Deux femmes, deux hommes, et une traversée de l’Atlantique entre New York et Lorient. Pour sa première édition, The Ocean Race Atlantic imposera une stricte parité à bord des IMOCA engagés. Une première en 53 ans d’histoire pour The Ocean Race, qui fait de cette nouvelle course un nouveau jalon dans la féminisation de la voile au large.

Le 1er septembre prochain, lorsque les six IMOCA quitteront New York pour mettre le cap sur Lorient, une petite révolution aura lieu à bord. Pour la première fois dans l’histoire de The Ocean Race, chaque bateau devra aligner exactement autant de femmes que d’hommes : deux navigatrices et deux navigateurs.
Une règle simple, mais loin d’être anodine dans un univers de la course au large où les femmes restent encore minoritaires. Avec cette obligation de parité absolue, The Ocean Race Atlantic devient l’un des rares événements sportifs de haut niveau à inscrire directement l’égalité femmes-hommes dans la composition des équipes.
De 18 % de femmes à une parité totale
Cette évolution ne s’est pas faite en une seule édition. Lors de The Ocean Race 2014-2015, les femmes représentaient 18 % des concurrents. Huit ans plus tard, leur part avait atteint 28 % sur l’édition 2022-2023, avec une règle imposant déjà la présence d’au moins une navigatrice dans chaque équipage.
Cette dernière édition avait ainsi rassemblé davantage de femmes que n’importe quelle autre en un demi-siècle d’histoire de la course. The Ocean Race Atlantic 2026 franchit désormais l’étape suivante : il n’est plus question d’un quota minimum, mais d’une représentation strictement égale.
Une décision saluée par Francesca Clapcich, première Italienne à avoir remporté The Ocean Race en 2022-2023. La navigatrice prendra cette fois la barre de Team Francesca Clapcich Powered by 11th Hour Racing.
Pour elle, cette nouvelle règle permet surtout de placer les navigatrices de très haut niveau au cœur de l’une des vitrines les plus exigeantes de la course au large. Elle y voit également un signal adressé aux jeunes générations : la voile océanique doit pouvoir offrir les mêmes perspectives aux femmes et aux hommes.
« On veut avoir la meilleure équipe possible »
Paul Meilhat connaît déjà la configuration qui deviendra obligatoire en septembre. Lors de The Ocean Race 2022-2023, son équipe Biotherm avait choisi de dépasser le quota minimum en alignant deux femmes et deux hommes pendant trois des sept étapes.
Le skipper français défend depuis longtemps les équipages mixtes. Selon lui, la parité doit permettre d’ouvrir davantage de places aux navigatrices au plus haut niveau sans remettre en question l’objectif premier de toute équipe : rechercher la performance.
« En fin de compte, on veut avoir la meilleure équipe possible, et des expériences, des compétences et des modes de pensée différents ne peuvent que nous rendre plus forts », souligne-t-il.
Au-delà du symbole, la règle devrait donc avoir un effet très concret : six bateaux composés chacun de quatre marins signifient que douze navigatrices prendront le départ de New York dans les mêmes conditions sportives que leurs douze équipiers masculins.
New York-Lorient, un sprint transatlantique inédit
Cette évolution accompagnera une autre nouveauté majeure. The Ocean Race Atlantic sera la première course « point-to-point » organisée en 50 ans d’histoire de The Ocean Race.
Le départ sera donné à New York le 1er septembre. Les IMOCA s’élanceront ensuite à travers l’Atlantique Nord en profitant notamment du Gulf Stream avant de rejoindre Lorient. Un parcours qui promet une traversée rapide et engagée pour les six équipages.
Mais les organisateurs ne veulent pas limiter l’événement à la seule compétition. Autour du départ américain et de l’arrivée bretonne, plusieurs rendez-vous seront consacrés à la diversité, à l’accès aux métiers du nautisme et à la place des femmes dans la filière.
Faire évoluer la voile au-delà des équipages
Des ateliers consacrés aux carrières techniques dans la voile et le nautisme sont notamment organisés avec The Magenta Project à Newport, les 24 et 25 août, puis à Lorient les 9 et 10 septembre. Une table ronde sur l’égalité dans le leadership doit également se tenir à New York le 27 août.
D’autres initiatives permettront à des publics encore peu représentés dans la voile de découvrir la navigation, à New York comme à Lorient. Dans la ville bretonne, la Cité de la Voile Éric Tabarly accueillera notamment des séances d'initiation les 12 et 13 septembre, tandis qu’une projection du documentaire Women from the Sea, consacré aux femmes engagées dans l’exploration, la science, le sport et la protection de l’océan, est prévue le 9 septembre.
Une manière d’élargir la démarche bien au-delà des pontons. Pour Rebecca White, conseillère principale chargée notamment des questions d’accès et d’équité chez The Ocean Race, l’objectif est de créer davantage de passerelles vers la voile, aussi bien pour devenir athlète que pour rejoindre les nombreux métiers qui entourent la compétition et l’industrie nautique.
Une règle appelée, un jour, à devenir inutile ?
Avec cette parité imposée, The Ocean Race assume donc d’utiliser le règlement pour accélérer une évolution encore inachevée. L’ambition affichée est toutefois qu’une telle mesure finisse par ne plus être nécessaire, lorsque la présence de femmes et d’hommes à parts égales sera devenue naturelle au plus haut niveau.
En attendant, le départ du 1er septembre marquera une date importante. Pour la première fois depuis la création de The Ocean Race, femmes et hommes seront représentés à égalité sur chaque bateau. Et sur l’Atlantique, une fois la ligne franchie, une seule chose devra départager les équipages : leur performance.
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