Pêche à l’anguille : une tradition qui se perd entre estuaires et nuit tombée

Pêche en mer
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Elle se pratiquait autrefois à la lueur d’une lampe, au bord des marais, dans les petits fleuves côtiers ou au fond des estuaires. Longtemps familière des pêcheurs professionnels comme des riverains, la pêche à l’anguille appartient à un patrimoine populaire aujourd’hui fragilisé. La raréfaction de l’espèce, l’évolution des milieux aquatiques et le durcissement des règles ont peu à peu fait disparaître ces silhouettes qui attendaient la nuit pour relever leurs lignes et leurs nasses.

Elle se pratiquait autrefois à la lueur d’une lampe, au bord des marais, dans les petits fleuves côtiers ou au fond des estuaires. Longtemps familière des pêcheurs professionnels comme des riverains, la pêche à l’anguille appartient à un patrimoine populaire aujourd’hui fragilisé. La raréfaction de l’espèce, l’évolution des milieux aquatiques et le durcissement des règles ont peu à peu fait disparaître ces silhouettes qui attendaient la nuit pour relever leurs lignes et leurs nasses.

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Lorsque la pêche commençait au coucher du soleil

À mesure que la lumière baissait, une autre vie commençait sur les berges. Dans les estuaires, les canaux et les zones humides du littoral atlantique, les pêcheurs préparaient leurs lignes de fond, installaient leurs nasses ou vérifiaient les engins posés quelques heures plus tôt. L’anguille est un poisson discret. Elle passe une grande partie de la journée cachée dans la vase, sous les pierres ou dans les herbiers. C’est souvent à la nuit tombée qu’elle devient plus active et part chercher vers, petits poissons et crustacés.

Cette activité nocturne donnait à sa pêche une atmosphère particulière. Il fallait connaître les marées, surveiller le courant, choisir les bons appâts et patienter dans l’obscurité. Quelques gestes précis, une lampe, un panier, parfois une barque à fond plat : le matériel pouvait sembler rudimentaire, mais la pratique demandait une véritable connaissance du milieu. Sur les rives de la Loire, de la Gironde, de l’Adour ou dans les marais de l’Ouest, ce savoir se transmettait d’une génération à l’autre. Chacun connaissait un fossé plus profond, une écluse favorable ou une berge où les anguilles venaient se nourrir après la pluie.

 

Un poisson au parcours hors du commun

Derrière son apparence familière se cache l’un des cycles de vie les plus étonnants du monde aquatique. L’anguille européenne naît dans l’Atlantique, probablement dans la mer des Sargasses. Ses larves dérivent ensuite avec les courants jusqu’aux côtes européennes. Devenues transparentes, les jeunes anguilles, appelées civelles, pénètrent dans les estuaires avant de remonter les fleuves, les rivières et les marais.

Elles y grandissent pendant plusieurs années avant de se transformer en anguilles argentées et de reprendre le chemin de l’océan pour rejoindre leur zone de reproduction. Cette migration exceptionnelle suppose de pouvoir circuler librement entre la mer et les eaux continentales. L’estuaire constitue donc une étape essentielle, à la fois porte d’entrée pour les civelles et passage obligé pour les adultes qui repartent vers le large. C’est ce qui explique l’importance historique de cette pêche dans les territoires littoraux.

 

Des techniques adaptées à chaque territoire

Il n’existait pas une seule manière de pêcher l’anguille, mais une multitude de pratiques locales. La pêche à la ligne pouvait se pratiquer depuis une berge ou une embarcation, avec un ver de terre ou un petit poisson comme appât. Les lignes de fond étaient parfois laissées plusieurs heures avant d’être relevées. Dans les zones peu profondes, certains pêcheurs utilisaient des nasses ou des bosselles placées dans le sens du courant.

Ailleurs, des engins fixes étaient installés près des écluses ou dans les canaux, tandis que la pêche professionnelle à la civelle se concentrait dans les estuaires au moment des remontées saisonnières. Chaque technique dépendait du niveau de l’eau, des marées, de la pluie ou encore de la température. Cette attention constante aux éléments faisait de la pêche à l’anguille bien plus qu’un simple prélèvement : elle imposait de savoir lire le paysage.

 

Une espèce devenue rare

Ce monde s’est progressivement effacé à mesure que les populations d’anguilles diminuaient. Autrefois très répandue dans les eaux douces européennes, l’espèce connaît une forte régression depuis plusieurs décennies. Les causes sont nombreuses : barrages, seuils et ouvrages hydrauliques qui compliquent les migrations, dégradation de la qualité de l’eau, disparition des zones humides, parasites, changements océaniques ou encore pression de pêche.

Face à ce déclin, l’Union européenne a renforcé la protection de l’anguille. En France, la pêche est désormais strictement encadrée, avec des périodes d’ouverture limitées et une réglementation qui varie selon les bassins et les catégories d’anguilles.

 

Quand les pêcheurs disparaissent avec le poisson

La raréfaction de l’anguille entraîne aussi celle des hommes et des femmes qui savaient la pêcher. Dans certains villages, les nasses restent suspendues au mur d’une grange ou exposées dans un musée local. Les barques ne sortent plus la nuit et les anciens racontent encore les prises abondantes, les longues attentes au bord de l’eau ou les repas préparés au retour de pêche.

L’anguille occupait une place importante dans les cuisines régionales. Grillée, fumée, en matelote ou cuisinée au vin, elle faisait partie des traditions culinaires de nombreux territoires. Mais lorsque les captures diminuent et que la pratique devient plus complexe, la transmission finit par s’interrompre. Ce ne sont pas seulement des techniques qui disparaissent, mais aussi un vocabulaire, des recettes et une manière d’habiter les estuaires.

 

Préserver l’anguille pour sauver une mémoire

La protection de l’espèce ne signifie pas l’oubli de cette culture. Restaurer les zones humides, améliorer la qualité de l’eau et faciliter le franchissement des ouvrages sont aujourd’hui des enjeux essentiels pour permettre à l’anguille de poursuivre son incroyable migration. Certaines nuits, il reste encore possible d’apercevoir une lampe sur une berge ou une petite embarcation glissant entre les roseaux. Mais ces scènes deviennent rares.

La pêche à l’anguille appartient désormais à un patrimoine vivant qu’il est urgent de préserver. Car en protégeant ce poisson migrateur, c’est aussi une part de l’histoire des estuaires, de leurs paysages et des femmes et des hommes qui les ont façonnés que l’on contribue à transmettre.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.