Les règles pour observer les tortues marines dans les Îles de Guadeloupe

Charline David
Par Charline David

Observer une tortue marine dans les Îles de Guadeloupe reste un moment fort, mais cette rencontre ne s’improvise pas. Ces espèces protégées nécessitent des gestes simples et un vrai respect de leur cycle de vie. Périodes de ponte, règles d’observation et actions de protection : ce qu’il faut savoir avant de les croiser en mer ou sur une plage.

Un territoire essentiel pour les tortues marines

Les eaux guadeloupéennes jouent un rôle déterminant dans la vie des tortues marines. Elles y trouvent des zones de nourrissage, des routes migratoires et des sites de reproduction adaptés. Certaines plages accueillent des femelles depuis des générations, parfois sur les mêmes secteurs du littoral, preuve d’une fidélité remarquable à leur lieu de naissance.
Cette relation étroite avec le territoire explique aussi leur vulnérabilité. Dès qu’un environnement change trop rapidement, qu’il s’agisse d’un herbier dégradé, d’un récif fragilisé ou d’une plage transformée, c’est tout un cycle biologique qui peut être perturbé. La conservation des tortues ne se limite donc pas à protéger un animal visible en mer. Elle implique de préserver l’ensemble des milieux dont dépend sa survie. Sur le plan juridique, la protection est très claire. L’arrêté ministériel du 10 novembre 2022 interdit notamment la capture, la perturbation intentionnelle ou la destruction des tortues marines, ainsi que toute atteinte à leurs œufs, à leurs nids ou à leurs habitats. Cette réglementation s’applique aussi bien en mer que sur les plages.

Tortue imbriquée
Tortue imbriquée© AdobeStock

Trois espèces emblématiques à connaître

Parmi les espèces recensées dans la région, trois sont particulièrement visibles et suivies localement : la tortue verte, la tortue imbriquée et la tortue luth. Ce sont elles qui structurent l’essentiel des observations en mer et des activités de ponte sur les plages.

La tortue verte est la plus fréquemment rencontrée par le grand public. Son alimentation essentiellement végétale la conduit à fréquenter les herbiers marins, véritables prairies sous-marines qui constituent son principal garde-manger. Lorsqu’on l’observe évoluer lentement au-dessus de ces zones, on comprend immédiatement l’importance de ces milieux souvent méconnus.

La tortue imbriquée, plus petite, évolue davantage autour des récifs coralliens et des reliefs rocheux. Sa carapace aux écailles imbriquées la rend facilement identifiable. Elle dépend étroitement de la bonne santé des récifs, ce qui en fait une espèce particulièrement sensible aux dégradations de l’environnement.

La tortue luth, enfin, impressionne par sa taille et sa silhouette massive. Elle se distingue des autres espèces par l’absence de plaques cornées sur sa carapace et par ses dimensions exceptionnelles. Plus discrète en mer, car elle fréquente souvent des eaux plus profondes, elle reste néanmoins l’une des grandes espèces reproductrices de l’archipel.

À une échelle plus large, deux autres espèces fréquentent occasionnellement les eaux régionales, la tortue caouanne et la tortue olivâtre, mais elles demeurent beaucoup plus rares localement.

Tortue luth
Tortue luth© AdobeStock

Une saison de ponte qui s’étale sur une grande partie de l’année

La reproduction des tortues marines suit un calendrier précis qui influence directement la vie du littoral. La saison de ponte s’étend globalement de mars à novembre, avec des périodes d’activité différentes selon les espèces. Le début de saison correspond généralement à l’arrivée des tortues luth. Viennent ensuite les pontes de tortues imbriquées, puis celles des tortues vertes qui prolongent l’activité plus tard dans l’année. Cette succession explique pourquoi certaines plages restent sensibles pendant plusieurs mois. Il ne faut pas imaginer la ponte comme un événement isolé. Elle s’inscrit dans une séquence complète : montée de la femelle, creusement du nid, incubation des œufs, puis émergence des jeunes. Chaque étape nécessite du temps et de la tranquillité. Pour cette raison, une plage peut rester sous surveillance bien après le passage d’une femelle.

 

Observer une tortue sans perturber son comportement

Rencontrer une tortue en mer reste une chance, mais cette chance s’accompagne d’une responsabilité. L’observation doit toujours se faire dans le respect de l’animal, sans chercher à provoquer une interaction. La distance recommandée est d’environ 5 m. Il est également conseillé de rester en surface, d’éviter les mouvements brusques, de ne pas faire d’apnée pour se rapprocher et de ne jamais tenter de toucher l’animal. Ces règles simples visent avant tout à limiter le stress et à préserver le comportement naturel de la tortue. Un animal dérangé peut interrompre son alimentation, modifier sa trajectoire ou quitter une zone importante pour sa survie. Ce type de perturbation, répété sur la durée, peut avoir des conséquences bien réelles sur l’état des populations.

 

Face à une tortue en train de pondre, la discrétion est essentielle

La montée d’une femelle sur la plage constitue l’un des moments les plus sensibles de son cycle de vie. Après avoir quitté la mer, elle doit trouver un emplacement adapté, creuser un trou dans le sable et déposer ses œufs. Cette phase demande un effort physique important.
Le moindre dérangement peut l’amener à abandonner la ponte. Une lumière trop forte, un bruit soudain ou une présence trop proche suffisent parfois à interrompre le processus.
Dans cette situation, le comportement attendu est simple : rester silencieux, éviter toute lumière blanche, ne pas s’approcher de face et observer à distance, environ 10 m derrière l’animal. L’espace devant la tortue doit rester totalement libre afin qu’elle puisse repartir vers la mer sans obstacle. Il ne faut surtout pas chercher à aider, déplacer du sable ou inspecter le nid. La meilleure attitude consiste à observer discrètement et à laisser l’animal suivre son rythme.

© AdobeStock

Lors d’une éclosion, laisser faire la nature

La sortie des jeunes tortues constitue un spectacle impressionnant, mais elle déclenche souvent des réactions mal adaptées. L’envie de les ramasser ou de les déposer directement dans l’eau est fréquente, mais ce geste peut nuire à leur développement. Le trajet entre le nid et la mer fait partie intégrante de leur apprentissage. Les nouveau-nés doivent l’effectuer seuls, sans manipulation humaine.

En revanche, certaines situations nécessitent une intervention. Des jeunes désorientés par une source lumineuse, bloqués sur la plage ou menacés immédiatement doivent être signalés aux personnes compétentes. En Guadeloupe, le Réseau Tortues Marines dispose d’un numéro dédié aux situations d’urgence : 06 96 234 235. Ce contact permet d’obtenir une réponse rapide lorsqu’une tortue est blessée, en difficulté ou lorsque des jeunes semblent en danger.

© AdobeStock

Des menaces bien réelles pour ces espèces marines

La présence régulière des tortues dans les eaux guadeloupéennes ne doit pas masquer leur fragilité. Les dangers auxquels elles sont confrontées sont nombreux et souvent liés aux activités humaines. Les collisions avec les embarcations représentent un risque important, notamment lorsque les tortues remontent respirer en surface. Les captures accidentelles dans les engins de pêche constituent également une menace majeure. Filets, lignes et cordages peuvent entraîner des blessures graves ou une noyade.

La pollution joue un rôle tout aussi préoccupant. Les plastiques flottants ou immergés sont parfois ingérés et provoquent des troubles digestifs ou un affaiblissement progressif. La dégradation des herbiers et des récifs, qui servent de zones d’alimentation, fragilise également l’équilibre des populations. Sur le littoral, les pressions sont différentes mais tout aussi fortes. L’éclairage artificiel, l’urbanisation, l’érosion ou certaines activités nocturnes modifient les conditions nécessaires à la ponte. La lumière, en particulier, peut désorienter les nouveau-nés qui se dirigent naturellement vers l’horizon marin. À ces menaces s’ajoute l’impact du changement climatique. L’élévation du niveau de la mer, la modification des plages et l’augmentation de la température du sable influencent directement la réussite des pontes et le développement des embryons.

© AdobeStock

Le rôle du Réseau Tortues Marines Guadeloupe

La protection des tortues marines repose aujourd’hui sur un travail collectif mené depuis plusieurs décennies. Créé en 1999, le Réseau Tortues Marines Guadeloupe rassemble associations, scientifiques, gestionnaires d’espaces naturels et bénévoles. Leur mission consiste à suivre l’activité de reproduction, surveiller les plages, intervenir lors d’échouages et sensibiliser le public. Sur le terrain, cela se traduit par des patrouilles nocturnes, des observations de traces dans le sable, des actions d’information et des opérations de secours lorsque des animaux sont en difficulté. Ce travail discret mais constant permet d’améliorer la connaissance des populations et d’adapter les mesures de protection. Il contribue aussi à faire évoluer les comportements, en rappelant que la préservation de ces espèces dépend autant des institutions que des gestes quotidiens.

 

Une rencontre qui implique une responsabilité

Croiser une tortue marine reste un moment rare et souvent inoubliable. Mais cette émotion s’accompagne d’une responsabilité simple : respecter l’animal et son environnement. La protection des tortues ne repose pas uniquement sur des lois ou des programmes scientifiques. Elle repose aussi sur des comportements individuels, parfois très simples, comme garder ses distances, réduire la lumière sur une plage ou signaler une situation inhabituelle.

Observer sans déranger, laisser faire la nature et comprendre le rôle de chacun : c’est aujourd’hui la condition pour que ces silhouettes continuent de fréquenter durablement les eaux des Îles de Guadeloupe.
 

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.