Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2026 : en Class40, 49 skippers et une bataille particulièrement ouverte pour la victoire
Quarante-neuf bateaux sur une même ligne de départ, plusieurs générations de monocoques, des skippers venus d'horizons très différents et un classement qui pourrait rester indécis pendant près de deux semaines. Sur la Route du Rhum, la Class40 possède une place à part. Moins médiatisée que les gigantesques ULTIM ou les IMOCA du Vendée Globe, elle constitue pourtant l'un des plateaux les plus passionnants à suivre. Créée en 2005, cette classe de monocoques de 12,19 mètres s'est progressivement imposée comme une référence de la course au large. Son succès repose sur un principe simple : proposer des bateaux performants, capables de traverser les océans, tout en conservant une certaine maîtrise des coûts. Une philosophie qui permet à des navigateurs professionnels de haut niveau de côtoyer des amateurs expérimentés, parfois engagés dans le projet d'une vie.
Pour cette 13e édition, la concurrence s'annonce particulièrement dense. Et contrairement aux deux précédentes Routes du Rhum, remportées par Yoann Richomme en 2018 et 2022, aucun favori ne semble disposer d'une avance incontestable.
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À quelques jours du départ, deux navigateurs apparaissent parmi les principaux prétendants à la victoire : Corentin Douguet et Guillaume Pirouelle. Tous deux possèdent des bateaux compétitifs, une solide expérience de la course au large et des résultats récents qui les placent parmi les hommes à surveiller. Corentin Douguet, engagé à bord de SNSM, Faites un don !, connaît déjà parfaitement la Route du Rhum. En 2022, il avait terminé troisième de la catégorie derrière Yoann Richomme et Ambrogio Beccaria, au terme d'une traversée particulièrement disputée. Quatre ans plus tard, le navigateur revient avec un monocoque plus récent, mis à l'eau en 2025, et de grandes ambitions. Ses performances depuis la mise à l'eau de son nouveau bateau confirment son potentiel. Régulièrement aux avant-postes, Corentin Douguet dispose d'une expérience précieuse pour aborder une transatlantique où la régularité compte autant que la vitesse. Sa connaissance des différentes allures, sa capacité à préserver le matériel et son expérience du solitaire pourraient lui permettre de viser cette fois la plus haute marche du podium.
Mais Guillaume Pirouelle possède lui aussi de sérieux arguments. À 31 ans, le skipper de Sogestran Seafrigo s'est imposé comme l'un des navigateurs les plus performants du circuit Class40. Deuxième de la Solitaire du Figaro en 2022, il a rapidement confirmé son talent après son passage sur les monocoques de 40 pieds. En 2025, il a notamment remporté la 40 Malouine et la Transat Café L'Or, avant de poursuivre sur sa lancée en 2026 avec des victoires sur la Trin'40 et la CIC Normandy Channel Race. Une série de performances qui témoigne de sa maîtrise du bateau et de sa capacité à faire la différence face à une concurrence particulièrement relevée.
Reste une inconnue : comment ces deux favoris géreront-ils la pression et les exigences d'une traversée de l'Atlantique en solitaire ? Car sur la Route du Rhum, les performances en double ou en équipage ne suffisent pas toujours à prédire le classement final.
Derrière les deux favoris, la liste des skippers capables de se mêler à la lutte pour la victoire est particulièrement longue. Parmi eux, Ian Lipinski fait figure de référence. Double vainqueur de la Mini-Transat, en 2015 et 2017, le navigateur a profondément marqué l'évolution de la Class40. Avec l'architecte David Raison, il a notamment participé au développement d'un monocoque à étrave arrondie, dont le concept a contribué à transformer la classe. À bord de Crédit Mutuel, Ian Lipinski dispose aujourd'hui d'un bateau récent et d'une connaissance particulièrement approfondie de ces monocoques. Sa précédente Route du Rhum, en 2022, avait été contrariée par des problèmes techniques qui l'avaient relégué à la treizième place. Cette nouvelle édition lui offre l'occasion de prendre sa revanche et de démontrer qu'il peut rivaliser avec les meilleurs sur une transatlantique en solitaire.
Fabien Delahaye constitue un autre adversaire redoutable. Engagé sur Legallais, le navigateur normand possède une grande expérience de la course au large, notamment acquise sur le circuit Figaro. Habitué des régates où chaque mille compte, il connaît parfaitement les exigences de la navigation en solitaire et les contraintes d'une compétition particulièrement serrée.
Achille Nebout, à bord d'Amarris, fait lui aussi partie des candidats sérieux. Après plusieurs saisons passées sur le circuit Figaro, il a progressivement trouvé sa place en Class40. Ses qualités de régatier et son expérience des courses disputées au contact pourraient lui permettre de se maintenir aux avant-postes pendant la traversée.
D'autres noms méritent également une attention particulière, à commencer par Alexis Loison sur Groupe REEL, William Mathelin-Moreaux sur Patapain – Les Invincibles, Axel Tréhin sur Exalt ou encore Quentin Le Nabour sur Bleu Blanc Planète Location. Autant de navigateurs qui disposent des compétences nécessaires pour bousculer la hiérarchie. Avec un plateau aussi homogène, une dizaine de skippers, voire davantage, peuvent légitimement espérer jouer les premiers rôles.
Sa présence constitue l'une des particularités de cette édition 2026. Vingt et un ans après sa victoire sur le Vendée Globe 2004-2005, Vincent Riou retrouve la Route du Rhum à bord d'un Class40. Engagé sur Pierreval – Fondation GoodPlanet, le navigateur breton apporte à la catégorie une expérience exceptionnelle des grandes courses océaniques. Habitué pendant de nombreuses années aux IMOCA, il découvre désormais un environnement différent, avec des bateaux plus petits, mais une concurrence tout aussi exigeante.
Pour Vincent Riou, la Route du Rhum conserve un prestige particulier. Cette traversée entre Saint-Malo et la Guadeloupe représente l'un des grands objectifs de la saison pour les skippers de Class40, tant par son histoire que par sa difficulté sportive. Son expérience des grandes traversées, de la gestion météorologique et des situations complexes pourrait constituer un avantage face à des concurrents plus jeunes. Mais la catégorie a considérablement évolué, avec des monocoques toujours plus performants et des navigateurs particulièrement affûtés.
La présence de Vincent Riou illustre surtout l'attractivité de la Class40, capable de réunir sur une même ligne de départ d'anciens vainqueurs de courses autour du monde et des navigateurs qui découvrent leur première transatlantique.
La Route du Rhum 2026 sera également l'occasion de découvrir plusieurs jeunes talents qui cherchent à s'imposer sur le circuit Class40. Parmi eux, Timothé Polet, engagé sur Team Zeiss, incarne cette nouvelle génération de navigateurs qui aborde la course au large avec de solides compétences techniques et une grande ambition. À 26 ans, il devra se mesurer à des skippers possédant parfois plusieurs décennies d'expérience.
Le Français Matéo Le Calvic, l'Espagnol Pep Costa, à bord de VSF Sports, ou encore l'Italien Matteo Sericano, sur Lucente, font eux aussi partie des jeunes concurrents à suivre.
Cette nouvelle génération arrive dans une classe particulièrement compétitive, où les écarts entre les bateaux les plus récents sont souvent faibles. La différence se joue alors sur les choix de trajectoire, la qualité des réglages et la capacité à maintenir une vitesse élevée pendant plusieurs jours. Pour ces jeunes marins, la Route du Rhum représente bien davantage qu'une simple étape du calendrier. Réussir une traversée en solitaire, se mesurer aux références de la discipline et rejoindre Pointe-à-Pitre constituent autant d'objectifs susceptibles d'accélérer leur carrière. Mais la difficulté sera de trouver le juste équilibre entre ambition et prudence. Sur une course longue de plus de 3 500 milles nautiques, vouloir attaquer trop tôt peut rapidement se retourner contre un skipper, notamment lorsque les conditions météorologiques deviennent difficiles.
La Class40 sera également la catégorie comptant le plus grand nombre de femmes sur cette Route du Rhum 2026. Six navigatrices sont annoncées au départ : Djemila Tassin, Théa Khelif, Aina Bauza, Sophie Faguet, Pamela Lee et Sasha Lanièce. Leurs parcours témoignent de la diversité des profils présents dans la flotte. Certaines possèdent déjà une solide expérience des grandes courses océaniques, tandis que d'autres poursuivent leur progression vers le haut niveau.
L'Irlandaise Pamela Lee, engagée sur #EmpowHer, dispose notamment d'une expérience importante de la navigation au large. Elle a participé à plusieurs grandes épreuves internationales, dont la Sydney-Hobart et le Fastnet. Son projet vise également à encourager une plus grande présence des femmes dans la voile de compétition.
L'Espagnole Aina Bauza, qui naviguera sous les couleurs de la Fondation Alice Milliat, a quant à elle suivi un parcours marqué par la voile olympique avant de se tourner vers la course au large. En 2024, elle s'était illustrée en établissant un record féminin en solitaire entre Cadix et San Salvador. Cette Route du Rhum constituera une nouvelle étape dans sa progression.
À 27 ans, Théa Khelif fait également partie de cette nouvelle génération de navigatrices ambitieuses. Engagée dans le projet Women of Course, elle entend poursuivre son apprentissage sur un circuit où le niveau sportif ne cesse de progresser.
La présence de Djemila Tassin, Sophie Faguet et Sasha Lanièce complète ce plateau féminin. Au-delà de leurs parcours individuels, ces six navigatrices contribuent à renforcer la visibilité des femmes dans une discipline historiquement très masculine. Mais sur la ligne de départ, elles auront surtout le même objectif que leurs concurrents : réaliser la meilleure traversée possible et défendre leur place dans une flotte particulièrement compétitive.
Parmi les histoires particulières de cette édition figure également la participation de quatre navigateurs guadeloupéens dans la catégorie Class40 : Kéni Piperol, Ulysse Pozzoli, Rodolphe Sepho et Yannick Rebuffat. Pour eux, la Route du Rhum possède une dimension supplémentaire. Comme les autres concurrents, ils devront affronter les difficultés de l'Atlantique et gérer plusieurs milliers de milles en solitaire. Mais leur destination représente aussi un retour vers leur territoire d'origine, où familles, proches et supporters les attendront avec impatience.
Kéni Piperol avait déjà marqué les esprits en participant à la Route du Rhum 2022. Il retrouve cette année une épreuve particulièrement importante dans son parcours de navigateur.
Ulysse Pozzoli, engagé sous les couleurs de son projet guadeloupéen, poursuivra lui aussi son aventure en Class40. À ses côtés, Rodolphe Sepho, sur Rêve de Large, et Yannick Rebuffat, à bord de Mussulo40, contribueront à renforcer la représentation antillaise au sein de la flotte.
Leur présence rappelle que la Route du Rhum n'est pas seulement une transatlantique au départ de Saint-Malo. Depuis sa création en 1978, elle entretient un lien particulier avec la Guadeloupe, dont l'arrivée constitue un moment de fête populaire. Pour ces quatre skippers, franchir la ligne à Pointe-à-Pitre aura donc nécessairement une saveur particulière, quelle que soit leur place au classement.
Si la course au large française conserve une place centrale dans l'univers de la Class40, le circuit attire désormais des navigateurs venus de nombreux pays.
La flotte 2026 en est une nouvelle illustration. Aux côtés des Français figurent notamment plusieurs Italiens particulièrement ambitieux, dont Luca Rosetti sur Maccaferri Futura, Andrea Fornaro sur Influence 2 et Matteo Sericano sur Lucente. Des navigateurs qui participent à la montée en puissance de la course au large italienne. L'Espagne sera également représentée, notamment par Aina Bauza et Pep Costa, tandis que la Belgique pourra compter sur Jonas Gerckens, engagé à bord de Belgium Ocean Racing – Curium, ainsi que sur Djemila Tassin.
L'Irlande, l'Australie et la République tchèque seront également présentes au départ. Milan Koláček deviendra notamment le premier navigateur tchèque à participer à la Route du Rhum. Cette diversité internationale témoigne de l'attractivité croissante de la classe. Avec des bateaux relativement accessibles par rapport aux IMOCA ou aux grands multicoques, elle constitue une porte d'entrée privilégiée vers les grandes courses transatlantiques.
La Route du Rhum offre ainsi une confrontation rare entre des navigateurs issus de cultures maritimes différentes, mais réunis par le même défi : traverser l'Atlantique en solitaire, à bord de monocoques aux performances relativement proches.
La Route du Rhum 2026 sera également marquée par la confrontation entre deux générations de Class40. D'un côté, les scows, reconnaissables à leur étrave large et arrondie, représentent désormais la majorité de la flotte. De l'autre, une dizaine de monocoques à étrave plus traditionnelle, souvent appelés « pointus », tenteront de tirer leur épingle du jeu.
Les scows ont profondément transformé les performances de la classe. Leur avant plus volumineux favorise la portance et limite l'enfournement dans les vagues, notamment aux allures portantes, permettant de maintenir des vitesses moyennes élevées. Mais les bateaux à étrave pointue conservent leur place sur le circuit, offrant notamment à des navigateurs disposant de budgets plus modestes la possibilité de participer aux grandes courses océaniques.
Mathieu Claveau, engagé sur Phare 40, un monocoque mis à l'eau en 2014, fera partie de ces concurrents, tout comme Loïc Féquet et Djemila Tassin. Si les scows les plus récents disposent d'un avantage théorique en performance, l'expérience des skippers, les conditions météorologiques et la fiabilité des bateaux pourraient encore réserver quelques surprises.
Avec leurs 12,19 mètres de longueur, les Class40 sont bien plus petits que les IMOCA du Vendée Globe. Pourtant, ces monocoques possèdent de véritables qualités océaniques et peuvent atteindre des vitesses impressionnantes. Leur succès repose notamment sur une jauge technique destinée à encadrer les dimensions, les équipements et certaines caractéristiques des bateaux. Contrairement aux IMOCA, les Class40 ne sont pas équipés de foils destinés à les faire voler au-dessus de l'eau. Leur performance dépend essentiellement du dessin de la coque, de leur stabilité, de leurs voiles et de leur capacité à conserver une vitesse élevée dans la durée.
La classe impose également une quille fixe, ce qui limite la complexité technique par rapport à d'autres monocoques de course. Cette simplicité relative contribue à maintenir des budgets plus accessibles, même si les projets les plus ambitieux nécessitent désormais des moyens financiers importants. C'est précisément ce compromis entre performance et accessibilité qui explique le succès de la catégorie. Les Class40 permettent de disputer des courses transatlantiques de haut niveau, sans nécessairement disposer des budgets considérables requis pour développer un IMOCA moderne.
Cette philosophie favorise également la diversité des participants. Aux côtés des équipes professionnelles les mieux structurées, des navigateurs amateurs expérimentés peuvent construire leur projet sur plusieurs années et réaliser leur rêve de participer à la Route du Rhum. Une particularité qui contribue largement à l'identité de la classe et à son attractivité auprès du public.
Vainqueur en Class40 en 2018 puis en 2022, Yoann Richomme avait marqué l'histoire de la catégorie en devenant le premier navigateur à remporter deux éditions consécutives de la Route du Rhum dans cette classe. Lors de sa dernière victoire, à bord de Paprec Arkéa, il avait rejoint Pointe-à-Pitre après 14 jours, 3 heures, 8 minutes et 40 secondes de course, améliorant son propre temps de référence.
Désormais engagé sur le circuit IMOCA, le navigateur ne défendra pas son titre en Class40 cette année. Son absence ouvre donc la voie à un nouveau vainqueur, mais aussi à une éventuelle amélioration du record de la catégorie. Car depuis 2022, les bateaux ont encore évolué, avec des carènes toujours plus performantes. Reste que les conditions météorologiques seront déterminantes. Entre les systèmes dépressionnaires de l'Atlantique Nord, la recherche des alizés et le délicat contournement de la Guadeloupe, les skippers devront faire les bons choix pour espérer rejoindre Pointe-à-Pitre le plus rapidement possible.
Avec 49 concurrents annoncés au départ, la Class40 sera l'une des grandes attractions de cette 13e édition de la Route du Rhum. La densité du plateau, la diversité des profils et les différences entre les générations de bateaux promettent une course particulièrement riche en rebondissements. Corentin Douguet et Guillaume Pirouelle semblent disposer des meilleurs arguments pour viser la victoire, mais Ian Lipinski, Fabien Delahaye, Achille Nebout, Alexis Loison, Axel Tréhin et plusieurs autres navigateurs pourraient rapidement bouleverser les pronostics.
Derrière cette bataille sportive, la catégorie continuera également d'incarner l'esprit de la Route du Rhum : permettre à des marins de tous horizons de partager une même ligne de départ et un même rêve de traversée de l'Atlantique. Le dimanche 1er novembre à 13 h 02, lorsque les Class40 quitteront Saint-Malo, près de cinquante histoires individuelles commenceront en même temps. Certains viseront la victoire, d'autres un classement honorable ou simplement le bonheur de rejoindre la Guadeloupe après plusieurs semaines d'efforts et de préparation.
Une chose est certaine : avec une telle flotte et autant de prétendants à la victoire, la Class40 pourrait bien offrir l'une des batailles les plus indécises de la Route du Rhum 2026.
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