Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026 : quels sont les records à battre lors de cette 13e édition ?
C'est sans doute le record le plus convoité de la Route du Rhum. En 2022, Charles Caudrelier a signé une traversée historique à bord du Maxi Edmond de Rothschild, en reliant Saint-Malo à Pointe-à-Pitre en seulement 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes. Le navigateur français est ainsi devenu le premier marin à boucler la transatlantique en moins de sept jours, améliorant de plus de 18 heures le précédent record établi par Francis Joyon en 2018. Une performance qui illustre les progrès considérables réalisés par les géants de la classe Ultim, désormais capables de maintenir des vitesses impressionnantes sur de longues distances.
Pour mesurer cette évolution, il suffit de revenir à la première édition, en 1978. Mike Birch avait alors mis plus de 23 jours pour rejoindre la Guadeloupe à bord de son trimaran Olympus Photo. En près d'un demi-siècle, le temps nécessaire pour traverser l'Atlantique a donc été divisé par plus de trois. En 2026, les Ultim tenteront à nouveau de repousser cette limite symbolique, mais battre le chrono de Caudrelier nécessitera bien plus qu'un bateau rapide. Il faudra notamment composer avec les systèmes météorologiques de l'Atlantique Nord, trouver les meilleures trajectoires et éviter toute avarie susceptible de compromettre une tentative de record.
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En près de cinquante ans d'existence, jamais la Route du Rhum n'a connu une arrivée aussi disputée que celle de sa première édition. En 1978, après plus de 23 jours de navigation, le Canadien Mike Birch, à bord de son petit trimaran jaune Olympus Photo, parvient à dépasser le Français Michel Malinovsky, qui semblait pourtant tenir la victoire sur son monocoque Kriter V. Au terme d'un incroyable retour dans les derniers milles autour de la Guadeloupe, Birch franchit la ligne d'arrivée avec seulement 1 minute et 38 secondes d'avance. Un écart dérisoire à l'échelle d'une traversée océanique de plusieurs milliers de kilomètres, qui reste aujourd'hui le plus faible jamais enregistré entre les deux premiers du classement général.
Quarante ans plus tard, en 2018, Francis Joyon et François Gabart ont bien failli rééditer cet exploit. Longtemps dominé par Gabart sur MACIF, le duel a finalement tourné à l'avantage de Joyon, qui s'est imposé sur IDEC Sport avec seulement 7 minutes et 8 secondes d'avance après plus d'une semaine en mer. Cette arrivée constitue la deuxième plus serrée de l'histoire de la course. En 2026, alors que les Ultim continuent de gagner en performance et que les écarts peuvent se réduire brutalement à l'approche de Pointe-à-Pitre, ce record de 98 secondes reste l'un des plus fascinants à battre.
La Route du Rhum est aussi une course de tous les superlatifs par la taille de sa flotte. En 2022, pas moins de 138 skippers ont pris le départ de Saint-Malo, établissant un nouveau record de participation pour l'épreuve, mais également pour une course océanique en solitaire. Répartis dans six catégories, des impressionnants trimarans Ultim aux monocoques Class40, en passant par les IMOCA, Ocean Fifty, Rhum Multi et Rhum Mono, les concurrents formaient un plateau d'une diversité exceptionnelle. L'édition précédente, en 2018, avait déjà marqué les esprits avec 123 participants, mais la barre franchie quatre ans plus tard témoignait de l'attractivité croissante de cette transatlantique.
Au-delà du chiffre, ce record illustre surtout la particularité de la Route du Rhum : réunir sur une même ligne de départ des navigateurs professionnels, des figures incontournables de la course au large et des marins amateurs venus concrétiser un rêve. Cette diversité contribue depuis toujours à la popularité de l'épreuve, même si elle représente un défi logistique important pour les organisateurs, tant à Saint-Malo qu'en Guadeloupe. Avec la 13e édition, la question sera donc de savoir si la course peut encore accueillir une flotte aussi importante, sans perdre ce qui fait son identité.
Si le record absolu appartient aux Ultim, les autres catégories possèdent elles aussi leurs références chronométriques. En 2022, Thomas Ruyant s'est imposé en IMOCA à bord de LinkedOut en 11 jours, 17 heures, 36 minutes et 25 secondes, améliorant nettement le temps réalisé par Paul Meilhat lors de l'édition 2018. Chez les Ocean Fifty, Erwan Le Roux a également marqué les esprits en remportant la course sur Koesio en 10 jours, 21 heures, 35 minutes et 52 secondes. Deux performances qui témoignent de l'évolution des voiliers de course, qu'il s'agisse des monocoques à foils de 60 pieds ou des multicoques de 50 pieds.
La catégorie Class40 a elle aussi connu une progression spectaculaire. En 2022, Yoann Richomme a signé une nouvelle victoire à bord de Paprec Arkéa en 14 jours, 3 heures, 8 minutes et 40 secondes, améliorant de plus de deux jours le temps qu'il avait lui-même établi en 2018. Pour les skippers engagés en 2026, ces chronos constitueront autant de références à dépasser. Toutefois, la comparaison d'une édition à l'autre reste étroitement liée aux conditions météorologiques, qui peuvent favoriser ou ralentir considérablement les bateaux. Une traversée plus rapide ne signifie donc pas nécessairement une course plus facile, et chaque catégorie devra composer avec ses propres contraintes techniques et stratégiques.
Certaines performances ne se mesurent pas en heures ou en minutes, mais en nombre de victoires. Sur ce terrain, Laurent Bourgnon conserve une place à part dans l'histoire de la Route du Rhum. Le navigateur suisse est en effet le seul marin à avoir remporté deux fois l'épreuve au classement général, un exploit réalisé lors des éditions 1994 et 1998. À bord de son trimaran Primagaz, il s'impose une première fois en 14 jours, 6 heures et 28 minutes, avant de conserver son titre quatre ans plus tard, en réduisant son temps de traversée à 12 jours, 8 heures et 41 minutes. Aucun autre skipper n'a réussi depuis à enchaîner deux victoires au classement général.
Dans les différentes catégories, d'autres navigateurs ont également réussi à s'imposer à plusieurs reprises. Yoann Richomme a notamment remporté deux éditions consécutives en Class40, en 2018 et en 2022. Ces performances rappellent qu'une victoire sur la Route du Rhum ne dépend pas uniquement des qualités du bateau, mais aussi de l'expérience du marin, de sa préparation et de sa capacité à gérer une course en solitaire. En 2026, les anciens vainqueurs présents sur la ligne de départ auront donc l'occasion d'enrichir leur palmarès, tandis que de nouveaux prétendants tenteront de rejoindre ce cercle particulièrement fermé.
Tous les records de la Route du Rhum ne sont pas synonymes de réussite. Certaines éditions sont restées célèbres pour les conditions météorologiques extrêmes rencontrées par les concurrents et les nombreuses avaries qui en ont découlé. L'année 2002 constitue à ce titre l'un des épisodes les plus marquants de l'histoire de la course. Dans la catégorie reine des multicoques ORMA de 60 pieds, seuls trois des 18 bateaux engagés sont parvenus à rejoindre la Guadeloupe. Avec 15 abandons, le taux d'échec atteint ainsi plus de 83 % dans cette classe, un bilan particulièrement lourd qui témoigne de la violence des conditions rencontrées dans l'Atlantique Nord.
Au large de la Corogne, les navigateurs doivent notamment affronter une profonde dépression, accompagnée de rafales violentes et d'une mer particulièrement formée. Plusieurs trimarans chavirent ou subissent d'importantes avaries, transformant la course en véritable épreuve de survie pour certains concurrents. Vingt ans plus tard, en 2022, la Route du Rhum a encore montré toute sa difficulté, puisque seuls 103 des 138 skippers au départ ont réussi à terminer la traversée. Malgré les progrès réalisés en matière de conception, de prévision météorologique et de sécurité, la fiabilité des bateaux restera donc un enjeu majeur en 2026. Et s'il existe un record que personne ne souhaite voir tomber, c'est bien celui des abandons.
En 1990, Florence Arthaud entre dans l'histoire de la course au large en devenant la première femme à remporter la Route du Rhum au classement général. À bord de son trimaran Pierre 1er, la navigatrice française rallie Pointe-à-Pitre en 14 jours, 10 heures, 8 minutes et 28 secondes, devançant l'ensemble de ses concurrents. Une victoire retentissante qui fait d'elle l'une des grandes figures de la voile française et marque durablement l'histoire de cette transatlantique.
Plus de trente-cinq ans après son exploit, Florence Arthaud demeure la seule femme à avoir remporté la Route du Rhum toutes catégories confondues. D'autres navigatrices ont depuis brillé sur cette course, notamment Ellen MacArthur, victorieuse en IMOCA en 2002, mais aucune n'a encore réussi à s'imposer au classement général. La participation annoncée d'Alexia Barrier en Ultim pour l'édition 2026 constitue d'ailleurs une nouvelle première : elle doit devenir la première femme à disputer la course en solitaire dans cette catégorie de géants des mers. Une étape supplémentaire dans l'histoire d'une épreuve qui continue d'ouvrir de nouvelles perspectives aux navigatrices.
Le 1er novembre 2026, les concurrents de la Route du Rhum s'élanceront une nouvelle fois de Saint-Malo avec le même objectif : rejoindre Pointe-à-Pitre le plus rapidement possible. Mais derrière cette ambition commune se cachent des défis bien différents. Pour les Ultim, la barre des six jours et dix-neuf heures représente désormais la référence absolue, tandis que les IMOCA, Ocean Fifty et Class40 tenteront d'améliorer leurs propres chronos. D'autres skippers chercheront avant tout à décrocher une première victoire, à enrichir leur palmarès ou simplement à rallier la Guadeloupe après plusieurs semaines de navigation.
L'histoire de la Route du Rhum rappelle toutefois qu'aucun record n'est jamais acquis avant le départ. Une dépression mal négociée, un problème technique ou quelques heures perdues dans les calmes peuvent suffire à bouleverser les classements. À l'inverse, une trajectoire audacieuse et des conditions favorables peuvent permettre à un navigateur de signer une performance inattendue. Depuis 1978, la transatlantique a ainsi construit sa légende sur une succession d'exploits, de duels et de retournements de situation. Reste à savoir quels nouveaux records viendront enrichir son histoire en 2026.
J'ai volontairement privilégié des titres qui annoncent immédiatement le record et ce qu'il représente, plutôt que des chiffres isolés qui obligent à lire le paragraphe pour en comprendre le sens.
Cette version distingue aussi mieux les records absolus (temps de traversée, participation, écart à l'arrivée, nombre de victoires) des performances propres à certaines catégories, notamment le taux d'abandons des ORMA en 2002. C'est une distinction importante pour éviter d'attribuer à l'ensemble de la Route du Rhum un record qui ne concerne qu'une classe de bateaux.