E10, SP98, Premium : quelle essence mettre dans son hors-bord ?

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Mark Bernie
Par Mark Bernie

E10, SP98, essence premium, carburant sans éthanol… Au moment de faire le plein, les conseils de ponton sont nombreux, souvent contradictoires. Pourtant, pour un hors-bord moderne, le vrai sujet n’est pas seulement l’indice d’octane : c’est aussi le temps que l’essence va passer dans le réservoir. Et sur un bateau qui peut rester plusieurs semaines ou plusieurs mois sans naviguer, cette différence change tout.

Vous venez de faire le plein. Deux cents litres dans le réservoir, un hors-bord récent à l’arrière, la mer est belle et la journée s’annonce parfaite. Dans ces conditions, peu de plaisanciers se demandent réellement ce qui se passe dans leur essence. Et ils ont plutôt raison. Le but est de profiter de la vie et de la journée en mer ! Le problème, pourtant, commence lorsque le même carburant est encore à bord plusieurs mois plus tard. C’est là que le bateau se distingue profondément de la voiture. Une automobile roule souvent, renouvelle rapidement son carburant et passe rarement tout un hiver avec le même plein. Sur un bateau, en revanche, quelques dizaines ou plusieurs centaines de litres peuvent rester immobiles pendant une longue période, avec des variations de température, de l’humidité et parfois un réservoir largement ventilé vers l’extérieur. Dès lors, la vraie question n’est plus seulement : « Mon moteur accepte-t-il l’E10 ? » Elle devient : « Combien de temps vais-je conserver cette essence ? » Et c’est de qui doit dicter – vraiment – votre choix !

 

E10 ou SP98 : il faut commencer par oublier une vieille idée reçue

Mettre du SP98 dans un moteur prévu pour fonctionner au SP95 ne lui donne pas automatiquement plus de puissance. L’indice 98 indique avant tout une meilleure résistance au cliquetis. Si le moteur n’en a pas besoin, et si sa gestion électronique n’est pas conçue pour en tirer parti, le bénéfice en performances est généralement très faible, voire inexistant. Pour le plaisancier, la vraie différence peut, en revanche, se cacher ailleurs : le SP95-E10 peut contenir jusqu’à 10 % d’éthanol. Le SP95 ou le SP98 de catégorie E5 peuvent en contenir jusqu’à 5 %. Et c’est précisément cet éthanol qui mérite l’attention lorsque le carburant doit rester longtemps dans un bateau.

Les grands motoristes acceptent aujourd’hui généralement l’E10 sur leurs hors-bords récents. Cela signifie qu’un moteur prévu pour ce carburant peut parfaitement fonctionner avec lui. Mais « compatible » ne veut pas dire « idéal à stocker pendant six mois »… Un moteur utilisé chaque semaine en été, avec un carburant régulièrement renouvelé, n’est pas du tout dans la même situation qu’un bateau qui termine sa saison au mois de septembre avec 150 litres encore dans le réservoir.

 

L’éthanol n’est pas un poison, mais il aime l’eau

L’éthanol souffre d’une mauvaise réputation dans le nautisme qu’il faut nuancer. Dans un moteur moderne conçu pour l’accepter, il n’est pas intrinsèquement dangereux. Les circuits d’alimentation récents sont développés avec des matériaux compatibles et la combustion de l’E10 ne pose pas de problème particulier dans des conditions normales d’utilisation. Le souci vient surtout de sa forte affinité avec l’eau.

Une petite quantité d’eau peut rester intégrée dans le mélange essence-éthanol sans que cela n’entraîne immédiatement de dysfonctionnement. Mais au-delà d’un certain seuil, qui dépend notamment de la température et de la formulation du carburant, le mélange peut devenir instable. Et là, tout change !

 

La séparation de phase : le phénomène qu’il faut vraiment comprendre

Lorsque le carburant contient trop d’eau, une partie de l’éthanol quitte l’essence et se mélange avec celle-ci. Une phase plus dense, composée d’eau et d’alcool, se forme alors au fond du réservoir. C’est la fameuse séparation de phase et ce n’est pas une simple curiosité chimique…

La prise de carburant du moteur se trouve généralement au fond du réservoir. Autrement dit, si une couche riche en eau et en alcool s’y forme, c’est précisément ce que le moteur va aspirer en premier. Les conséquences peuvent aller d’un fonctionnement irrégulier à une perte de puissance, voire à l’arrêt complet du moteur. Autre problème : l’essence restante, dans la partie supérieure du réservoir, a perdu une partie de son éthanol. Or celui-ci contribue à l’indice d’octane du carburant. Après une séparation de phase, ce qui reste dans le réservoir n’a donc plus nécessairement les mêmes caractéristiques qu’au moment du plein. C’est aussi pour cette raison qu’un simple additif ne permet pas forcément de « réparer » une essence déjà fortement contaminée.

 

D’où vient réellement l’eau ?

Mais comment l’eau peut-elle se retrouver dans votre réservoir ? Il y a bien la condensation. Un réservoir soumis à de fortes variations de température peut échanger avec l’air extérieur et accumuler progressivement de l’humidité. Mais dans la réalité, la condensation n’est pas toujours le principal coupable. Un joint de bouchon de remplissage fatigué, un évent mal positionné, de la pluie ou des embruns qui pénètrent dans le circuit, ou encore une contamination lors du ravitaillement peuvent introduire beaucoup plus d’eau qu’un phénomène de condensation lent et progressif… Avant d’accuser l’E10 de tous les maux, il faut donc commencer par examiner son installation. Un bouchon étanche, des durites en bon état, un évent correctement placé et un circuit propre valent souvent mieux qu’un flacon d’additif.

 

L’essence vieillit, même si elle ne change pas de couleur

Le deuxième problème n’est pas lié à l’eau mais au temps : l’essence est un mélange complexe de nombreux hydrocarbures. Lorsqu’elle reste stockée longtemps, les composants les plus volatils peuvent progressivement s’évaporer et d’autres s’oxyder. Avec le temps peuvent apparaître des gommes et des dépôts. Cela ne signifie évidemment pas qu’un carburant devient inutilisable au bout d’un mois. Il n’existe d’ailleurs pas de date de péremption universelle car tout dépend des conditions de stockage. Une essence conservée dans un récipient fermé, propre et à température relativement constante vieillira beaucoup mieux qu’un carburant stocké dans un réservoir chaud, ventilé et exposé pendant des mois aux variations climatiques. Mais une chose est certaine : une essence qui ne sert pas pendant tout un hiver n’est pas exactement la même au printemps.

 

Alors, faut-il choisir systématiquement le SP98 ?

Si votre moteur est conçu pour fonctionner au SP95-E10 et que vous utilisez régulièrement votre bateau, il n’existe aucune raison technique sérieuse de bannir l’E10. En revanche, si votre bateau navigue peu ou reste immobilisé plusieurs mois, une essence E5 peut présenter un intérêt grâce à sa teneur maximale en éthanol plus faible… C’est donc moins le chiffre « 98 » qui est intéressant que la quantité potentielle d’éthanol contenue dans le carburant. Dans certains pays, on trouve également de l’essence sans éthanol destinée notamment aux moteurs de loisirs. Lorsqu’elle est disponible et compatible avec le moteur, elle constitue une solution intéressante pour les longues périodes de stockage. Mais attention au terme « premium ». Un carburant vendu plus cher n’est pas nécessairement sans éthanol. Il faut regarder ses caractéristiques réelles.

 

Les grands motoristes disent pratiquement tous la même chose

Les recommandations des principaux fabricants convergent sur plusieurs points : les moteurs modernes acceptent généralement jusqu’à 10 % d’éthanol. Il faut respecter l’indice d’octane minimal prévu pour chaque moteur et ne jamais dépasser la teneur maximale en alcool autorisée. Les manuels insistent aussi sur la fraîcheur du carburant et sur les précautions à prendre avant une longue immobilisation. Autrement dit, le premier réflexe devrait toujours être de lire les prescriptions exactes du moteur.

Un hors-bord quatre-temps à injection récent ne s’entretient pas comme un petit deux-temps à carburateurs âgé de trente ans. Et les vieilles recettes transmises de ponton en ponton ne sont pas forcément universelles.

 

Avec un moteur à carburateurs, le vieux carburant pardonne moins

Les anciens moteurs à carburateurs sont particulièrement sensibles au vieillissement de l’essence. Une petite quantité de carburant peut rester dans les cuves et les conduits pendant l’hiver. En s’évaporant lentement, elle laisse parfois des dépôts capables d’obstruer les minuscules passages des gicleurs. Au printemps, le scénario est connu : moteur qui démarre mal, refuse de tenir le ralenti ou nécessite un démontage complet du carburateur. Sur ces moteurs, l’hivernage du circuit d’alimentation est donc particulièrement important. Les moteurs à injection éliminent ce problème précis, mais ils ne sont pas pour autant invulnérables. Injecteurs, pompes et régulateurs disposent eux aussi de passages très fins et supportent mal les contaminants, les dépôts et l’eau. Le moteur moderne est plus facile à vivre. Il n’aime pas davantage le mauvais carburant.

 

Les stabilisants : utiles, à condition de ne pas leur demander des miracles

Les stabilisants ont leur place dans l’hivernage d’un moteur essence : leur fonction principale consiste à ralentir l’oxydation du carburant et la formation de dépôts pendant la période de stockage, mais leur efficacité suppose de les utiliser au bon moment. Un stabilisant doit idéalement être ajouté dans une essence encore fraîche, avant la longue période d’immobilisation. Le moteur doit ensuite fonctionner suffisamment longtemps pour que le carburant traité atteigne l’ensemble du circuit. En revanche, ajouter un produit au printemps dans une essence oubliée depuis huit mois ne la transforme pas en carburant neuf… Et aucun stabilisant ne peut faire disparaître par magie une grande quantité d’eau ou une séparation de phase déjà installée !

 

Le filtre séparateur d’eau : probablement l’un des meilleurs investissements

Sur un bateau équipé d’un réservoir fixe, le filtre séparateur d’eau est une véritable assurance : son rôle est simple, arrêter les particules et retenir une partie de l’eau libre avant qu’elle n’atteigne le moteur. Pour qui navigue au large, pêche loin des côtes ou utilise son bateau dans des zones où la qualité du carburant peut être variable, cet équipement est particulièrement précieux. Il doit toutefois être entretenu et contrôlé régulièrement. Et une cartouche de rechange à bord peut transformer un problème potentiellement sérieux en simple intervention de quelques minutes. Là encore, mieux vaut prévenir que chercher ensuite à récupérer un circuit contaminé.

 

Réservoir plein ou presque vide pendant l’hiver ?

Pendant des décennies, la règle a été simple : remplir le réservoir presque complètement afin de limiter la quantité d’air et donc la condensation. Dans un ancien réservoir largement ventilé, le raisonnement reste cohérent. Un réservoir presque plein contient peu d’air. Il échange donc moins avec l’atmosphère extérieure. Il faut simplement conserver suffisamment de volume disponible pour permettre au carburant de se dilater. Mais tous les réservoirs ne fonctionnent plus ainsi : les installations modernes peuvent disposer de systèmes limitant fortement les échanges de vapeur avec l’extérieur. Dans certaines configurations, l’intérêt d’un réservoir entièrement rempli devient beaucoup moins évident. Il peut alors être préférable de conserver une faible quantité de carburant frais plutôt que de stocker inutilement plusieurs centaines de litres pendant tout l’hiver.

La vraie règle est donc moins simple mais beaucoup plus intelligente : respecter les recommandations correspondant à son réservoir et à son moteur…

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.