L’usine marémotrice de la Rance : une fausse bonne idée ?

Mardi 25 août 2015 à 8h09

La centrale électrique tire son énergie de la marée. Ce n’est pas une idée nouvelle, elle ne fait que reprendre le principe des moulins à marée.

La centrale électrique tire son énergie de la marée. Ce n’est pas une idée nouvelle, elle ne fait que reprendre le principe des moulins à marée.

Une idée qui remonte à plus de 94 ans
L’idée de construire une usine marémotrice sur la Rance revient à Gérard Boisnoer en 1921. Avant d’entreprendre cette dernière, plusieurs chantiers furent lancés dans différentes zones comme à l’Aber-Wrac’h en 1925 puis abandonné définitivement en 1930 mais, l’idée ne fut pas pour autant enterrée. En 1943, une étude fut réalisée pour l’implantation sur l’estuaire de la Rance ; en 1961, les travaux préliminaires commençaient et ils s’achevèrent en 1966. En novembre 1966, le général De Gaulle l’inaugura en grande pompe. La phase active avec son raccordement au réseau EDF eut lieu fin 1967.


L’usine en chiffre

Le barrage a une longueur totale de 750 mètres (celui de l’usine 332 m) et crée un bassin d’une superficie de 22 km². L’électricité est produite par 24 groupes de turbines pouvant fonctionner dans les deux sens par le mouvement des marées. Si on en croit les chiffres d’EDF, elle produit 3,5 % de la consommation d’électricité de la Bretagne. Mais les chiffres sont parfois difficiles à interpréter et utilisés de façon à faire apparaitre ce que l’on veut démontrer. 3,5% de la consommation représentent 45% de la production de l’électricité de la Bretagne, quant au coût de production, invérifiable, si on tient compte des différents facteurs (entretien, panne, usure due à l’abrasion, etc.), je préfère ne pas donner ceux avancés par EDF.

 

L’écosystème en danger
Pour ceux qui fréquentent cette région comme moi et pour l’avoir connue avant le barrage, il est évident que l’écosystème de la Rance a changé, s’est modifié et que l’envasement devient de plus en plus préoccupent. Le lançon, les plies et autres poissons plats ont disparu. L’une des raisons, ils ne peuvent pas passer par les hélices des turbines. Par contre, des variétés rapides comme le bar, la dorade ou encore le lieu et la raie ont fait leur apparition. Bien sûr, les poissons lents peuvent passer par l’écluse mais je ne pense pas qu’on les informe de l’heure des sas.

  

L’envasement de la Rance
Avant le barrage, la hauteur d’eau sur l’estuaire de la Rance suivait le rythme naturel des marées. Avec une dénivellation qui pouvait atteindre presque 14 m avec une étale de pleine mer qui ne durait que quelques minutes et une de basse mer inexistante. Avec le barrage, la différence entre le niveau haut et bas est considérablement réduite. Il est rarement supérieur à 6 m avec des étales qui durent environ une heure. On estime que le barrage de la Rance perd environ 1% de sa capacité par an (envasement) et que la majorité des plages de sable sont transformées en vasière. La navigation entre l’écluse du Chatelier et Plouër devient préoccupante. Il n’y a pas un jour où un bateau n’échoue sur la vase et ce d’autant plus que le balisage dans certaines zones (Mordreuc-Plouër) est quelque peu fantaisiste. Que faire ? Il existe une association (Rance Environnement) qui œuvre pour qu’il soit mis en place une solution qui permettrait d’extraire d’une façon efficace la vase. Toujours est-il que le piège à vase mis en place en 2001 au Lyvet ne semble pas très efficace ou pour être plus exact pas utilisé comme il le devrait. Il a été partiellement vidé en 2015, la vase (65.000 m3) a été entreposée dans une lagune qui, après son dessalement naturel (3 ans), pourra être répandue dans les champs. Mais ce piège (sans doute tabou comme dirait Dutronc) est insuffisant et, en tant que plaisancier, je n’ai pas vu de résultats réels après le pompage. Il faudrait enlever plus de vase et surtout le faire tous les ans. Dans le bulletin de mars 2015 de Rance Environnement (rance-environnement@orange.fr) Henri Thébault rapporteur de la Commission Estuaire Rance a donné 7 exemples de vérités et contre-vérités sur la sédimentation et l’envasement un texte clair qui répond à beaucoup d’interrogations. Dans mon prochain blog, je reviendrai sur l’envasement, ce qui devrait être fait et en particulier sur l’écosystème changé par le phénomène des marées.
 

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Geoffroy Langlade
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Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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