L'enquête Polynésienne - Épisode 4 : on repart à zéro avec les explorateurs
Dès 1479 les Portugais et les Espagnols s’entendent à Alcàcovas pour reconnaître les Canaries aux Espagnols, et, aux Portugais : Les Açores, Madère, les îles du cap vert et les côtes africaines.
La découverte de Colomb en 1492 fait reconsidérer la répartition aux deux nations. A Tordesillas le 7 juin 1494, l’Espagne et Portugal, aux mépris des autres royaumes européens navigateurs, s’entendent avec la bénédiction du Pape Alexandre VI, un aragonais, pour accorder les territoires situés à l’ouest du méridien 046°37’W à l’Espagne et la moitié Est du globe au Portugal (SE).
Mais voilà dans cette moitié portugaise est inclus un archipel indonésien : les Moluques, unique producteur mondial d’une épice très convoitée : le clou de girofle !
Et alors là on peut s’étonner que les Portugais, établis aux Moluques depuis 1512 n‘aient pas plus poussé vers l’Est. C’était à eux de connaître les premiers les Polynésiens. Ils avaient fait le plus difficile et les distances à parcourir partant de Papouasie étaient suffisamment réduites pour ne pas être effrayés par la navigation au pré. Peut-être le respect du traité de Tordesillas ! Acte manqué mais qui serait quand même réalisé par un portugais non pas venant de l’Ouest, mais de l’Est.
Magellan a une certitude et une intuition. Il convint la couronne espagnole de financer l’expédition qui appareille en 1519. Devenant lui, le portugais, traitre à sa patrie. (ARTE M)
La certitude de Magellan est que, les Moluques sont plus à l’Est que le méridien 133°23 Est, et donc virtuellement en territoire espagnol et avec l’archipel, le clou de girofle...
L’intuition de Magellan est que, depuis la découverte en 1513 de la côte ouest du Panama, l’Amérique du sud peut être un continent. En trouvant un passage au sud de ce continent, on se trouverait alors dans une situation similaire à celle que l’on rencontre en franchissant d’Est en Ouest le « capo tormentoso », rebaptisé depuis « Cap de Bonne Espérance », et que l’on pourrait bénéficier, comme en Atlantique Sud, d’un alizée de Sud-Est qui permettrait de faire route au portant jusque l’Équateur, latitude proche de celle des Moluques (02°S).
En combinant les deux : certitude et intuition la proposition est alléchante : seule l’Espagne devient propriétaire de l’île au clou de girofle et peut y accéder sans passer par les eaux portugaises.
L’intuition est bonne, la certitude fausse. Les Moluques sont par 128°Est, soit 6° plus à l’ouest que la ligne de partage du traité de Tordesillas, l’archipel se trouve en zone portugaise. Ceci conditionne grandement les routes des futurs explorateurs du Pacifique.
De Magellan raconté par Pigafetta nous avons déjà évoqué qu’il effleure les Tuamotu en 1521. Là encore une occasion manquée de rencontrer les polynésiens (PA).
Beaucoup moins connue et pas moins intéressante est l’expédition commandée par Garcia Joffre de Loiasa en route vers les Moluques et parti de La Corogne en 1525. Les quatre navires, sur sept au départ, arrivés dans le Pacifique se perdent rapidement de vue. L’un d’eux, Le Santiago, arrive au Mexique en juillet 1526. Le San Lesmes disparut définitivement. Totalement ? Possiblement non, car aux Tuamotu un canon espagnol fut sorti des eaux de l’Atoll d’Amanu en 1969 il est attribué au San Lesmes (TH). Il y a eu contact mais sans postérité écrite par les européens. Un seul des sept navires atteint les Moluques et le commandant de l’expédition ainsi que Elcano, dont c’était le second tour du monde, meurent à l’été 1526 sans avoir retrouvé l’Espagne. Un des membres de l’expédition Andrés de Urdaneta et 24 autres marins peuvent retourner en Espagne. Nul ne saura jamais si les marins du San Lesmes étaient vivants avant que les polynésiens ne les découvrent échoués ou non d’ailleurs… Ainsi le premier contact a pu avoir lieu, et c’était en 1526 entre Espagnols et Paumotus !
On tente le coup cette fois, et c’est plus court, en quittant le continent au départ de Zihuatanejo, Mexique, par 17°Nord, c’est en 1527. L’expédition commandée par d'Álvaro de Saavedra arrive aux Philippines puis aux Moluques, charge la précieuse épice et peine à revenir. L’amiral y perd la vie et gagne le titre de premier navigateur à avoir traversé le pacifique nord. Il aura ignoré les îles Hawaï. Encore une occasion de perdue.
Par le traité de Saragosse en 1529, Espagnols et Portugais s’accordent à déplacer « l’anté méridien » du partage vers l’Est (142° Est), accordant les Moluques aux portugais, et les Philippines, pourtant en territoire lusitanien, à la couronne d’Espagne. Mais à l’évidence on peine vraiment on peine à rejoindre les Moluques et les Philippines et à en ramener les trésors par l’Est. Cela fait déjà dix ans que Magellan a accompli l’exploit, et c’était justement un exploit, les échecs successifs le prouvent. Charles Quint se résout à ne plus tenter la route du Pacifique Sud.
Le 26 juillet 1533, Atahualpa, est garroté dans sa cellule par les Conquistadores de Pizarro. Les incroyables richesses minières de l’empire Inca peuvent être pillées par les Espagnols pour qui le Pérou devient une ressource fabuleuse, le grand Océan peut attendre un peu.
Il faudra donc attendre encore trente-six ans, en 1565, pour qu’on se décide à trouver un autre chemin. On le doit à Andrés de Urdaneta un des survivants de la catastrophique expédition de Garcia Joffre de Loiasa en 1525, il y a déjà quarante ans ! Basque, capitaine de navire, astronome, mathématicien, moine, Urdaneta est prié par Philippe II d’Espagne de monter une expédition vers les Philippines, au départ du Mexique, et de trouver une route de retour. Il accepte d’y participer mais refuse de la commander. C’est Miguel Lopez de Legazpi (JC) qui assurera le commandement. Tous les deux ont plus de 60 ans…
La flotte de trois navires quitte le Mexique à Barra de Navidad par 19° Nord, fait une courte escale au îles Mariannes (Micronésie) et atteint Cebu aux Philippines après 93 jours de navigation.
Lopez de Legazpi restera aux Philippines. Urdaneta, quant à lui, suit la même intuition que Magellan et raisonne par analogie avec l’Atlantique nord : aux basses latitudes les vents sont d’Est et aux latitudes médianes les vents sont d’Ouest. Urdaneta quitte donc les Philippines à Cebu, par 10° Nord le 1er juin 1565, monte jusque 38° Nord avec l’appui du courant japonais Kuroshio, traverse le Pacifique nord et reconnait la côte américaine par 40°Nord, redescend sur Acapulco où il mouille le 8 octobre 1565.
La route du retour, la route d’Urdaneta, le route des galions espagnols est ouverte. De l’Amérique centrale les marchandises, arrivant des Philippines peuvent repartir en Europe en traversant le Mexique ou l’isthme de Panama vers Portobelo, carrefour de toutes les convoitises des autres nations maritimes...
Et le Pacifique Sud reste toujours inexploré !
À SUIVRE....
*Routes commerciales espagnoles et portugaisesBy World_Topography.jpg: NASA/JPL/NIMAderivative work: Uxbona (talk) - World_Topography.jpg, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=10344087
(CC) Coutansais, C.P. Une histoire des empires maritimes CNRS EDITIONS 2015
A visionner, ces quatre émissions d’Arte sur le périple de Magellan par qui tout commence :
(ARTE M) https://www.arte.tv/fr/videos/RC-023013/l-incroyable-periple-de-magellan/
(JC) Jacquelard, Clotilde. Conquérir, errer, négocier, Legazpi et ses hommes dans les îles Visayas (Philippines), 1565-1570. https://journals.openedition.org/e-spania/34150?lang=it 2020
(SE) Schnakenbourg, Éric. Traité de Tordesillas, 7 juin 1494. Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe [en ligne], ISSN 2677-6588, mis en ligne le 22/06/20 . Sorbonne Université.
(TH) https://www.tahitiheritage.pf/canons-san-lesmes-amanu/



