Ce mégayacht de 195 mètres veut révolutionner la recherche scientifique en mer

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Long de 195 m, équipé pour sonder les abysses et pensé comme une plateforme de recherche internationale, REV Ocean prépare sa première grande campagne scientifique. Entre 2027 et 2028, ce navire hors normes doit enchaîner 10 missions entre l’Atlantique Sud, les Caraïbes, la mer des Sargasses et le Pacifique tropical oriental. Une ambition immense : mieux connaître l’océan pour mieux le protéger.

Il a les dimensions d’un superyacht, l’architecture d’un navire d’expédition et les ambitions d’un laboratoire flottant. REV Ocean ne se contente pas d’afficher des chiffres spectaculaires. Avec ses 195 m de long, ses équipements de pointe et sa vocation scientifique, ce navire norvégien veut surtout répondre à une urgence : combler une partie du retard immense accumulé dans la connaissance des océans.

Car le constat reste vertigineux. L’océan couvre plus de 70 % de la planète, mais il demeure encore largement méconnu, en particulier dans ses profondeurs. Certaines zones restent très peu cartographiées, des écosystèmes entiers sont mal documentés, et les décisions de protection se prennent encore trop souvent avec des données fragmentaires. C’est précisément dans cet espace, entre science, conservation et décision politique, que REV Ocean veut s’imposer.

Un navire conçu comme une plateforme scientifique mondiale

REV Ocean n’a pas été imaginé comme un simple navire de prestige transformé en outil scientifique. Sa vocation repose sur une idée plus ambitieuse : réunir à bord des chercheurs, des décideurs, des experts de l’océan, des institutions et des partenaires régionaux afin de faire circuler plus rapidement les données, les analyses et les décisions.

À bord, les laboratoires côtoient les espaces de réunion, les équipements scientifiques avancés et les moyens d’exploration sous-marine. Le navire dispose notamment d’un ROV capable d’atteindre 6 000 m de profondeur, ainsi que d’un sous-marin habité pouvant emmener 3 personnes jusqu’à 2 300 m pendant 8 h. Ces outils doivent permettre d’observer, de filmer, de prélever et de documenter des zones encore très peu étudiées, depuis les monts sous-marins jusqu’aux habitats profonds.

L’enjeu n’est pas seulement d’explorer. Il s’agit aussi de produire des données utilisables pour la création, l’extension ou le suivi d’aires marines protégées, la lutte contre la pollution plastique, la compréhension des récifs coralliens, l’étude des écosystèmes vulnérables et l’analyse des liens entre océan et climat. REV Ocean veut ainsi sortir la recherche du seul cadre académique pour la rapprocher des décisions concrètes.

Une première campagne de 10 missions entre 2027 et 2028

La première grande saison opérationnelle du navire doit débuter en avril 2027 à Rio de Janeiro, en marge de la conférence de la Décennie des Nations unies pour les sciences océaniques. Elle se poursuivra jusqu’à la fin 2028, avec 10 missions menées dans plusieurs grands bassins océaniques : l’Atlantique Sud, les Caraïbes, la mer des Sargasses et le Pacifique tropical oriental. Le programme prévoit notamment des travaux sur la dorsale Vitória-Trindade, au large du Brésil, l’un des ensembles de monts sous-marins les moins étudiés de l’Atlantique Sud. D’autres missions s’intéresseront à la dorsale Fernando de Noronha, aux coraux d’eau froide, aux écosystèmes mésophotiques, aux habitats abyssaux ou encore aux grandes routes de migration d’espèces marines.

Dans les Caraïbes, certaines recherches devront aider à mieux comprendre la connectivité écologique entre plusieurs zones marines, avec un objectif très concret : fournir une base scientifique à de futurs projets de protection transfrontalière. La mer des Sargasses, déjà connue en surface pour son rôle écologique majeur, sera étudiée plus en profondeur, notamment pour mieux documenter ses communautés pélagiques et benthiques. Plus à l’ouest, les missions prévues autour du corridor Galápagos Hermandad et des eaux internationales voisines doivent aussi alimenter les réflexions sur la conservation régionale.

 

© Rev Océan

 

Explorer les angles morts de l’océan

Ce programme a une cohérence forte : il cible des zones stratégiques, souvent riches en biodiversité, mais encore insuffisamment étudiées. Les monts sous-marins, par exemple, jouent un rôle majeur dans la vie marine. Ils peuvent concentrer les espèces, favoriser les circulations biologiques et abriter des habitats fragiles. Pourtant, beaucoup restent mal cartographiés et peu surveillés.

Même logique pour les écosystèmes profonds. Ils sont difficiles d’accès, coûteux à étudier et encore très absents du débat public. Pourtant, ils peuvent être directement concernés par la pêche profonde, l’exploration minière, le réchauffement de l’océan ou l’acidification. Sans données solides, difficile de les protéger efficacement.

REV Ocean veut donc s’attaquer à cette difficulté de fond : faire émerger des connaissances là où elles manquent le plus. Les missions ne se limiteront pas à des relevés scientifiques classiques. Elles doivent aussi former de jeunes chercheurs, associer des institutions locales et rendre les données accessibles après les expéditions, afin que les résultats ne restent pas enfermés dans les laboratoires.

Une reconstruction technique avant le grand départ

Avant cette première campagne mondiale, REV Ocean a aussi connu un parcours industriel complexe. Le navire a dû faire l’objet d’une modernisation importante, avec notamment une extension de 12 m après des difficultés techniques et des problèmes de stabilité. Ces travaux ont imposé une réduction du poids de certains équipements, en particulier dans les parties hautes du navire, afin d’améliorer son équilibre et sa navigabilité.

Le chantier a aussi porté sur les systèmes d’échappement des générateurs, avec des exigences fortes en matière de poids, de résistance à la corrosion et de réduction des vibrations. Derrière l’image spectaculaire du plus grand navire de recherche privé au monde, il y a donc aussi une réalité très technique : faire fonctionner un outil scientifique de cette taille impose une précision d’ingénierie considérable.

Les générateurs, les systèmes de propulsion, les batteries et les équipements acoustiques doivent permettre au navire de mener des opérations sensibles, notamment lorsque les chercheurs travaillent sur la biomasse ou sur des espèces vulnérables. Dans ce type de mission, limiter les nuisances sonores sous-marines devient un enjeu scientifique à part entière.

Quand la science monte à bord avec les décideurs

L’un des aspects les plus intéressants de REV Ocean tient à son modèle. Le navire n’est pas seulement conçu pour accueillir des chercheurs. Il veut aussi embarquer des décideurs, des représentants d’institutions, des responsables de politiques publiques et des acteurs de la conservation. L’idée est claire : rapprocher ceux qui produisent les données de ceux qui peuvent les transformer en mesures de protection.

Cette approche donne au navire une dimension politique, au sens noble du terme. L’océan souffre rarement d’un manque total d’alertes. Les scientifiques documentent depuis longtemps la pression du changement climatique, la perte de biodiversité, la pollution plastique ou la fragilité des habitats profonds. Le vrai défi consiste souvent à transformer ces connaissances en décisions rapides, coordonnées et efficaces.

REV Ocean mise donc sur la présence commune à bord. Voir les écosystèmes, assister aux travaux de terrain, échanger directement avec les scientifiques et travailler à proximité des données peut changer la manière de décider. C’est cette passerelle entre observation et action qui donne au projet sa singularité.

Un symbole puissant, mais très attendu au tournant

REV Ocean arrive dans un contexte où l’océan occupe une place de plus en plus centrale dans les débats climatiques, environnementaux et géopolitiques. Protection de 30 % des espaces marins, traité sur la haute mer, lutte contre les plastiques, préservation des récifs, pêche durable, connaissance des grands fonds : les chantiers sont immenses, et les besoins scientifiques le sont tout autant.

Le navire porte donc une promesse forte. Celle d’un outil privé mis au service d’un accès partagé à la connaissance. Mais cette promesse sera jugée sur ses résultats : qualité des données, utilité pour les territoires concernés, implication réelle des partenaires locaux, capacité à alimenter des politiques de protection et transparence dans la diffusion des connaissances.

Avec sa première campagne mondiale, REV Ocean entre dans le concret. Le géant de 195 m ne sera plus seulement un projet impressionnant par sa taille ou sa technologie. Il devra prouver qu’un navire hors normes peut vraiment aider à mieux comprendre l’océan, à mieux le gouverner et, surtout, à mieux le protéger.

Dans un monde où les mers subissent déjà les effets du réchauffement, de la pollution et de la surexploitation, l’enjeu dépasse largement la performance maritime. REV Ocean veut faire de l’exploration un levier d’action. 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.