L'enquête Polynesienne - Épisode 2 : un marquisien chez les incas !
La possibilité, voire la probabilité, que les Polynésiens aient pu atteindre les côtes d’Amérique du Sud affole l’imagination.
Les distances, tout d’abord. Des Marquises au Pérou, il y a 3 800 milles nautiques, 2 000 milles de Rapa Nui (l’île de Pâques) au Chili, soit presque autant qu’entre les Antilles et les îles du Cap-Vert.
Viennent ensuite ces autres obstacles naturels à franchir que sont les vents et les courants, à savoir l’alizé du sud-est et le courant sud-pacifique, s’opposant tous les deux à faire cap vers l’Est. Il faut descendre au moins par 30° Sud pour obtenir des vents portants vers l’Est.
On ne peut imaginer, remontant avec des canoës contre l’alizé antillais, des Caraïbes allant de la Martinique à São Vicente du Cap-Vert !
Et puis les moyens techniques. Les Polynésiens ignorent les métaux, ils sont à l’âge de pierre ! Leurs techniques sont limitées : comment auraient-ils pu construire des navires, connaître leur route sur ces immensités océanes et survivre durant ces longs trajets ?
Enfin, et surtout, pour quels motifs seraient-ils partis à la conquête du plus grand océan de la Terre, un tiers de la surface du globe quand même !
On le voit, la raison réfute et refuse cette hypothèse, mais justement la raison nous contraint à ne pas abdiquer.
Au commencement de l’enquête polynésienne, les recherches furent fructueuses, d’autant que la science, nous précédant, progressait. Le sujet était abouti, des preuves irréfutables pouvaient être produites et qui devaient beaucoup à la génétique. L’enquête, son plan en tout cas, est bouclée fin 2023. Cette année-là, avant de rédiger texte et conclusions, l’envie vient, à nouveau, de se laisser pénétrer, aux Tuamotu, par l’ennui fécond du lagon ; ensorceler par de vertigineuses Marquises ; envoûter par la langueur d’élégantes îles Sous-le-Vent. Avec comme point d’orgue le Festival des Marquises en décembre 2023.
Quand, à Nuku Hiva, cinq ans donc après cette inconcevable affirmation, nous logeons à bord du bateau de Mathieu, en baie de Taiohae, île de Nuku Hiva, Marquises. Mathieu, qui connaît la gravure sur le tiki, est formel. Ce n’est pas un lama, c’est un alpaga… Par souci d’exactitude, je me renseigne sur ces camélidés. Pour l’Amérique du Sud, on a le choix : lama, alpaga, vigogne et même guanaco. Qui tous sont des animaux d’altitude, des Andins. Cela met à mal l’affirmation d’Henri, on ne voit pas nos marins marquisiens grimper à 3 000 mètres d’altitude. En même temps, reconnaissons que la gravure de Puamau et la photo de l’alpaga ne nous laissent pas indifférents. Va pour l’alpaga !
À SUIVRE…
Bibliographie : (RF) Rougery F. et Wauthy B., L’Océanographie du Pacifique central sud. Éditions de l’ORSTOM, Paris, 1993.

