Un tour du monde en course qui recrute des équipiers…

Course au large
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Faire le tour du monde sans GPS, sans cartographie électronique et sans routage moderne, sur des voiliers conçus il y a parfois près d’un demi-siècle : voilà le pari de l’Ocean Globe Race. En septembre 2027, une nouvelle flotte s’élancera pour quelque 27 000 milles via Le Cap, Auckland et le cap Horn. Une course hors du temps, ouverte en partie aux amateurs, qui attire des marins en quête d’une aventure devenue rare : naviguer autour du monde en équipage, à l’ancienne.

Faire le tour du monde sans GPS, sans cartographie électronique et sans routage moderne, sur des voiliers conçus il y a parfois près d’un demi-siècle : voilà le pari de l’Ocean Globe Race. En septembre 2027, une nouvelle flotte s’élancera pour quelque 27 000 milles via Le Cap, Auckland et le cap Horn. Une course hors du temps, ouverte en partie aux amateurs, qui attire des marins en quête d’une aventure devenue rare : naviguer autour du monde en équipage, à l’ancienne.

© Marco Ausderau / OGR2023.

Il est deux heures du matin quelque part dans l’océan Indien. Le bateau plonge dans une mer courte, le vent souffle fort, les quarts s’enchaînent et le marin chargé de déterminer la position ne peut pas simplement regarder l’écran d’un GPS. Il doit attendre une éclaircie, sortir son sextant, observer les astres et reprendre ses calculs. Bienvenue dans l’Ocean Globe Race.

À l’heure où les IMOCA naviguent à plus de 30 nœuds sur leurs foils, où les logiciels analysent en permanence les performances du bateau et où les routages météo calculent une route optimale en quelques secondes, cette course fait exactement le contraire. Elle enlève la technologie. Pas par nostalgie gratuite, mais pour tenter de retrouver une certaine idée de la course au large : celle où le bateau, l’équipage et l’océan constituaient encore l’essentiel de l’équation.

 

Une Whitbread du XXIe siècle… avec les règles des années 1970

L’Ocean Globe Race est directement inspirée de la première Whitbread Round the World Race, partie de Portsmouth en 1973. À cette époque, les équipages s’élançaient autour du monde sur de solides monocoques, avec des cartes papier, des sextants, quelques instruments analogiques et beaucoup de sens marin. Les communications étaient limitées, les prévisions météo sommaires et la navigation astronomique faisait partie du quotidien. Cinquante ans plus tard, l’Ocean Globe Race 2023-2024 avait voulu recréer cet univers. Quatorze bateaux et environ 220 marins avaient pris le départ.

L’expérience sera renouvelée en 2027. Le départ est prévu le 12 septembre pour un tour du monde d’environ 27 000 milles, avec une arrivée au printemps 2028. La flotte descendra d’abord l’Atlantique jusqu’au Cap, en Afrique du Sud, avant de traverser l’océan Indien vers Auckland. Les concurrents repartiront ensuite vers le Pacifique Sud, doubleront le cap Horn, rejoindront Punta del Este en Uruguay puis remonteront l’Atlantique vers l’Europe. Un parcours qui reprend largement l’esprit des premières Whitbread. Mais ce sont surtout les règles qui donnent à l’épreuve son caractère si particulier.

 

Pas de GPS pour naviguer

La principale différence avec n’importe quelle course océanique moderne tient en quelques mots : les équipages ne naviguent pas au GPS. La cartographie électronique n’est pas utilisée pour conduire le bateau au quotidien. Les ordinateurs et certains appareils modernes restent sous contrôle ou sous scellés et ne peuvent être employés que dans les conditions prévues par le règlement. À bord, les cartes papier redeviennent donc essentielles. La position se détermine notamment grâce à la navigation astronomique. Le sextant, que de nombreux plaisanciers considèrent aujourd’hui comme un bel objet rangé dans une bibliothèque, reprend une fonction stratégique. La météo aussi se traite différemment. Pas question de recevoir en permanence un routage optimisé depuis la terre. Les équipages doivent travailler avec les informations autorisées, observer le ciel, étudier les systèmes météo et construire eux-mêmes leur stratégie. Cela ne signifie pas que la sécurité soit restée bloquée en 1973.

Les bateaux embarquent évidemment les équipements modernes indispensables en cas d’urgence, notamment des balises et différents dispositifs de sécurité. L’objectif n’est pas de reproduire les risques de l’époque, mais sa manière de naviguer. La nuance est essentielle.

© Ville Norra / Tapio Lehtinen Sailing / Team Galiana OGR2023-24

Des bateaux anciens, mais préparés comme des bateaux modernes

Le terme « rétro » pourrait laisser croire que l’Ocean Globe Race consiste à acheter un vieux voilier et à partir faire le tour du monde. La réalité est évidemment bien différente. Les bateaux engagés doivent appartenir à des catégories définies par le règlement et correspondre à des conceptions antérieures à la fin des années 1980. Certains sont d’anciens participants de la Whitbread, d’autres sont des modèles de série contemporains de cette époque. Mais avant de repartir dans les mers du Sud, ils subissent des préparations particulièrement sérieuses. Structure, quille, safran, gréement, cadènes, mât, étanchéité : tout doit être contrôlé. Les éléments fatigués sont renforcés ou remplacés et la préparation peut demander plusieurs années.

Ces bateaux naviguent donc à l’ancienne, mais ils sont inspectés avec cinquante années supplémentaires d’expérience du grand large. C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de l’Ocean Globe Race : conserver la philosophie d’une époque sans reproduire ses faiblesses.

 

Neptune, cinquante ans d’histoire française

Parmi les projets français engagés, Neptune est sans doute celui qui possède l’histoire la plus spectaculaire. Ce monocoque en aluminium de 60 pieds, dessiné par André Mauric, participait déjà à la Whitbread Round the World Race de 1977. Près d’un demi-siècle plus tard, il a repris le large pour l’Ocean Globe Race 2023 sous la direction de Tanneguy Raffray. Le bateau a terminé sixième du classement général. Et il repartira en 2027.

À bord, le projet dépasse largement la seule dimension sportive. La campagne est notamment associée à une initiative autour de la maladie de Parkinson et accueille Bertrand Delhom, lui-même atteint par la maladie. L’histoire de Neptune résume presque à elle seule l’esprit de l’épreuve : un bateau qui possède déjà plusieurs vies, des marins professionnels et amateurs réunis autour d’un projet commun et une aventure humaine qui compte autant que le classement.

Autre projet français identifié, White Shadow, un 57 pieds datant de la fin des années 1970. Déjà présent sur l’édition précédente sous pavillon espagnol, le bateau doit revenir en 2027 avec une campagne française conduite par Charles Lambert, avec Sarah Polomack-Vinckel comme second. D’autres projets tricolores pourraient encore venir compléter la flotte.

Peut-on embarquer quand on n’est pas coureur professionnel ?

C’est probablement la question que de nombreux plaisanciers se poseront en découvrant cette course. La réponse est oui. L’Ocean Globe Race a même été pensée pour conserver une place importante aux amateurs. Le nombre de marins considérés comme professionnels est limité et les équipages doivent respecter plusieurs critères de composition, notamment la présence de femmes et de jeunes navigateurs. Certaines campagnes recrutent donc directement des équipiers. Il est possible, selon les projets, de participer au tour du monde complet ou seulement à une étape. Mais il faut immédiatement préciser une chose : amateur ne signifie pas débutant !

Partir plusieurs semaines dans l’océan Indien ou dans le Pacifique Sud à bord d’un bateau de quinze ou vingt mètres n’a rien à voir avec une croisière estivale entre deux ports méditerranéens. Les candidats doivent posséder une véritable expérience hauturière, accumuler plusieurs milliers de milles et suivre différents stages liés notamment à la sécurité et aux premiers secours. Une partie de l’équipage doit également naviguer ensemble avant la course lors d’une qualification suffisamment longue pour vérifier que le bateau et les hommes sont réellement prêts. Pour un plaisancier avec un vrai CV nautique cohérent et qui rêve de grande aventure, l’Ocean Globe Race reste donc accessible.

Mais il faut préparer le projet sérieusement.

 

Combien coûte une place pour faire le tour du monde ?

Les modèles économiques changent selon les campagnes. Certaines sont principalement financées par des partenaires et sélectionnent leurs équipiers. D’autres fonctionnent davantage comme des projets collectifs auxquels chaque marin participe financièrement. Les sommes peuvent être importantes. Sur certains projets qui recrutent actuellement des équipiers, une participation au tour du monde complet peut approcher 50 000 euros. Une seule étape peut représenter plus de 10 000 euros, sans compter les voyages, les formations et l’équipement personnel. À première vue, le montant peut sembler considérable. Mais il faut le rapprocher du coût réel d’une campagne autour du monde. Préparer un voilier de 15 à 20 mètres, remplacer une partie du gréement, acheter les voiles, assurer le bateau, financer les équipements de sécurité, payer les places de port et assurer huit mois de logistique représente rapidement plusieurs centaines de milliers d’euros. Certains projets proposent même aux équipiers de devenir copropriétaires du bateau. On ne finance alors plus seulement une place. On entre véritablement dans l’aventure…

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.