Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2026 : huit géants ULTIM prêts à se disputer la victoire sur l’Atlantique
Avec leurs 32 mètres de long, leurs 23 mètres de large et leurs immenses foils capables de les faire décoller au-dessus des vagues, les ULTIM ne passent jamais inaperçus. Véritables concentrés de technologie, ces maxi-trimarans peuvent dépasser les 40 nœuds, soit plus de 74 km/h, des vitesses impressionnantes pour des voiliers destinés à traverser les océans.
Sur la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, ils occupent une place particulière. Ce sont eux qui se disputent la victoire au classement général en temps réel, avec la possibilité de rallier les Antilles en moins d’une semaine. Pour cette 13e édition, la catégorie réunira huit concurrents, un plateau inédit puisque l’ensemble de la flotte ULTIM actuelle est attendu sur la ligne de départ. Un affrontement qui pourrait bien marquer l’histoire de la course au large.
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Quatre ans après sa victoire magistrale sur la Route du Rhum 2022, Charles Caudrelier revient avec la ferme intention de conserver son titre. Lors de la précédente édition, le navigateur avait marqué les esprits en remportant la transatlantique en seulement 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes, établissant un nouveau record de l’épreuve. Il devenait alors le premier marin à boucler la Route du Rhum en moins de sept jours.
Mais cette fois, le défi sera différent. Le skipper du Gitana Team prendra le départ à bord d’un nouveau maxi-trimaran, Maxi Edmond de Rothschild, également connu sous le nom de Gitana 18. Mis à l’eau en février 2026, ce géant de 32 mètres a été conçu pour repousser encore les limites de la navigation océanique.
Dessiné par Guillaume Verdier en collaboration avec les équipes du Gitana Team, ce nouveau bateau bénéficie des enseignements tirés de plusieurs années de navigation sur son prédécesseur. L’objectif est d’améliorer les performances en vol, tout en renforçant la maîtrise du trimaran dans des conditions parfois difficiles.
Reste à savoir si quelques mois de navigation auront suffi pour exploiter pleinement son potentiel. Car si Charles Caudrelier possède une expérience considérable des maxi-multicoques, la mise au point d’un bateau aussi complexe représente toujours un défi. Face à des adversaires qui connaissent parfois leur monture depuis plusieurs saisons, la fiabilité pourrait peser autant que la vitesse pure.
Face au tenant du titre, plusieurs navigateurs disposent des moyens de viser la première place. Parmi eux, Armel Le Cléac’h apparaît comme l’un des principaux prétendants à la victoire. À bord du Maxi Banque Populaire XI, le vainqueur du Vendée Globe 2016-2017 espère enfin inscrire la Route du Rhum à son palmarès.
Malgré une carrière particulièrement riche, le navigateur n’a jamais remporté cette transatlantique. Ses deux dernières participations, en 2018 et 2022, ont notamment été contrariées par des avaries. Pour cette cinquième tentative, il pourra compter sur un trimaran éprouvé et sur plusieurs années d’expérience à sa barre. Autant d’atouts pour aborder une course où les premières heures peuvent déjà être décisives.
Tom Laperche fait lui aussi figure de sérieux candidat. À seulement 29 ans, le skipper de SVR-Lazartigue incarne la nouvelle génération de navigateurs de la classe ULTIM. Vainqueur de la Solitaire du Figaro en 2022, il s’est rapidement imposé comme un marin particulièrement talentueux. Son trimaran, précédemment mené par François Gabart, avait pris la deuxième place de la Route du Rhum 2022. Un bateau performant, capable de rivaliser avec les meilleurs, que Tom Laperche connaît désormais parfaitement.
Thomas Coville sera également très attendu. À la barre de Sodebo Ultim 3, le navigateur possède une immense expérience des grandes traversées océaniques. Troisième de la Route du Rhum 2022, il connaît les exigences de cette épreuve et les difficultés propres aux trimarans géants. Son bateau, mis à l’eau en 2019, a bénéficié de nombreuses évolutions techniques au fil des saisons.
Ces trois navigateurs pourraient bien constituer les principaux adversaires de Charles Caudrelier. Mais dans une flotte aussi réduite et performante, difficile d’écarter les autres concurrents.
Parmi les marins capables de créer la surprise, Anthony Marchand possède un argument de poids : son trimaran Actual Ultim 4 n’est autre que l’ancien Maxi Edmond de Rothschild, avec lequel Charles Caudrelier avait remporté la Route du Rhum 2022.
Ce bateau, mis à l’eau en 2017, a largement démontré son potentiel au cours des dernières années. Il a également bénéficié de nombreuses évolutions techniques pour conserver un haut niveau de performance face aux unités plus récentes. Pour Anthony Marchand, qui a notamment participé à l’Arkéa Ultim Challenge 2024, l’enjeu sera de tirer pleinement parti de cette machine déjà victorieuse sur l’Atlantique.
Louis Burton aborde quant à lui un tout nouveau chapitre de sa carrière. Habitué des monocoques IMOCA et des grandes courses en solitaire, le Malouin découvre cette fois la Route du Rhum dans la catégorie reine des multicoques. Il prendra le départ à bord d’Armand Thiery, un trimaran de 30 mètres mis à l’eau en 2015. Le changement de dimension est considérable. Passer d’un IMOCA à un ULTIM impose de nouveaux réflexes, une gestion différente de la puissance et une attention permanente aux réglages du bateau. Depuis l’été, Louis Burton et son équipe multiplient les navigations afin de prendre en main ce géant des mers.
S’il ne dispose pas nécessairement du bateau le plus rapide de la flotte, son expérience des grandes transatlantiques et sa connaissance des conditions rencontrées sur la Route du Rhum pourraient lui permettre de réaliser une belle performance.
L’un des événements marquants de cette édition 2026 sera également la présence d’Alexia Barrier. À 46 ans, la navigatrice devient la première femme à s’engager sur la Route du Rhum dans la catégorie ULTIM. Elle prendra la barre d’IDEC Sport – CIC, un trimaran chargé d’histoire. Construit en 2006, ce bateau a notamment permis à Franck Cammas, Loïck Peyron et Francis Joyon de remporter la Route du Rhum, respectivement en 2010, 2014 et 2018, sous différentes couleurs.
Un palmarès exceptionnel pour un multicoque qui a également marqué l’histoire des records océaniques. En 2017, Francis Joyon et son équipage avaient établi à son bord le record du tour du monde à la voile en 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes.
Pour Alexia Barrier, l’enjeu sera avant tout de réussir cette nouvelle étape dans son parcours. Après avoir mené The Famous Project, qui a établi en 2026 un premier temps de référence féminin en équipage sur le parcours du Trophée Jules Verne, la navigatrice retrouve un exercice bien différent : celui de la navigation en solitaire sur un maxi-trimaran.
En septembre, elle a validé sa qualification en parcourant environ 1 200 milles nautiques, notamment au large de l’Irlande, dans des vents atteignant 35 nœuds. Une première expérience seule à bord qui lui a permis de mieux appréhender les exigences physiques et techniques du bateau. Même si son trimaran appartient à une génération plus ancienne que celle des foilers récents, Alexia Barrier entend bien démontrer qu’expérience, détermination et maîtrise peuvent aussi faire la différence.
Autre parcours particulièrement attendu, celui de Guirec Soudée. Connu du grand public pour ses aventures autour du monde, notamment ses navigations en compagnie de sa poule Monique, le Breton poursuit son évolution vers la course au large de haut niveau. Après une première participation à la Route du Rhum en 2022, disputée en IMOCA, il s’apprête cette fois à découvrir la compétition en ULTIM. Son bateau, Liamm, est un trimaran de 31 mètres mis à l’eau en 2014, appartenant à une génération antérieure aux maxi-multicoques les plus récents.
Le défi sera de taille. Face à des concurrents disposant de trimarans particulièrement rapides et d’équipes expérimentées, Guirec Soudée devra miser sur ses qualités de marin et sur sa capacité à gérer les imprévus. Son expérience des navigations au long cours, parfois dans des conditions extrêmes, constitue un atout, même si une transatlantique disputée à pleine vitesse impose des contraintes très différentes. Sa préparation a notamment été marquée par un retour de navigation au Groenland durant l’été, avant une période de réglages techniques et d’entraînements intensifs à l’approche du départ. Pour le navigateur, cette Route du Rhum représente une nouvelle étape importante, avec l’ambition de trouver progressivement sa place parmi les spécialistes des maxi-trimarans.
Au-delà de la confrontation entre skippers, la Route du Rhum 2026 sera également un véritable laboratoire technologique. Depuis une dizaine d’années, les trimarans ULTIM ont connu une évolution spectaculaire, principalement grâce au développement des foils. Ces appendices immergés génèrent une portance qui permet de soulever une partie du bateau au-dessus de l’eau. La résistance de la coque diminue alors considérablement, permettant d’atteindre des vitesses autrefois inimaginables sur de tels voiliers.
Les unités les plus performantes peuvent dépasser les 40 nœuds et parcourir plus de 700 milles nautiques en une seule journée. Mais ces performances s’accompagnent de contraintes importantes. À très grande vitesse, les efforts mécaniques sur les foils, les safrans, les flotteurs et les structures deviennent considérables. Les chocs avec les vagues ou les objets flottants peuvent provoquer des avaries majeures. Et contrairement aux courses disputées en équipage, les skippers devront gérer seuls les réglages, les manœuvres, les changements de voiles et les éventuelles réparations.
La recherche de vitesse doit donc constamment être mise en balance avec la sécurité et la préservation du matériel. Sur une course aussi courte et intense que la Route du Rhum, une simple avarie peut suffire à anéantir les espoirs de victoire. C’est aussi ce qui rend l’affrontement entre les différentes générations de trimarans particulièrement intéressant. Les bateaux les plus récents disposeront d’un avantage théorique en performance pure, mais les unités plus anciennes pourraient tirer leur épingle du jeu grâce à leur fiabilité et à une meilleure connaissance de leurs limites.
En 2022, Charles Caudrelier avait frappé un grand coup en établissant un nouveau record de la Route du Rhum en 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes. Une performance exceptionnelle qui témoigne des progrès accomplis par les maxi-trimarans. Quatre ans plus tard, les bateaux ont encore évolué, et plusieurs concurrents disposent théoriquement des moyens de faire mieux. Mais battre ce record dépendra aussi, et surtout, des conditions météorologiques rencontrées sur l’Atlantique.
Après le départ de Saint-Malo, les skippers devront négocier la traversée de la Manche, puis le golfe de Gascogne avant de rejoindre les vents portants de l’Atlantique. Selon la position des dépressions, la présence de zones de vents faibles ou l’établissement des alizés, les trajectoires et les temps de parcours peuvent varier considérablement. À ces difficultés s’ajoute l’approche de la Guadeloupe. Le contournement de l’île, les effets de relief sur le vent et les possibles zones de calme peuvent réserver des surprises jusqu’aux derniers milles. Une avance confortable au large ne garantit donc pas nécessairement une arrivée sans difficulté. Si les conditions se montrent favorables, le record de 2022 pourrait néanmoins être menacé. Une perspective qui ajoute encore un peu de suspense à cette édition.
Avec huit ULTIM annoncés au départ, la Route du Rhum 2026 réunira un plateau exceptionnel. D’un côté, les grands favoris, Charles Caudrelier, Armel Le Cléac’h, Tom Laperche et Thomas Coville, disposent de machines capables de viser la victoire. De l’autre, Anthony Marchand, Louis Burton, Alexia Barrier et Guirec Soudée abordent cette traversée avec des ambitions et des expériences différentes, mais la même volonté de rejoindre la Guadeloupe.
Le dimanche 1er novembre à 13 h 02, ces huit géants quitteront Saint-Malo pour une course où chaque heure comptera. Entre performances technologiques, stratégies météorologiques et engagement physique des skippers, la bataille promet d’être intense.
Reste désormais à savoir qui franchira le premier la ligne d’arrivée à Pointe-à-Pitre. Et si les conditions le permettent, la 13e édition de la Route du Rhum pourrait bien offrir un nouveau record à l’histoire de la course.
Fronts, dépressions, anticyclone des Açores ou alizés : chaque système météo peut bouleverser la hiérarchie. Tout au long de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, les experts de METEO CONSULT analysent les conditions rencontrées par les skippers et expliquent les stratégies qui se dessinent sur l’Atlantique.




