En novembre, l’été austral s’installe au Mozambique tandis que la saison des requins-baleines commence aux Philippines. Tofo, Donsol et d’autres sites de l’océan Indien offrent alors des occasions d’observer le plus grand poisson du monde dans son milieu naturel, sans garantie de rencontre. Voici comment choisir un spot, comprendre les conditions de mer et préparer une sortie qui laisse l’animal libre de ses mouvements.

Novembre, un mois de transition pour le plus grand poisson du monde
Le requin-baleine n’est pas une baleine, mais un poisson cartilagineux qui respire par des branchies. Son nom évoque sa taille et son régime : ce géant, qui peut dépasser dix mètres, filtre dans l’eau plancton et petits organismes. Il nage souvent bouche ouverte près de la surface, ce qui rend possible une observation en snorkeling depuis un bateau, mais cette proximité ne transforme pas l’animal en attraction docile. Il peut plonger, changer de cap ou disparaître pendant des heures. Novembre est intéressant parce qu’il ouvre plusieurs fenêtres saisonnières dans l’hémisphère Sud et en Asie. Au large du Mozambique, les eaux côtières de la province d’Inhambane sont réputées pour accueillir des requins-baleines juvéniles attirés par le plancton. La saison la plus régulière est généralement située entre le printemps austral et l’été, souvent d’octobre à mars, mais les observations varient avec les conditions océaniques. Dans la baie de Donsol, aux Philippines, les autorités touristiques indiquent une saison habituelle de novembre au début juin, avec un pic plutôt de février à mai. En novembre, on se trouve donc au début de la période, pas au meilleur moment statistique pour promettre une rencontre.
Cette nuance est essentielle pour organiser son voyage. Les concentrations de plancton, la température de surface, les courants et les épisodes météorologiques influencent la présence des animaux. Les dates d’ouverture d’un centre ou d’une excursion ne sont pas une garantie de visibilité. Un séjour devrait conserver une marge pour reporter la sortie et prévoir d’autres activités marines, comme la plongée sur récif, la découverte d’une mangrove ou une promenade côtière.
1. Tofo, au Mozambique, le grand large d’Inhambane
La plage de Tofo, près d’Inhambane, est l’un des noms les plus connus pour rechercher les requins-baleines en Afrique australe. On y part en bateau vers les eaux du large, où les animaux se nourrissent parfois près de la surface. L’intérêt du site tient aussi à la diversité des observations possibles : raies manta, tortues, dauphins et, selon la saison, baleines à bosse peuvent fréquenter la région. En novembre, la migration des baleines à bosse est en fin de période sur cette côte, tandis que le requin-baleine devient une espèce recherchée à l’approche de l’été austral. L’expérience est physique. Le trajet peut être secoué par la houle, le soleil tape fort et le bateau doit parfois couvrir une distance importante avant de localiser un animal. Les sorties se font généralement tôt, lorsque la mer est plus maniable et la lumière plus douce. Il faut savoir nager en eau libre avec un masque, un tuba et des palmes, garder une flottabilité maîtrisée et remonter à bord sans gêner les autres passagers. Les plongeurs certifiés pourront préférer une immersion autonome sur les récifs, mais la rencontre avec un requin-baleine reste une possibilité, jamais un objectif garanti d’une plongée.
Le choix de l’opérateur compte autant que la date. Privilégiez une structure qui explique son protocole avant la mise à l’eau, limite le nombre de nageurs dans l’eau et demande au bateau de ne pas couper la route de l’animal. L’équipage doit pouvoir renoncer à l’approche si la houle, la visibilité ou le comportement du requin ne permettent pas une observation calme. Les études de la Marine Megafauna Foundation rappellent par ailleurs que les observations de requins-baleines au large de Tofo ont fortement décliné entre 2005 et 2019. Cette tendance ne préjuge pas de ce qu’un visiteur verra un jour donné, mais elle invite à considérer la rencontre comme un privilège, pas comme une prestation due.
2. Donsol, aux Philippines, une saison qui débute
Dans la province de Sorsogon, au sud de l’île de Luçon, Donsol défend une approche d’observation en mer qui s’appuie sur les guides locaux et les règles de la municipalité. Les visiteurs embarquent avec un guide spécialisé, souvent désigné comme Butanding Interaction Officer. Le bateau recherche les nageoires en surface ; si un requin est repéré et que les conditions le permettent, les nageurs entrent dans l’eau brièvement, sous la supervision de l’équipe. En novembre, il faut accepter une part d’incertitude plus forte qu’en février ou mars. Le site touristique officiel de Donsol situe la saison habituelle de novembre au début juin et désigne février à mai comme période de pointe. La saison peut commencer avec des passages irréguliers, et l’activité dépend de la présence du plancton, de la météo et de l’état de la mer. Avant de réserver un séjour construit autour de cette sortie, contactez l’office du tourisme pour connaître les observations récentes et les opérations effectivement ouvertes.
Donsol est également une destination de séjour, et non un simple quai d’embarquement. Une excursion sur la rivière au crépuscule permet d’observer les lucioles, tandis que les villages de la région et les paysages volcaniques du Bicol donnent de la matière à une étape de plusieurs jours. Ce programme de repli est une bonne façon de ne pas transformer la journée en échec si aucun requin n’apparaît. Il est également plus respectueux de l’animal de ne pas multiplier les départs en mer dans l’espoir d’une rencontre à tout prix.
Les règles locales interdisent notamment de nourrir, toucher, poursuivre ou encercler les requins. Restez à la distance prescrite par le guide, ne tentez pas de les attraper par la nage et ne nagez pas directement devant leur tête ou derrière leur queue. Un animal qui accélère ou plonge indique qu’il faut interrompre l’approche. Le guide connaît le protocole en vigueur, qui peut être ajusté par les autorités : ses consignes priment sur les conseils généraux lus avant le départ.
3. Mafia Island, en Tanzanie, au fil du canal de Mafia
Au large de la Tanzanie, l’île de Mafia est souvent associée aux observations de requins-baleines, notamment dans les eaux de la baie de Kilindoni. La période de présence peut s’étendre sur plusieurs mois, mais la saison et la fréquence d’observation doivent être confirmées auprès des opérateurs locaux avant de réserver. Pour novembre, cette destination peut compléter un itinéraire est-africain, à condition de ne pas confondre des moyennes saisonnières et une promesse quotidienne. Les sorties sont généralement organisées en bateau, avec mise à l’eau en snorkeling lorsque l’animal se trouve dans une position qui s’y prête. D’autres endroits des Philippines, en particulier certaines zones de Cebu, proposent des rencontres beaucoup plus prévisibles. Cette prévisibilité peut venir du nourrissage ou de la concentration artificielle des animaux. Le modèle d’Oslob, où des requins-baleines sont attirés par des apports de nourriture, fait l’objet de critiques scientifiques et de conservation, car il modifie les comportements et crée une forte fréquentation autour des animaux. Pour un article qui recommande une rencontre en milieu naturel, Donsol est donc un choix plus cohérent. Avant de choisir un autre site, demandez explicitement si les animaux sont nourris, appâtés, touchés ou retenus dans une zone d’observation.
L’expression « nager avec » masque parfois des conditions de participation différentes. Sur certains sites, les visiteurs restent sur le bateau et observent les animaux depuis le pont ; ailleurs, une mise à l’eau est prévue, mais seulement si elle peut se faire sans stress ni danger. Les personnes peu à l’aise en mer peuvent profiter de l’observation depuis le bateau et n’ont aucune obligation de sauter à l’eau. Les enfants doivent être capables de suivre immédiatement les consignes et de conserver leur calme en eau libre ; les limites d’âge et les équipements de flottaison sont fixés par l’opérateur.
4. South Ari, aux Maldives, des observations toute l’année
Dans l’atoll d’Ari Sud, le South Ari Marine Protected Area protège une zone de récif où les requins-baleines sont observés toute l’année. Novembre se situe dans une période souvent considérée comme favorable aux rencontres, mais l’abondance varie d’un mois à l’autre et d’une année à l’autre. Le site abrite aussi des tortues, des raies manta et de nombreux poissons de récif. Les excursions partent d’îles habitées ou de resorts, en bateau, et combinent souvent recherche en surface et snorkeling lorsque la mer et la position de l’animal s’y prêtent. La popularité du secteur crée un enjeu de gestion : plusieurs bateaux et groupes de nageurs peuvent se retrouver autour du même requin. Choisissez un opérateur qui suit les règles du parc, contrôle l’approche des embarcations et n’encourage ni la poursuite ni l’attroupement. Un masque et un tuba suffisent pour l’observation ; une certification de plongée bouteille ne donne pas le droit de rejoindre l’animal sous l’eau si les règles locales réservent la rencontre à la surface. Les Maldives demandent un passeport et peuvent exiger une déclaration ou une autorisation de voyage selon les règles du moment : vérifiez les formalités officielles avant de réserver.
5. La Paz, au Mexique, une baie fréquentée dès l’automne
Dans la baie de La Paz, en Basse-Californie du Sud, les requins-baleines reviennent habituellement à partir de l’automne. Le refuge marin situé dans le secteur d’El Mogote est associé à une saison d’observation qui s’étend généralement d’octobre à avril. Novembre se place donc au début de la période, avec un potentiel d’observation intéressant mais dépendant du nombre d’animaux présents, de la météo et des autorisations délivrées pour l’activité. La baie est relativement abritée par rapport au large, mais le vent et le clapot influencent la sortie et la visibilité. La rencontre se fait en snorkeling, depuis un bateau encadré, et non en plongée bouteille dans la zone d’observation. Les visiteurs doivent suivre les instructions des opérateurs autorisés et respecter les règles mexicaines de protection : ne pas toucher, nourrir ou poursuivre les requins, et ne pas demander au bateau de couper leur trajectoire. Les distances d’approche et les quotas pouvant être définis localement, vérifiez les règles en vigueur auprès de l’autorité et du prestataire. La Paz demande un vol international avec correspondance depuis Paris ; les formalités d’entrée et la situation sécuritaire doivent être vérifiées sur les conseils officiels aux voyageurs.
Lire les conditions et choisir son équipement
Au Mozambique, novembre correspond à un réchauffement progressif de l’air et de l’eau. Les journées peuvent être chaudes et humides, avec un soleil puissant ; les averses et les épisodes de vent sont possibles à l’approche de la saison des pluies. L’océan Indien peut présenter une houle longue, même lorsque le ciel paraît dégagé. Aux Philippines, la transition entre saisons peut aussi s’accompagner de pluies tropicales, de mer agitée ou de perturbations. La situation réelle varie d’une île à l’autre et d’un jour à l’autre : consultez la météo marine locale et les avis officiels, et laissez à l’équipage le soin de décider si une sortie est sûre.
Un lycra à manches longues protège du soleil et des frottements ; un vêtement de néoprène léger peut améliorer le confort sur une longue sortie, mais il ne doit pas entraver la nage. Choisissez des palmes adaptées à votre niveau, un masque ajusté et un tuba simple. Une combinaison très flottante complique les mouvements et peut augmenter la fatigue. Un gilet de snorkeling est utile pour les nageurs moins expérimentés, si l’opérateur l’autorise. Prévoyez de l’eau potable, un chapeau, une protection solaire résistante à l’eau, des lunettes sur le bateau et un traitement contre le mal de mer si vous en avez l’habitude et qu’un professionnel de santé vous l’a conseillé.
La visibilité n’est jamais constante. Les eaux riches en plancton peuvent être moins transparentes, précisément parce qu’elles nourrissent les animaux. Il ne faut donc pas confondre eau cristalline et probabilité de rencontre. Une mer légèrement trouble ne signifie pas nécessairement qu’il n’y a rien à voir ; inversement, une excellente visibilité ne garantit pas la présence d’un requin. Les photographes gagneront à utiliser un caisson fiable, à garder les deux mains libres près de l’animal et à renoncer au flash si le guide le demande.

Préparer le voyage, les formalités et la sécurité
Depuis la France, Tofo se rejoint généralement en passant par Maputo puis en poursuivant vers Inhambane par un vol intérieur ou par la route ; Donsol implique un vol vers Manille puis Legazpi, suivi d’un trajet routier. Mafia Island se rejoint depuis Dar es Salaam avec une liaison intérieure, selon les horaires et la saison. Les correspondances, les formalités d’entrée, les exigences sanitaires et les recommandations de sécurité évoluent. Vérifiez avant l’achat des billets les pages officielles du ministère français des Affaires étrangères, les conditions d’entrée des autorités du pays et les recommandations sanitaires actualisées. Un passeport avec une durée de validité suffisante est généralement nécessaire hors Union européenne ; les exigences de visa, d’autorisation électronique et de vaccination ne sont pas identiques entre Mozambique, Philippines et Tanzanie.
Pour une sortie en mer, demandez le nombre de personnes par bateau, la durée estimée, les équipements inclus, le protocole d’approche, la politique d’annulation en cas de météo défavorable et la procédure de secours. Une assurance voyage doit couvrir les activités nautiques pratiquées et l’évacuation médicale éventuelle. Pour une plongée bouteille, vérifiez en plus la certification demandée, les limites de profondeur et l’assurance dédiée à la plongée. Un certificat médical ou un questionnaire de santé peut être requis par le centre.
Le mal de mer peut gâcher une sortie même chez un bon nageur. Dormez suffisamment, mangez léger, restez à l’air frais et évitez de fixer longtemps l’écran de votre appareil. Signalez à l’équipage toute fatigue, blessure ou difficulté respiratoire. En eau libre, ne partez jamais seul derrière l’animal : restez dans le champ de vision du guide et du bateau de sécurité, puis remontez à bord dès que la consigne est donnée.
Une rencontre réussie se mesure aussi à la distance gardée
En novembre, Tofo offre une fenêtre favorable au Mozambique, tandis que Donsol ouvre tout juste sa saison habituelle. Mafia Island peut constituer une autre piste, mais il faut y confirmer les observations récentes et l’organisation locale. Dans tous les cas, la bonne sortie est celle qui accepte l’aléa, protège les nageurs et laisse au requin-baleine le choix de poursuivre sa route. Réservez un opérateur qui privilégie l’observation plutôt que la proximité, gardez quelques jours de souplesse dans votre programme et préparez une activité de remplacement. La meilleure image restera peut-être celle d’une ombre immense qui glisse sous la surface ; elle n’a pas besoin d’être touchée pour devenir inoubliable.
Repères et sources à consulter avant le départ
Les saisons et règlements locaux peuvent évoluer. Les informations de planification de Donsol sont publiées par l’office du tourisme municipal ; les travaux de suivi du Mozambique sont menés par la Marine Megafauna Foundation. Avant de réserver, consultez les avis de voyage français pour chaque pays, les consignes de l’opérateur choisi et les bulletins marins locaux.
Reconnaître une observation réellement responsable
Un opérateur responsable ne promet pas un nombre de rencontres ni une proximité minimale. Il présente les consignes avant de partir, explique qu’il peut renoncer à la mise à l’eau et organise les nageurs de façon à éviter qu’un groupe ne se referme sur le requin. Demandez si l’équipage attend que l’animal se déplace dans une zone dégagée ou s’il conduit le bateau devant lui pour le couper. Dans le premier cas, le nageur peut entrer dans l’eau sans forcer la trajectoire ; dans le second, l’animal risque d’être dérangé ou blessé par l’hélice et le sillage.
La plupart des protocoles demandent de ne pas toucher l’animal, de garder plusieurs mètres de distance et de ne jamais se placer sur sa route. Les distances exactes et le nombre de personnes dans l’eau doivent être confirmés auprès des autorités locales, car les règles diffèrent selon les sites et peuvent évoluer. Évitez les crèmes solaires qui se dispersent dans l’eau, privilégiez un vêtement couvrant et gardez vos palmes sous la surface pour ne pas frapper le requin. La photographie ne doit pas devenir un prétexte pour nager après lui.
Un bon briefing distingue les règles de conservation de celles de sécurité. Le guide précise comment rejoindre le bateau, où se tenir lors de la mise à l’eau, quel signal signifie qu’il faut sortir et comment se comporter en cas de séparation du groupe. Les nageurs doivent savoir utiliser un masque et un tuba, palmer sans s’épuiser et flotter calmement. Si vous ne pratiquez pas régulièrement, quelques séances de natation avant le voyage sont plus utiles qu’un nouvel accessoire photo.
Que faire si aucun requin-baleine n’apparaît ?
L’absence d’observation n’est pas un échec de l’équipage si les recherches ont été conduites dans de bonnes conditions et sans perturber la faune. Les requins-baleines ne se rassemblent pas sur commande ; leur alimentation suit la distribution du plancton, que les courants peuvent déplacer. Plutôt que de réserver plusieurs sorties consécutives au dernier moment, prévoyez une ou deux journées libres et demandez si le centre offre un report ou un remboursement lorsque la mer interdit l’excursion. Les conditions commerciales doivent être lues avant le paiement.
À Tofo, une journée sans requin peut devenir une sortie consacrée aux récifs et aux autres espèces de la région. À Donsol, les excursions sur la rivière et les visites locales donnent une alternative moins dépendante de l’état de la mer. Les voyageurs peuvent aussi consacrer leur temps à une activité terrestre et soutenir les guides, hébergements et restaurants locaux. Cette flexibilité évite de faire pression sur les équipages pour multiplier les départs ou pour approcher trop près un animal simplement afin de satisfaire un programme.
Enfin, gardez une trace des observations sans publier d’informations qui pourraient attirer une foule sur un lieu fragile. Les photos prises de côté, à distance, sont souvent suffisantes pour documenter une rencontre. Laissez les guides signaler les animaux aux équipes de suivi lorsque le protocole le prévoit. Un récit de voyage peut raconter le comportement de l’animal, l’état de la mer et les règles appliquées ; il n’a pas besoin de promettre une « baignade garantie » pour transmettre l’émotion d’une rencontre.
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