
Le Figaro Nautisme : Pouvez-vous commencer par présenter Neo Sailing Technologies, ses missions et ses ambitions ?
Quentin Vlamynck : “Neo Sailing Technologies est une entreprise de composites qui fabrique principalement des bateaux prototypes, surtout pour la course au large, les transatlantiques ou d’autres projets sportifs. Nous travaillons soit pour des skippers qui ont des projets sportifs, soit pour des propriétaires dans des catégories de bateaux qui naviguent tout au long de l’année.
Aujourd’hui, nous sommes une vingtaine de salariés. Ces dernières années, nous avons sorti différents bateaux, dont le trimaran Edenred. En ce moment, nous construisons un Class40 pour participer à la Route du Rhum.
À l’origine, nous sommes implantés au Verdon-sur-Mer depuis plusieurs années. Nous disposons depuis 2019 d’un hangar de 25 mètres par 25 mètres, dans lequel nous avions construit mon trimaran pour la Route du Rhum 2022. Ensuite, nous avons réalisé deux autres Class40, des monocoques de 12 mètres destinés à courir des transatlantiques. C’est la partie la plus classique de notre activité.
À côté de cela, nous travaillons sur des matériaux recyclables avec Arkema, un groupe chimiste français, notamment une résine appelée Elium®. C’est une résine recyclable. J’ai traversé l’Atlantique avec un bateau construit avec cette résine dès 2016, et ce bateau navigue encore aujourd’hui.”

Le Figaro Nautisme : Pourquoi avoir choisi la résine Elium® ? Qu’apporte-t-elle réellement dans la fabrication des bateaux ?
Quentin Vlamynck : “Aujourd’hui, la résine Elium® n’apporte pas nécessairement un gain en performance ou en légèreté par rapport à l’époxy. Nous travaillons principalement avec des matériaux époxy, qui sont très fiables, très robustes et très légers. La résine Elium® a surtout une vertu principale : le recyclage. Elle permet notamment de recycler les déchets liés à la construction, ce qui n’est pas possible avec l’époxy.”
Le Figaro Nautisme : Vous testez ces matériaux en conditions réelles avec des bateaux de course. Avez-vous l’ambition de les développer pour la plaisance ?
Quentin Vlamynck : “Oui, clairement. La première pièce que nous avons réalisée avec cette résine remonte à 2014. Elle a cassé, mais cela nous a permis d’apprendre. Aujourd’hui, l’objectif est d’aller vers la plaisance et de proposer à des propriétaires de construire des bateaux avec cette résine, tout en recyclant nos déchets directement en interne.”

Le Figaro Nautisme : Vous avez aussi travaillé sur une planche à voile avec Antoine Albeau. Quel rôle joue ce projet dans vos développements technologiques ?
Quentin Vlamynck : “Dernièrement, nous avons fabriqué une planche pour Antoine Albeau dans le cadre d’un programme de record de vitesse. L’idée était d’abord de redévelopper la technique avec différents matériaux et de vérifier que tout fonctionnait correctement. La semaine dernière, il a réalisé ses premiers essais et a atteint des pointes de vitesse à 43 nœuds. L’objectif est désormais d’aller chercher les 50 nœuds.
Pour nous, ce programme est très intéressant, car il nous permet de tester ces matériaux dans des conditions extrêmes, à des vitesses que nous n’avions encore jamais atteintes. C’est une manière concrète de valider les performances et la fiabilité des solutions que nous développons.
Pendant longtemps, nous avons eu du mal à communiquer sur ce que nous faisions, parce que tant que nous n’étions pas sûrs que cela fonctionnait, nous préférions rester prudents. Ce projet nous donne aujourd’hui une visibilité plus forte et nous permet d’avancer de manière plus assumée.”

Le Figaro Nautisme : Continuez-vous à naviguer en parallèle de votre activité industrielle ?
Quentin Vlamynck : “Oui, mais un peu moins cette année. Je continue à naviguer en Figaro, notamment avec des jeunes qui découvrent la course au large. Je souhaite aussi rester présent au chantier pour coordonner les constructions en cours.”
Le Figaro Nautisme : Selon vous, à quoi ressemblera la navigation dans 10 ans ?
Quentin Vlamynck : “Le vrai problème concerne la plaisance, où la moyenne d’utilisation d’un bateau est très faible. Nous entrons aujourd’hui dans un cycle de renouvellement important, avec de nombreux bateaux arrivant en fin de vie. L’idée est de concevoir des bateaux qui, dans 20 ou 25 ans, pourront être recyclés correctement.”

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