageoires et cette façon de remonter respirer sans bruit avant de disparaître à nouveau. La tortue caouanne, Caretta caretta, n’est pas une visiteuse inconnue en Méditerranée française. Elle fréquente depuis longtemps nos eaux pour s’alimenter ou circuler. Ce qui change, c’est la répétition des pontes observées sur le littoral continental et en Corse.
Le phénomène reste récent à l’échelle de la vie d’une espèce. Jusqu’au début des années 2000, la Méditerranée occidentale n’était pas considérée comme une zone habituelle de nidification. Depuis 2016, les signalements se multiplient. En 2024, onze nids ont été repérés entre les Pyrénées-Orientales et le Var, dont plusieurs ont donné naissance à des tortillons. Il ne s’agit pas encore d’une installation comparable aux grandes plages de ponte de Grèce, de Turquie ou de Chypre, mais ce changement n’a plus rien d’anecdotique.


Une vie entière dessinée par les courants

Une tortue caouanne ne connaît pas une seule Méditerranée. Après l’éclosion, les jeunes gagnent le large et se laissent en partie porter par les courants, tout en apprenant rapidement à nager et à se nourrir. Elles passent plusieurs années dans un univers pélagique, au milieu des algues flottantes et des petites proies, avant de fréquenter davantage les secteurs côtiers. Crustacés, mollusques et autres animaux à coquille composent une bonne part de leur menu ; leurs mâchoires puissantes sont faites pour broyer.
Leur croissance est lente et la maturité sexuelle tardive. Une femelle peut parcourir des centaines, parfois des milliers de kilomètres, puis revenir pondre dans une région proche de son lieu de naissance. De nuit, elle se hisse au-dessus de la laisse de mer, creuse une cavité dans le sable avec ses nageoires arrière, y dépose généralement plusieurs dizaines d’œufs, rebouche le nid et repart. L’incubation dure environ deux mois, avec de fortes variations selon la température du sable.


Davantage de pontes, mais pas encore une explication unique

Le réchauffement de la Méditerranée et des plages est une hypothèse évidente pour expliquer cette progression vers l’ouest et le nord. Il peut rendre certaines zones plus favorables à la reproduction. Mais les scientifiques restent prudents. Une meilleure surveillance du littoral augmente aussi les chances de repérer une trace, un nid ou une émergence qui seraient autrefois passés inaperçus. Les femelles peuvent en outre explorer naturellement de nouveaux sites. Plusieurs mécanismes se combinent probablement.
La température du sable ne décide pas seulement de la vitesse d’incubation : elle intervient aussi dans la détermination du sexe des jeunes. Une plage trop chaude peut produire une majorité de femelles, voire réduire le succès d’éclosion. L’apparition de nids plus au nord ne constitue donc pas mécaniquement une bonne nouvelle. Pour qu’une nouvelle zone de ponte devienne durable, encore faut-il que les œufs se développent, que les petits rejoignent la mer et que certains survivent plusieurs décennies jusqu’à la reproduction.


Sur une plage, le meilleur geste consiste à reculer

Une tortue qui sort de l’eau ne doit jamais être éclairée, touchée ou encerclée. Les lampes, les flashes, le bruit et les silhouettes placées devant elle peuvent la faire renoncer à pondre. Il faut s’éloigner, tenir les chiens en laisse et prévenir rapidement les services compétents ou le réseau local de suivi. Une simple trace en forme de large chenille dans le sable mérite elle aussi d’être signalée sans être piétinée.
Lors de l’émergence, les tortillons s’orientent vers la zone la plus lumineuse, normalement l’horizon marin. Les éclairages de promenade, de restaurant ou de parking peuvent les attirer dans la mauvaise direction. On ne les porte pas jusqu’à l’eau : le trajet sur le sable fait partie de leur mise en route et doit être encadré par les spécialistes lorsque le nid est suivi. Les périmètres installés autour des pontes ne sont pas des attractions, mais des zones de quiétude.


En mer, une rencontre qui impose de ralentir

Pour un plaisancier, l’observation est souvent brève : une tête apparaît entre deux vagues, parfois près d’un objet flottant ou d’une zone riche en méduses. Il faut réduire l’allure, garder ses distances et ne pas tenter de suivre l’animal au moteur. Les collisions, les captures accidentelles, les hameçons, les filets abandonnés et l’ingestion de plastiques font partie des principales menaces rencontrées en mer.
La caouanne est intégralement protégée. Une tortue blessée, empêtrée ou échouée ne doit pas être remise à l’eau sans avis : elle peut avoir besoin de soins, même si elle bouge encore. L’observation précise du lieu, de l’heure et de l’état de l’animal est alors plus utile qu’une manipulation improvisée. Voir davantage de caouannes sur nos côtes ne signifie pas que l’espèce est sauvée. Cela nous donne surtout une occasion rare : apprendre à partager une plage et un plan d’eau avec une voyageuse qui était là bien avant nos ports et nos routes maritimes.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.