Accidents de décompression : comprendre les paliers et pourquoi ils sont vitaux

Plongée
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

En plongée, remonter vers la surface ne consiste pas simplement à regagner l’air libre. Après avoir passé plusieurs dizaines de minutes sous pression, l’organisme doit lui aussi « remonter » progressivement. C’est précisément le rôle des paliers de décompression : laisser au corps le temps d’éliminer les gaz accumulés pendant l’immersion et éviter un accident potentiellement grave.

En plongée, remonter vers la surface ne consiste pas simplement à regagner l’air libre. Après avoir passé plusieurs dizaines de minutes sous pression, l’organisme doit lui aussi « remonter » progressivement. C’est précisément le rôle des paliers de décompression : laisser au corps le temps d’éliminer les gaz accumulés pendant l’immersion et éviter un accident potentiellement grave.

© AdobeStock - Massimo

Sous l’eau, notre corps absorbe davantage d’azote

Tout commence avec la pression. Plus un plongeur descend, plus la pression ambiante augmente. À 10 mètres de profondeur, elle est déjà environ deux fois supérieure à celle ressentie à la surface. À 20 mètres, elle est proche de trois fois supérieure. En respirant de l’air comprimé, le plongeur absorbe alors davantage de gaz inertes, principalement de l’azote. Celui-ci se dissout progressivement dans le sang et les différents tissus de l’organisme. Plus la plongée est profonde et longue, plus cette quantité peut devenir importante. Pendant la descente et le séjour au fond, cela ne pose généralement pas de problème. C’est au moment de la remontée que la situation devient plus délicate.

 

Le danger apparaît lorsque la pression diminue

À mesure que le plongeur remonte, la pression extérieure baisse. L’azote accumulé dans l’organisme doit alors être progressivement évacué par le sang, transporté jusqu’aux poumons puis expiré. Si cette diminution de pression est suffisamment progressive, le phénomène reste maîtrisé. Mais lorsque la remontée est trop rapide ou que les obligations de décompression ne sont pas respectées, des bulles de gaz peuvent se former dans le sang et les tissus. Elles peuvent alors perturber la circulation sanguine, comprimer certains tissus et provoquer des réactions inflammatoires. C’est ce phénomène qui est à l’origine de la maladie de décompression, parfois appelée « mal des caissons ».

 

Le palier, une pause pour laisser travailler l’organisme

Un palier de décompression consiste à interrompre volontairement la remontée à une profondeur déterminée pendant une durée précise. Pendant cette période, la pression continue d’aider à maintenir les gaz sous une forme suffisamment contrôlée tandis que l’organisme poursuit progressivement son élimination de l’azote. La profondeur et la durée de ces paliers dépendent notamment du profil de plongée : profondeur maximale atteinte, durée passée sous l’eau, éventuelles plongées précédentes et gaz respiré. Les ordinateurs de plongée calculent désormais en permanence ces paramètres et indiquent au plongeur ses éventuelles obligations de décompression. Une plongée profonde ou prolongée peut ainsi imposer plusieurs arrêts successifs avant de pouvoir rejoindre la surface.

 

Palier de sécurité et palier obligatoire : une différence essentielle

Tous les arrêts effectués à la remontée ne répondent pas exactement à la même logique. Lors d'une plongée restant dans les limites dites « sans décompression », aucun palier obligatoire n'est théoriquement nécessaire. De nombreux plongeurs effectuent néanmoins un palier de sécurité, généralement pendant quelques minutes autour de 5 mètres de profondeur, afin de rendre la remontée encore plus progressive. Le palier de décompression obligatoire, lui, apparaît lorsque le profil de la plongée dépasse ces limites. Il n’est alors plus question d’une précaution supplémentaire : le plongeur doit respecter les profondeurs et les durées indiquées par son ordinateur ou son protocole de décompression. Interrompre ou supprimer ce palier augmente le risque d’accident de décompression.

 

Les derniers mètres sont loin d’être anodins

Il peut être tentant de penser qu’une fois revenu à quelques mètres de la surface, l’essentiel du danger est derrière soi. C’est justement l’inverse : les variations relatives de pression deviennent particulièrement importantes dans les faibles profondeurs. Entre 10 mètres et la surface, par exemple, la pression passe approximativement de deux atmosphères à une seule. C’est une variation considérable sur seulement dix mètres. La remontée doit donc rester parfaitement contrôlée jusqu’au bout. Les recommandations exactes peuvent varier selon les organismes de formation et les équipements utilisés, mais la règle reste la même : pas de remontée précipitée et surveillance constante de son ordinateur.

 

À quoi ressemble un accident de décompression ?

Les manifestations peuvent être très différentes d’un plongeur à l’autre. Une douleur articulaire inhabituelle, une fatigue anormale, des démangeaisons ou une peau marbrée peuvent constituer les premiers signes. Les formes neurologiques sont plus préoccupantes : fourmillements, engourdissements, faiblesse musculaire, vertiges, troubles de l’équilibre ou difficultés à uriner peuvent notamment apparaître. Dans les cas les plus graves, des difficultés respiratoires, des troubles de la conscience, des convulsions ou une paralysie peuvent survenir. Une maladie de décompression sévère constitue alors une urgence médicale. Les symptômes ne surviennent d’ailleurs pas nécessairement dès la sortie de l’eau. Ils peuvent apparaître progressivement dans les heures suivant la plongée.

 

Respecter son ordinateur ne signifie pas risque zéro

Les modèles de décompression sont extrêmement précieux, mais ils ne constituent pas une garantie absolue. Deux plongeurs ayant effectué exactement le même profil peuvent réagir différemment. La profondeur, la durée et la vitesse de remontée restent parmi les principaux paramètres du risque, mais d’autres éléments peuvent intervenir, notamment le froid, la fatigue ou la déshydratation. Les plongées successives demandent également une vigilance particulière, car une partie de l’azote absorbé lors de la plongée précédente reste présente dans l’organisme. Cela explique pourquoi une certaine marge de prudence reste indispensable, même lorsqu’un ordinateur indique qu’une plongée respecte les limites prévues.

 

Un accident suspecté ne se « soigne » pas en replongeant

Après une plongée, toute manifestation inhabituelle compatible avec un accident de décompression doit être prise au sérieux. L’administration d’oxygène à forte concentration fait partie des premières mesures recommandées lorsqu’elle peut être réalisée par une personne formée, en attendant une prise en charge médicale. Le traitement spécialisé repose notamment sur la recompression en caisson hyperbare. Il ne faut en revanche pas tenter de retourner sous l’eau pour effectuer soi-même les paliers qui auraient été oubliés. Une suspicion d’accident nécessite une évaluation médicale et une prise en charge adaptée.

 

En plongée, la remontée fait partie de la plongée

Les paliers peuvent parfois donner l’impression d’être une contrainte imposée à la fin d’une exploration. Ils sont en réalité une partie intégrante de la plongée, au même titre que la préparation du matériel ou la gestion de l’air. Anticiper sa décompression, surveiller son ordinateur, conserver suffisamment de gaz pour la remontée et ne jamais accélérer les derniers mètres permettent de réduire fortement les risques. Car sous l’eau, atteindre le fond n’est que la moitié du voyage. Une plongée réussie est avant tout une plongée dont on revient lentement et en sécurité.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.