6 questions à… Joris Corbin, responsable du bureau d’études Alubat
Joris Corbin : "Mes grands-parents avaient une maison en Bretagne, au sud de Vannes, et nous y passions toutes nos vacances. Pour autant, je n’étais pas sportif lorsque j’étais enfant et je ne naviguais pas. Ce qui me plaisait, à l’époque, c’était surtout de créer des maquettes de bateaux et de les lancier dans la mer… déjà [Rires !].
La mer et les bateaux ont donc toujours fait partie de ma vie, mais je ne me suis pas immédiatement orienté vers le nautisme. J’ai d’abord commencé des études de kinésithérapie. Finalement, je n’étais pas très motivé et j’ai décidé de me réorienter. Je me suis dit que, quitte à devoir trouver un métier, autant choisir un domaine qui m’intéressait vraiment. Je me suis donc tourné vers un BTS construction navale à Saint-Nazaire. Et là, franchement, j’ai adoré. Me lever le matin en étant content d’aller en cours, c’était nouveau pour moi [Rires !]. J’ai ensuite enchaîné avec des stages dans des chantiers navals, puis avec une licence professionnelle en gestion de projet industriel naval, en alternance dans le groupe Bénéteau. Cette expérience m’a permis de comprendre le fonctionnement d’un grand groupe, avec ses avantages et ses inconvénients.
Je suis entré chez Alubat en 2017 comme technicien au bureau d’études. À l’époque, nous n’étions que deux au BE. Mon supérieur a ensuite rencontré des problèmes de santé et s’est retrouvé en arrêt. Je me suis donc retrouvé seul à devoir piloter le développement de l’OVNI 450. J’ai immédiatement été plongé dans le grand bain.
L’avantage d’un chantier à taille humaine, c’est que l’on doit tout gérer : les relations avec les clients, avec les fournisseurs, avec l’atelier. C’est une vision très globale du projet, et c’est précisément ce que j’aime.
Quant à savoir s’il faut forcément être passionné par le bateau de voyage, je ne peux répondre que pour mon cas : oui, ces bateaux m’ont toujours fait rêver. J’ai beaucoup navigué en Mini 6.50 et, lorsque j’ai commencé chez Alubat, je rêvais de faire la Mini Transat. Cela ne s’est pas fait, pour différentes raisons, mais le voyage en bateau, en course ou en croisière, reste une idée bien ancrée dans un coin de ma tête."
Joris Corbin : "Au-delà de la solidité, de la réparabilité et du caractère recyclable, qui sont les avantages bien connus de l’aluminium, le vrai plus de ce matériau est l’adaptabilité qu’il nous procure. Nos bateaux partent d’une même base, mais ils sont largement personnalisables, tout simplement parce que nous n’avons pas de moule.
Si un propriétaire souhaite un cockpit avec des retours de winchs spécifiques, des mains courantes particulières ou un doghouse différent, nous pouvons le faire. Nous sommes vraiment à l’écoute de nos clients. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’ils souhaitent intégrer certaines solutions sur leur bateau, et que ces idées finissent ensuite par être reprises sur la série.
Sur un bateau en aluminium, la liberté de conception est presque infinie. Pour un bureau d’études, c’est une liberté totale, et c’est assez génial. Je peux vous donner un exemple concret : l’OVNI 490 devait, à l’origine, être plus petit. Après réflexion et discussion avec le client du numéro 1, nous avons décidé de le rallonger : 50 cm pour la jupe et 30 cm pour la delphinière. Et c’est maintenant la taille standard. La construction en aluminium nous permet d’intégrer régulièrement des évolutions sans avoir besoin de refaire un moule. En moyenne, nous proposons des évolutions significatives tous les quatre ou cinq bateaux. Évidemment, nous ne pouvons pas faire systématiquement des unités entièrement uniques, mais, dans les faits, chaque bateau est différent."
Joris Corbin : "Le bateau est même déjà bien avancé. La coque est retournée et la chaudronnerie devrait être terminée d’ici la fin juillet. L’objectif est une mise à l’eau en février 2027.
Le Cigale est un bateau emblématique chez Alubat, et c’est la troisième génération que nous lançons. Avec le 15 QR, nous revenons un peu aux sources, avec des objectifs de performance importants, tout en proposant un beau volume habitable. C’est un bateau très équipé, capable d’embarquer cinq tonnes de charge tout en permettant des journées à plus de 200 milles.
La grande nouveauté de ce Cigale, c’est son système de quille relevable. On passe de 3,30 m de tirant d’eau quille basse à 1,60 m quille haute, ce qui ouvre l’accès à de très nombreux mouillages. On retrouve le même principe que sur les OVNI, même si, pour des questions de charge, nous avons dû opter pour un système hydraulique. Cela complexifie un peu le travail du bureau d’études, mais on sait faire [Rires !]."
Joris Corbin : "Les bateaux sont plus simples à manœuvrer, c’est indéniable. Mais l’évolution, dans un chantier comme le nôtre, très à l’écoute de ses clients, dépendra d’abord d’eux. Certains propriétaires demandent, par exemple, six winchs électriques à bord, tandis que d’autres n’en veulent qu’un seul.
Nous observons surtout beaucoup de progrès et d’aides lorsque le voilier est utilisé au moteur. Les joysticks, les propulseurs et, sur l’OVNI 490, le fait d’avoir deux moteurs simplifient énormément les manœuvres dans les ports ou les mouillages encombrés.
Le confort à bord prend également de plus en plus d’importance. C’est particulièrement vrai avec les bateaux à propulsion électrique. Le four à micro-ondes, la cafetière électrique ou les plaques à induction ne posent plus de difficulté particulière, d’autant que nos systèmes sont simples à gérer et à utiliser pour les propriétaires.
Aujourd’hui, nous avons déjà des solutions pour la plupart des demandes des propriétaires, et nous avons la capacité de répondre à beaucoup d’autres. C’est la force de notre bureau d’études."
Joris Corbin : "Nous sommes aujourd’hui quatre personnes au bureau d’études. Nous développons un nouveau modèle tous les deux ans et, en moyenne, nous travaillons chaque année sur une évolution importante pour chacun des modèles du chantier.
Pour donner un ordre d’idée, le travail du bureau d’études sur la seule chaudronnerie du nouveau Cigale 15 QR représente plus de 2 000 heures."
Joris Corbin : "Ma dernière navigation était particulière. J’ai réalisé la conception d’industrialisation d’un Mini 6.50 (dessiné par Nina Karlseder) en contreplaqué époxy pour un ami, qui vient tout juste d’en terminer la construction. Nous avons pu naviguer récemment à bord. C’était incroyablement excitant, très plaisant, et nous nous sommes vraiment bien amusés.
Quant à ma prochaine navigation, je reçois souvent des propositions de clients qui nous invitent à bord de leur bateau. J’ai dans un coin de ma tête l’idée d’accepter, un jour, et d’aller découvrir le Grand Nord."