Venue du Japon dans sa forme moderne, la pêche en eging transforme une simple turlutte en leurre mobile, capable de prospecter ports, digues et côtes rocheuses. À l’entrée de l’automne, lorsque les calamars se rapprochent du littoral, elle offre une initiation aussi accessible que captivante.

La touche ne ressemble pas toujours à une attaque. Parfois, la ligne s’alourdit simplement, comme si la turlutte avait accroché un sac en plastique. Puis le calamar démarre et la canne se courbe sous une traction souple, presque élastique. C’est cette sensation particulière, à mi-chemin entre la pêche au leurre et l’observation, qui séduit de plus en plus de pêcheurs français.
La turlutte n’est pas un appât nouveau. Des modèles rudimentaires sont utilisés depuis longtemps pour capturer calamars et seiches. Ce qui vient véritablement du Japon, c’est l’eging : une technique complète fondée sur des leurres équilibrés appelés egi, des cannes sensibles et une succession précise de lancers, d’accélérations et de pauses. Le mot dérive de egi, nom japonais de la turlutte, auquel a été ajouté le suffixe anglais « ing ».
Une fausse crevette qui nage en dents de scie
Une turlutte moderne reprend grossièrement la silhouette d’une crevette. Son corps est habillé de tissu ou de matière brillante, un petit lest contrôle sa descente et deux couronnes de pointes remplacent l’hameçon classique. Ces aiguilles ne portent généralement pas d’ardillon : le céphalopode est retenu par ses tentacules tant que la ligne reste tendue.
Les tailles sont exprimées par des numéros, souvent de 1.5 à 4.0. Plus le chiffre augmente, plus le leurre est long et généralement lourd. Un modèle de 2.5 ou 3.0 constitue une base polyvalente du bord ; une turlutte plus petite peut décider des calamars méfiants, tandis qu’un modèle plus lourd atteint plus vite une couche profonde ou résiste mieux au courant. La vitesse de descente compte autant que la couleur : une turlutte qui tombe trop rapidement traverse la zone de chasse, une autre trop légère n’atteint jamais la bonne profondeur.
Lancer, laisser descendre, animer… puis attendre
La séquence de base est simple. Après le lancer, on accompagne la descente en gardant le contact avec la ligne. Quelques coups de scion font ensuite bondir la turlutte sur le côté. Vient alors la phase essentielle : la pause. Le calamar suit souvent le leurre pendant l’animation, puis le saisit lorsqu’il ralentit et redescend. Une bannière qui se détend trop tôt, un léger déplacement latéral ou un poids inhabituel doivent faire relever doucement la canne.
Le geste ne consiste pas à ferrer brutalement. Les chairs du calamar sont fragiles et une traction sèche peut les déchirer. Il faut conserver une pression régulière, éviter les à-coups et utiliser une épuisette dès que l’animal approche du bord. Attention au dernier réflexe du céphalopode : il expulse fréquemment eau et encre au moment de quitter la surface.
Du bord, les quais éclairés, les digues, les entrées de port autorisées et les pointes rocheuses donnent de bons postes. Les calamars chassent volontiers à la tombée du jour et de nuit, notamment autour des zones où la lumière rassemble les petits poissons. Il faut toutefois vérifier que la pêche est permise, ne jamais gêner les manœuvres et renoncer aux blocs glissants ou battus par la houle.
Quel matériel pour commencer ?
Une canne d’environ 2,40 à 2,60 mètres, légère mais assez nerveuse pour animer la turlutte, convient à la majorité des pêches du bord. Un moulinet de taille 2500 ou 3000 garni d’une tresse fine améliore la perception de la descente. Un bas de ligne en fluorocarbone limite l’abrasion contre les rochers et apporte un peu de discrétion. Quelques turluttes de tailles et de vitesses de descente différentes suffisent pour débuter ; collectionner les couleurs est moins utile que savoir où évolue son leurre.
La saison varie selon les façades et les espèces, mais la fin de l’été et l’automne sont souvent favorables sur les côtes françaises, avec des calamars qui se rapprochent du bord. En Méditerranée comme en Atlantique, température, clarté de l’eau, vent et présence de poissons fourrage modifient la pêche d’un soir à l’autre. Les tailles minimales, quotas, zones protégées et obligations déclaratives doivent être vérifiés avant la sortie. La turlutte paraît simple ; tout son intérêt tient justement à ce qu’elle oblige à lire l’eau, la profondeur et le comportement d’un animal beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît.
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