Eviter les pièges lors de l'achat d'un voilier d'occasion

Vendredi 29 mars 2019 à 6h35

Devant l’offre importante de voiliers à vendre, il peut sembler simple d’en acquérir un. En fait, il n’en est rien. Pour éviter les pièges de l’achat rapide voire du coup de cœur, un certain nombre de points sont à prendre en considération. Les premiers sont l’usage que l’on compte en faire et la région de navigation.

L'achat d'un bateau n'est pas nécessairement un achat coup de coeur... Il doit être examiné sur tous les points surtout en fonction du programme, de la région... ©© Albert Brel
Devant l’offre importante de voiliers à vendre, il peut sembler simple d’en acquérir un. En fait, il n’en est rien. Pour éviter les pièges de l’achat rapide voire du coup de cœur, un certain nombre de points sont à prendre en considération. Les premiers sont l’usage que l’on compte en faire et la région de navigation.

Le premier point à prendre en compte : l’usage du bateau 

Un bateau pour quel usage ? Selon que vous pratiquez la régate, la croisière côtière, hauturière, les sorties à la journée, le choix sera différent. On ne s’improvise pas régatier à la seul vue d’une course. Fréquemment, on pratique ce sport soit sur son propre bateau et on désire en changer, soit sur le bateau d’un ami ou dans un club. En règle générale, les régatiers ont des idées bien arrêtées sur le bateau qu’ils souhaitent acquérir mais cela n’évite pas les pièges lors de l’acquisition.

Pour un bateau de croisière, il en va tout autrement. Si on possède un bateau, bien souvent, on veut changer pour le fameux mètre en plus et ce pour diverses raisons. La famille s’est agrandie, le programme a changé. Par exemple, on envisage des croisières plus longues et pourquoi pas une traversée océanique. Comme pour le voilier de régate, si vous pratiquez ou avez pratiqué, vous avez certainement des idées précises sur votre prochain bateau. Si vous êtes nouveau venu dans le nautisme, mis à part quelques sorties avec des amis ou sur des bateaux de location, le choix est plus difficile et la prudence est de mise.

Bateau de grande série, à l’unité ?

Certains bateaux restent une valeur sûre, d’autres pas. L’une des raisons principales est le nombre d’unités mises sur le marché et la popularité du modèle. Si un chantier produit un bateau à plusieurs centaines d’exemplaires, ce n’est pas sans raisons. Au cours des années de production, le bateau peut évoluer mais, là, il faut être attentif. Généralement, la carène reste identique, seuls changent quelques aménagements intérieurs ou de décoration extérieure. L’année a son importance mais sans doute pas la première. Les bateaux construits à l’unité ou en petite série, peuvent être des unités spécifiques réalisées pour un programme donné (navigation dans les eaux froides, aménagements demandés par l’acheteur, etc.). Certains chantiers de renom en ont fait leurs spécialités. Ces bateaux, en alliage la plupart du temps, gardent la cote et sont peu présents sur le marché de l’occasion et souvent surcotés.

Quant aux constructions amateurs, on trouve le pire et le meilleur. Certains partent d’une coque chantier (plus ou moins finie), terminent les aménagements et le font avec beaucoup de sérieux et de professionnalisme. Pour d’autres, c’est plus discutable. Les amateurs qui construisent leur bateau de A à Z, ont eu leurs heures de gloire dans les années 70 mais bon nombre n’ont jamais été mis à l’eau alors que d’autres naviguent toujours. Le risque d’acheter une telle unité amateur est qu’il est pratiquement impossible de l’assurer. Bien souvent, sa valeur marchande est uniquement justifiée par son équipement et son accastillage.

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N'hésitez pas à rencontrer des plaisanciers qui possèdent le même bateau que celui que vous convoitez. Croisez les informations car dans la majorité des cas pour un propriétaire son bateau est le meilleur.© © Albert Brel

Le choix du matériau de construction

Il n’y a pas de matériau idéal. Le polyester vieillit bien, son seul inconvénient est l’osmose. L’osmose, dite naturelle, est présente sur tous les bateaux. Pas toujours visible et, dans la grande majorité des cas, elle ne porte pas à conséquence sur la solidité du bateau. L’osmose, dite accidentelle, est plus grave. Elle provient d’un mauvais dosage des composants de fabrication (résine, tissus, etc.). Elle se déclare rapidement et entraîne des cloques importantes sur la carène.

L’alliage est sensible à la corrosion. Il demande une certaine surveillance (anodes, fuite électrique, etc.) mais si les précautions sont prises, c’est un matériau résistant qui vieillit bien et qui a fait ses preuves.

Reste le bois, le coup de cœur pour un bateau en bois traditionnel peut vite s’avérer une galère. On passe plus de temps à l’entretenir qu’à naviguer, certains aiment ça.

Quant aux nouveaux matériaux dérivés du bois (contreplaqué, lamellé-collé, etc.), ils sont résistants et permettent de réaliser des bateaux souvent plus légers que ceux en polyester. Le point négatif, les réparations en cas de choc. Elles doivent être réalisées par un spécialiste.

Faites le bon choix

Le choix ne dépend que de vous et du programme que vous envisagez. N’hésitez pas à rencontrer des plaisanciers qui possèdent le même bateau que celui que vous convoitez. Croisez les informations car dans la majorité des cas pour un propriétaire son bateau est le meilleur. Pour d’autres qui ont rencontrés des problèmes, c’est le plus mauvais des bateaux. Les propriétaires d’unités de grande série sont parfois regroupés en association, vous pouvez également la contacter. 

Les premières démarches

La première démarche est de demander au vendeur (professionnel ou particulier) de vous envoyer un dossier complet sur le bateau (année de construction, inventaire, factures, précédents propriétaires, etc.). Sur cet inventaire doivent figurer tous les équipements (électronique, voiles, etc.) avec leur date d’achat ainsi que des photos de détails (fond du bateau, moteur, voiles, etc.). A la vue des dossiers, vous pourrez déjà faire une présélection des bateaux à visiter. Méfiez-vous d’un vendeur qui ne possède pas d’historique du bateau sous prétexte qu’il fait tout lui-même. L’électronique a une valeur marchande qui dévalue rapidement (voire électronique d’occasion). Certains équipements ont une durée de vie limitée. C’est le cas des batteries (5 à 7 ans), du radeau de survie (15 à 18 ans suivant modèle et vérification). Les voiles sont un point important mais seul un examen sur place vous permettra de juger de leurs états. Il y a aussi la motorisation (type de moteur, année, nombre d’heures), entretien. Le gréement, est-il d’origine ou a-t-il été changé ? un point à ne pas sous-estimer. Certaines assurances, si vous envisagez une grande croisière, demandent que le gréement ait moins de 10 ans ou soit vérifié par un expert.

La première visite à bord

Vous avez retenu quelques bateaux. La première visite à bord doit vous permettre de réduire la sélection. Un vendeur sérieux doit présenter un bateau propre (coffres, fonds, équipets, etc.). Un bateau sale, en particulier les fonds, est synonyme d’un manque d’entretien qui risque d’être général sur l’ensemble du bateau. Le propriétaire ou le vendeur professionnel doit être à même de répondre à toutes vos questions sur son historique et son entretien. Une fois cette première visite effectuée, en principe, vous sélectionnerez un ou deux bateaux qui répondent à vos critères. Faites un tableau comparatif des plus et des moins. Certains équipements peuvent être remplacés facilement, par exemple, une cuisinière, un radeau en fin de vie, l’électronique. Ils ont un coût qui peut justifier la négociation du prix, mais, il est sans commune mesure avec d’autres équipements tels que les voiles, le gréement ou le moteur.

La visite de concrétisation

Si vous tombez d’accord avec le vendeur. Prévoyez une autre visite qui cette fois sera plus complète avec les essais du bateau sous voiles et au moteur, son examen à terre et à flot. Pour celle-ci, nous vous conseillons de faire appel à un expert expérimenté (cf. le rôle de l’expert). Le coût est à la charge du demandeur et peut être négocié avec le vendeur en cas d’achat. A moins de bien connaître le type bateau que vous avez retenu, seul un expert est capable de déceler les points faibles que ce soit au niveau de la coque, des voiles, du gréement ou de la motorisation. Il n’existe pas de bateau idéal quel que soit le chantier. Certains ont de problèmes de liaisons coque/pont, d’autres c’est la motorisation trop faible, l’étanchéité des hublots, etc. Il faut vivre avec et faire des compromis. Dans bien des cas, l’avis d’une femme apporte une vision positive qu’un homme n’a pas toujours, en particulier, sur les équipements de vie à bord tel qu’un double évier, inutile, un simple plus grand est plus pratique, une cuisinière deux feux est préférable à une trois feux, des rangements inadaptés au programme, etc.

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A moins de bien connaître le type bateau que vous avez retenu, seul un expert est capable de déceler les points faibles que ce soit au niveau de la coque, des voiles, du gréement ou de la motorisation.

En conclusion

Un bateau n’est pas nécessairement un achat coup de cœur. Il doit être examiné sur tous les points surtout en fonction du programme, de la région, par exemple, un grand tirant d’eau est mal adapté dans les zones à marée importante… On considère volontiers que c’est le dernier bateau, c’est rarement le cas. Et même s’il l’était, il faut penser à la revente. Certains bateaux gardent la cote, d’autres se déprécient vite.

L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Eric Mas
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.