Pêche au calamar à la turlutte : la technique japonaise qui conquiert les pêcheurs français

Pêche en mer
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Venue du Japon dans sa forme moderne, la pêche en eging transforme une simple turlutte en leurre mobile, capable de prospecter ports, digues et côtes rocheuses. À l’entrée de l’automne, lorsque les calamars se rapprochent du littoral, elle offre une initiation aussi accessible que captivante.

Venue du Japon dans sa forme moderne, la pêche en eging transforme une simple turlutte en leurre mobile, capable de prospecter ports, digues et côtes rocheuses. À l’entrée de l’automne, lorsque les calamars se rapprochent du littoral, elle offre une initiation aussi accessible que captivante.

© AdobeStock - antoine

La touche ne ressemble pas toujours à une attaque. Parfois, la ligne s’alourdit simplement, comme si la turlutte avait accroché un sac en plastique. Puis le calamar démarre et la canne se courbe sous une traction souple, presque élastique. C’est cette sensation particulière, à mi-chemin entre la pêche au leurre et l’observation, qui séduit de plus en plus de pêcheurs français.
La turlutte n’est pas un appât nouveau. Des modèles rudimentaires sont utilisés depuis longtemps pour capturer calamars et seiches. Ce qui vient véritablement du Japon, c’est l’eging : une technique complète fondée sur des leurres équilibrés appelés egi, des cannes sensibles et une succession précise de lancers, d’accélérations et de pauses. Le mot dérive de egi, nom japonais de la turlutte, auquel a été ajouté le suffixe anglais « ing ».
 

Une fausse crevette qui nage en dents de scie

Une turlutte moderne reprend grossièrement la silhouette d’une crevette. Son corps est habillé de tissu ou de matière brillante, un petit lest contrôle sa descente et deux couronnes de pointes remplacent l’hameçon classique. Ces aiguilles ne portent généralement pas d’ardillon : le céphalopode est retenu par ses tentacules tant que la ligne reste tendue.
Les tailles sont exprimées par des numéros, souvent de 1.5 à 4.0. Plus le chiffre augmente, plus le leurre est long et généralement lourd. Un modèle de 2.5 ou 3.0 constitue une base polyvalente du bord ; une turlutte plus petite peut décider des calamars méfiants, tandis qu’un modèle plus lourd atteint plus vite une couche profonde ou résiste mieux au courant. La vitesse de descente compte autant que la couleur : une turlutte qui tombe trop rapidement traverse la zone de chasse, une autre trop légère n’atteint jamais la bonne profondeur.
 

Lancer, laisser descendre, animer… puis attendre

La séquence de base est simple. Après le lancer, on accompagne la descente en gardant le contact avec la ligne. Quelques coups de scion font ensuite bondir la turlutte sur le côté. Vient alors la phase essentielle : la pause. Le calamar suit souvent le leurre pendant l’animation, puis le saisit lorsqu’il ralentit et redescend. Une bannière qui se détend trop tôt, un léger déplacement latéral ou un poids inhabituel doivent faire relever doucement la canne.
Le geste ne consiste pas à ferrer brutalement. Les chairs du calamar sont fragiles et une traction sèche peut les déchirer. Il faut conserver une pression régulière, éviter les à-coups et utiliser une épuisette dès que l’animal approche du bord. Attention au dernier réflexe du céphalopode : il expulse fréquemment eau et encre au moment de quitter la surface.
Du bord, les quais éclairés, les digues, les entrées de port autorisées et les pointes rocheuses donnent de bons postes. Les calamars chassent volontiers à la tombée du jour et de nuit, notamment autour des zones où la lumière rassemble les petits poissons. Il faut toutefois vérifier que la pêche est permise, ne jamais gêner les manœuvres et renoncer aux blocs glissants ou battus par la houle.
 

Quel matériel pour commencer ?

Une canne d’environ 2,40 à 2,60 mètres, légère mais assez nerveuse pour animer la turlutte, convient à la majorité des pêches du bord. Un moulinet de taille 2500 ou 3000 garni d’une tresse fine améliore la perception de la descente. Un bas de ligne en fluorocarbone limite l’abrasion contre les rochers et apporte un peu de discrétion. Quelques turluttes de tailles et de vitesses de descente différentes suffisent pour débuter ; collectionner les couleurs est moins utile que savoir où évolue son leurre.
La saison varie selon les façades et les espèces, mais la fin de l’été et l’automne sont souvent favorables sur les côtes françaises, avec des calamars qui se rapprochent du bord. En Méditerranée comme en Atlantique, température, clarté de l’eau, vent et présence de poissons fourrage modifient la pêche d’un soir à l’autre. Les tailles minimales, quotas, zones protégées et obligations déclaratives doivent être vérifiés avant la sortie. La turlutte paraît simple ; tout son intérêt tient justement à ce qu’elle oblige à lire l’eau, la profondeur et le comportement d’un animal beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît.
 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.