Bateau électrique : la fin du moteur thermique est-elle vraiment proche ?

Mark Bernie
Par Mark Bernie

Silencieux, agréables à l’usage et de plus en plus présents dans les ports, les moteurs électriques séduisent le nautisme. Mais entre les promesses d’une navigation décarbonée et la réalité d’une croisière côtière ou hauturière, l’écart reste important. Autonomie, coût des batteries, durée de recharge, adaptation des infrastructures et contraintes de sécurité imposent une lecture plus nuancée. En plaisance comme dans les usages professionnels, la transition est engagée, mais elle ne se fera ni partout, ni au même rythme.

Le moteur électrique peut-il remplacer le thermique à court terme en plaisance ?

Pendant longtemps, le sujet est resté cantonné aux annexes, aux petits hors-bords et à quelques démonstrateurs regardés avec curiosité plus qu’avec conviction. Dans l’esprit de nombreux plaisanciers, le moteur électrique avait pour lui le silence et une certaine élégance technologique, mais il semblait encore loin des exigences réelles de la navigation. Cette époque est en train de changer. Le débat n’oppose plus une technologie d’avenir à une mécanique éprouvée. Il porte désormais sur une question beaucoup plus concrète : dans quels cas l’électrique est-il déjà crédible, et dans quels cas le thermique reste-t-il incontournable ? Car la plaisance ne forme pas un bloc homogène. Entre une annexe, un day-boat, un voilier de croisière, un semi rigide professionnel, une navette portuaire ou un catamaran de voyage, les besoins n’ont rien de comparable. 

En mer, tout commence par le bon usage

Le premier piège consiste à raisonner comme si le nautisme suivait la même trajectoire que l’automobile. Or un bateau ne se contente pas d’aller d’un point à un autre sur un réseau balisé. Il évolue dans un environnement où la résistance à l’avancement est forte, où la météo peut rebattre les cartes en quelques heures, et où l’énergie embarquée ne conditionne pas seulement le confort, mais parfois la sécurité même du programme. C’est la raison pour laquelle l’électrification ne progresse pas de façon uniforme. Elle apparaît déjà convaincante pour les petites unités qui reviennent régulièrement à leur point de départ, pour les activités à la journée, pour les plans d’eau intérieurs, pour certaines navettes locales, pour des bases nautiques ou encore pour des usages portuaires bien identifiés. Dans ces cas précis, la boucle d’exploitation est simple. Le bateau sort, navigue sur une durée prévisible, revient au quai, recharge et repart plus tard.

Dès que l’on monte en taille, en puissance ou en ambition de navigation, la lecture change. Un bateau habitable utilisé pour des croisières de plusieurs jours n’a pas les mêmes besoins qu’une embarcation de service. Un voilier de voyage qui doit pouvoir utiliser son moteur plusieurs heures de suite pour franchir une zone sans vent, entrer dans un port difficile ou assurer une marge de sécurité ne se satisfait pas des mêmes compromis. Ce qui fonctionne parfaitement pour une unité légère exploitée près de sa base devient alors beaucoup plus complexe.

L’autonomie reste la vraie ligne de partage

Dans le nautisme, l’autonomie n’est jamais un simple argument commercial. C’est un critère central, parce qu’il touche à la liberté de mouvement, à la sécurité de l’équipage et à la capacité à tenir un programme sans dépendance excessive à l’infrastructure. Sur le papier, le moteur électrique a de sérieux atouts. Il offre un couple immédiat, un fonctionnement discret, très peu de vibrations et un entretien mécanique réduit. À faible vitesse, il procure souvent un agrément remarquable. Pour une sortie côtière courte ou pour des manœuvres de port, il peut même se montrer plus confortable que bien des motorisations thermiques. Mais la mer rappelle vite une réalité physique très simple. Stocker de l’énergie dans des batteries reste beaucoup plus contraignant que d’embarquer du carburant liquide. Le rendement du système électrique est excellent, mais la densité énergétique des batteries demeure nettement inférieure à celle du gasoil ou de l’essence. Cela signifie qu’à autonomie équivalente, le poids, le volume et le coût du stockage énergétique augmentent rapidement. C’est là que le moteur thermique garde une avance décisive pour de nombreux usages. Dès qu’un bateau doit conserver une grande réserve de puissance, couvrir de longues distances ou pouvoir improviser sans dépendre d’un point de recharge, le thermique conserve aujourd’hui un avantage difficile à contester. À court terme, c’est cette réalité qui empêche tout basculement général.

Le coût des batteries baisse, mais la facture reste lourde

Il serait faux de dire que rien ne change. Les batteries sont moins chères qu’il y a quelques années et leur performance continue de progresser. Cette évolution rend le moteur électrique plus crédible et plus accessible qu’auparavant. Elle explique aussi pourquoi de plus en plus de chantiers, d’équipementiers et d’opérateurs professionnels investissent ce marché. Mais dans le nautisme, le coût réel ne se limite jamais au prix brut. Il faut intégrer l’ensemble du système : le parc batteries, l’électronique de puissance, le pilotage, les protections, les systèmes de surveillance, l’intégration à bord, parfois le refroidissement, la sécurité incendie et l’adaptation à un environnement marin exigeant. À cela s’ajoutent des volumes de production sans commune mesure avec ceux de l’automobile, ce qui empêche pour l’instant toute baisse spectaculaire des prix à grande échelle. Pour un particulier, la question devient donc celle du coût global. Oui, l’électrique peut réduire certaines dépenses d’entretien. Oui, il peut abaisser les coûts d’usage dans certains contextes. Mais à l’achat, il reste souvent plus cher, surtout dès que la capacité batterie nécessaire devient importante. Pour un professionnel, l’équation peut être différente, car un bateau exploité intensivement peut mieux valoriser les économies réalisées à l’usage. Encore faut-il que son cycle d’exploitation soit compatible avec les contraintes de recharge.

Le temps de recharge change profondément la manière de naviguer

C’est probablement le point le plus sous-estimé par ceux qui découvrent le nautisme en électrique. Faire un plein de carburant demande quelques minutes. Recharger un bateau réclame bien plus de temps, surtout si la puissance disponible à quai reste limitée. Dans un port bien équipé, une recharge nocturne peut suffire à couvrir un programme de navigation quotidien. Pour un bateau utilisé à la journée, cela fonctionne très bien. Pour une unité exploitée plusieurs fois dans la même journée, pour un bateau de location intensif ou pour un plaisancier en itinérance, le sujet devient tout de suite plus délicat. Une escale ne se choisit alors plus seulement pour son abri, son charme ou sa position sur la route, mais aussi pour sa capacité à fournir l’énergie nécessaire au programme suivant. Cette contrainte modifie profondément la logique de navigation. Elle oblige à anticiper davantage, à accepter des temps morts plus longs, et parfois à revoir le rayon d’action du bateau. À terre, l’automobiliste adapte déjà une partie de ses trajets à la recharge. En mer, cette adaptation est encore plus sensible, parce que les alternatives sont moins nombreuses et que l’erreur se paie plus cher.

Les ports auront un rôle décisif dans la transition

Le devenir de la propulsion électrique ne dépend pas seulement des bateaux. Il dépend aussi des quais. Tant que les marinas ne proposeront pas des solutions de recharge adaptées, fiables et suffisamment répandues, l’électrification restera cantonnée à des zones pionnières ou à des usages très encadrés. Or moderniser un port de plaisance ne se résume pas à ajouter quelques prises. Il faut renforcer les réseaux, prévoir les puissances appelées, sécuriser les installations, intégrer les nouveaux besoins dans des infrastructures souvent anciennes, et surtout bâtir un modèle économique viable. Tous les ports n’ont ni les moyens, ni l’espace, ni la fréquentation suffisante pour avancer au même rythme. C’est pourquoi la transition sera très inégale selon les bassins de navigation. Certaines régions bien équipées, structurées autour d’un réseau dense de marinas modernes, pourront accélérer plus vite. D’autres resteront longtemps dans un modèle mixte, avec une présence croissante de l’électrique sur les petites unités, mais sans bascule généralisée.

Une transition réelle, mais beaucoup plus lente que certains l’annoncent

Dire que le moteur électrique remplacera rapidement le thermique en plaisance serait exagéré. Dire qu’il ne percera jamais serait tout aussi faux. La réalité, c’est que la transition a déjà commencé, mais qu’elle se fait par cercles concentriques. Les premières lignes bougent sur les petites puissances, les courtes distances, les usages répétitifs et les environnements bien équipés. C’est là que l’électrique est déjà pertinent, parfois même supérieur. Ensuite viendront les segments intermédiaires, là où les batteries progresseront encore, où les ports se moderniseront et où les modèles économiques deviendront plus robustes. En revanche, pour les unités de croisière exigeantes, les programmes au long cours et les usages professionnels qui demandent une grande souplesse, le thermique restera encore durablement dans le paysage. L’avenir ne sera donc pas celui d’un remplacement uniforme, mais d’une coexistence de technologies. Le moteur électrique va prendre une place croissante, c’est désormais évident. Mais il ne balaiera pas à court terme des motorisations thermiques qui restent, pour beaucoup de navigateurs, les seules capables d’offrir aujourd’hui l’autonomie, la réactivité et la polyvalence attendues en mer.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.