Pour la première fois de son histoire, The Ocean Race proposait une transatlantique entre New York et Lorient. Les nouveautés ne manquaient pas : première course IMOCA avec des équipages 100 % mixtes, lancement du concept quotidien de « Super sprint » et première compétition officielle de deux bateaux (Team Malizia et DMG MORI Global One). À l’arrivée, 27 minutes entre les quatre premiers, un équipage honoré (United by the Ocean) et de très belles perspectives pour la suite, à moins de cinq mois de The Ocean Race.

« Est-ce que vous pouvez nous raconter la course ? »
La question est posée à Paul Meilhat, toujours accroupi sur le pont de United by the Ocean, alors qu’il répond aux médias depuis plus d’une quinzaine de minutes. Le skipper, tout juste vainqueur, sourit : « ouh là, ça va être long ! » L’appréciation du temps n’est jamais la même dès lors qu’on prend le large. Les skippers de The Ocean Race Atlantic peuvent en témoigner : même s’ils sont tous arrivés en l’espace de 9 jours et 17 heures, ils ont dû traverser de nombreuses péripéties. À l’arrivée sur les pontons lorientais, les paroles sont toujours légères, enthousiastes, témoignages fugaces du bonheur de poser enfin pied à terre. Peut-être que les corps en disent un peu plus : des cernes creusés, des mains rongées par l’effort et les bouts, des dos légèrement courbés comme autant de traces pour illustrer la résistance aux éléments.

New York, un décor splendide avant le grand départ
Dix jours plus tôt donc, à plus de 5 480 km de Lorient, les six bateaux de The Ocean Race Atlantic étaient amarrés à Brooklyn. Un cadre époustouflant pour une grande première qui en a forcément motivé certains à faire partie de l’aventure. « Quand on est arrivé à New York, on a tous retrouvé le sourire, sourit Paul Meilhat. Ça ne laisse personne indifférent d’aller là-bas ! » C’était encore le cas mardi 2 septembre quand les six bateaux ont largué les amarres, longé la Statue de la Liberté puis passé sous le pont Verrazzano. La brume semblait figer les lieux, laissant deviner la skyline en arrière-plan et les coques colorées au premier plan : un tableau parfait avant de s’élancer.
La suite s’écrivait au large avec une ligne virtuelle à 150 milles des côtes, donc au milieu de nulle part. « C’est un peu bizarre un départ au large », confie Oliver Heer (Embrace the Challenge). Qu’importe : la course a commencé au près. Les conditions étaient déjà engagées (une vingtaine de nœuds de vent), la première nuit très chaude (à cause des courants du Gulf Stream) et la flotte restait groupée avec Malizia aux commandes.
Plus de 48 heures dans le chaos
Une dépression s’apprêtait alors les propulser de façon virulente vers l’est. Progressivement, le vent a gagné en intensité, la mer est devenue plus formée et les marins, comme les machines, étaient soumis à rude épreuve. DMG MORI Global One (black-out électronique), MSIG Europe (problème d’enrouleur) ont été les premiers à communiquer sur des soucis techniques. Le leader n’a pas été épargné : après une fuite dans un ballast vendredi, Boris Herrmann et les siens ont dû composer avec un choc sur le foil bâbord samedi. Le dimanche, c’est une partie de la grand-voile d’Embrace the Challenge qui s’est déchirée.
Pendant plus de 48 heures, la tension était palpable sur les bateaux et les conditions harassantes. « L’état de la mer était terrible et l’angle des vagues rendait tout très douloureux, décrit Francesca Clapcich (11th Hour Racing). Ça demandait plus d’énergie mentale que physique. » « Parfois, on a dû choquer les écoutes pour être sûrs que le bateau ne dépasse pas les 35 nœuds et ne pique pas du nez violemment », reconnaissait Nicolas Lunven (DMG MORI Global One). Les bateaux ont subi, les organismes aussi. Oliver Heer évoquait « deux jours très difficiles, stressants et épuisants ». À bord des bateaux, on vit casqué, on s’attache à tout, on ne dort plus, on parle peu, on tente de survivre.
Un final riche en suspense jusqu’au bout
Pourtant, la progression des bateaux a continué malgré tout. Résistants et déterminés, les skippers ont aussi dû se muer en fins stratèges. En cause ? Un anticyclone qui a ralenti la tête de flotte et offert un nouveau départ. Ils sont alors quatre à batailler aux premières positions : Malizia situé le plus au nord, le duo United by the Ocean – 11th Hour Racing dans une position médiane et DMG MORI Global One plus au sud. 50 milles les séparent lundi, 30 milles le mardi puis seulement 10 milles à quelques encablures de l’arrivée. Résultat : du suspense jusqu’au bout avec quatre prétendants à la victoire dans les dernières heures.
« Le matin, soit on anticipait une bascule de vent à droite, soit on piquait tout droit en espérant que le vent reste favorable, raconte Will Harris (11th Hour Racing). Sauf que le vent a changé de direction après le passage de United by the Ocean ». Ainsi, au bout du suspense, Paul Meilhat et ses équipiers sont parvenus à l’emporter d’une courte tête. En 27 minutes, les quatre premiers étaient amarrés !

The Ocean Race déjà dans le viseur
Ironie de l’histoire, ce sont deux bateaux de l’ancienne génération (United by the Ocean 1er, 11th Hour Racing 2e) qui ont terminé devant. Néanmoins, DMG MORI Global One (3e), un plan Verdier, et Team Malizia (4e), un plan Koch, ont démontré qu’ils avaient déjà toutes les qualités pour jouer aux avant-postes. Paul Meilhat le dit à sa manière : « ce sont des bateaux qui ont beaucoup de potentiel. Je pense qu’ils vont finir plus de courses devant que derrière ! »
Les deux IMOCA ont d’ailleurs été les plus rapides au « super. sprint », une innovation de The Ocean Race Atlantic (le plus rapide sur 20 minutes était récompensé chaque jour). Team Malizia s’est imposé à quatre reprises, remportant ce « match dans le match », alors que DMG MORI Global One a terminé quatre fois deuxième. Pour la plupart des skippers, The Ocean Race Atlantic n’est qu’une étape. À l’horizon, il y a un autre défi, de taille : The Ocean Race, l’iconique tour du monde en équipage et par escale. Le compte-à-rebours a déjà commencé avant de se retrouver à Alicante, le 17 janvier prochain, pour le grand départ.
À Lorient, The Ocean Race est une fête !
Afin d’accueillir les skippers et de s’immerger dans l’univers The Ocean Race, toute une série de festivités a été proposée à destination de tous les publics. Une soirée spéciale, organisée par le Sailorz Film Festival, avait donné le ton dès le lundi 7 septembre. Du mercredi 9 au dimanche 13, l’Ocean Live Park était accessible pour vivre ce grand rassemblement populaire. Expositions, conférences, chasse au trésor, projection de documentaires, « fan day »… De nombreuses activités permettaient de faire découvrir les dernières avancées scientifiques autour de l’océan, de sensibiliser à la fragilité des écosystèmes et de fédérer autour de la nécessité d’agir.
Les plus jeunes ont notamment été concernés, puisque plus de 2000 enfants ont participé aux programmes éducatifs. Des visites pédagogiques, des séances d’initiation au dériveur et des nettoyages de plage (avec Surfrider) étaient proposés. Les “runs”, disputés dans des conditions idéales le weekend, ont également permis à de nombreux invités de monter à bord. Des délégations des villes qui accueilleront The Ocean Race l’an prochain, à l’instar de l’adjoint au maire d’Alicante, Antonio Péral, ont également fait le déplacement. La « journée du sport et de l’inclusivité », le dimanche, qui a rassemblé plus de douze clubs, a vu les équipages de The Ocean Race Atlantic participer aux différentes animations dans la bonne humeur. Afin de mettre en place l’événement, près de 60 entreprises locales se sont mobilisées et plus d’une vingtaine d’associations et d’ONG se sont impliquées. Des journées sous le soleil qui se sont étirées avec la tenue de trois soirées de concerts pour prolonger l’été et l’esprit de fête jusqu’au bout de la nuit.
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