Montée des eaux : ces grandes villes du monde en première ligne

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Miami, Bangkok, Shanghai, Mumbai, Alexandrie ou encore Lagos : à mesure que le niveau des océans augmente, certaines des plus grandes métropoles de la planète se retrouvent directement menacées. Situées au ras de l’eau, installées dans des deltas ou largement ouvertes sur la mer, elles concentrent populations, infrastructures et activités économiques dans des territoires particulièrement vulnérables.

Pendant longtemps, la montée du niveau de la mer a pu sembler lointaine, associée à quelques îles du Pacifique menacées de disparition. La réalité est désormais beaucoup plus vaste. Une partie des grandes métropoles mondiales se trouve directement concernée, parfois avec plusieurs millions d’habitants installés à seulement quelques mètres au-dessus du niveau marin.

Le phénomène est déjà engagé. Sous l’effet principalement du réchauffement des océans et de la fonte des glaciers et des calottes polaires, le niveau moyen mondial des mers continue d’augmenter. Et cette progression devrait se poursuivre pendant des siècles, même si les émissions de gaz à effet de serre diminuaient fortement. Le GIEC souligne ainsi que les villes côtières de basse altitude sont confrontées à un risque croissant d’inondations, de submersion et d’érosion. Selon le réseau international C40, quelque 800 millions de personnes pourraient vivre en 2050 dans des villes confrontées à une élévation du niveau marin supérieure à 50 centimètres. Mais toutes les métropoles ne partent pas avec les mêmes armes.

 

Bangkok, une capitale presque au niveau de la mer

Avec son immense agglomération développée dans le delta du Chao Phraya, Bangkok fait partie des villes régulièrement citées parmi les plus vulnérables. Une grande partie de la capitale thaïlandaise est située à très faible altitude, tandis que son développement urbain s’étend jusqu'au golfe de Thaïlande. Quelques dizaines de centimètres supplémentaires suffisent donc à modifier profondément le risque. Les marées hautes et les tempêtes peuvent pénétrer davantage dans les terres, les réseaux d’évacuation deviennent moins efficaces et les épisodes de fortes pluies sont plus difficiles à absorber. La menace n'est pas nécessairement celle d'une ville brusquement engloutie. Elle est plus progressive : des inondations plus fréquentes, des quartiers régulièrement touchés et des infrastructures qu'il faudra constamment adapter. Pour une mégapole de plus de dix millions d'habitants, le défi est considérable.

Shanghai, une mégapole au bord de l'estuaire

À l'autre extrémité de l'Asie, Shanghai cumule elle aussi les facteurs d'exposition. La capitale économique chinoise s'est développée sur les terres basses du delta du Yangtsé, à proximité immédiate de la mer de Chine orientale. Le problème tient ici à l'échelle de la ville. Ports, zones industrielles, réseaux de transport, logements et infrastructures stratégiques occupent un territoire particulièrement plat. Le GIEC rappelle que de vastes secteurs de métropoles comme Shanghai, Mumbai ou Dhaka se situent seulement entre un et cinq mètres au-dessus du niveau marin. Shanghai dispose certes d'importants systèmes de protection, mais ceux-ci devront évoluer avec le niveau de la mer. Plus celui-ci monte, plus les ouvrages doivent être élevés et plus le coût d'une éventuelle défaillance devient important.

Mumbai, des millions d'habitants face à la mer d'Arabie

Mumbai entretient un rapport presque permanent avec l'eau. Construite en grande partie sur une succession d'anciennes îles reliées entre elles, la capitale économique indienne s'étire directement le long de la mer d'Arabie. Une partie de son territoire se trouve à très basse altitude. Cette configuration devient particulièrement problématique lorsque plusieurs phénomènes se combinent : fortes marées, mousson, pluies diluviennes et niveau marin plus élevé. À Mumbai, la montée des eaux ne signifie donc pas uniquement que le trait de côte avance. Elle augmente surtout la hauteur à partir de laquelle surviennent les événements extrêmes. Une tempête ou une très forte marée qui aurait autrefois provoqué peu de dégâts peut progressivement devenir beaucoup plus problématique. Le risque est d'autant plus sensible que la ville compte plus de vingt millions d'habitants dans son aire métropolitaine et concentre une part considérable de l'activité économique indienne.

Kolkata et le delta du Gange, une vulnérabilité à très grande échelle

Plus à l'est, Kolkata appartient à un ensemble géographique encore plus exposé : l'immense delta formé par le Gange, le Brahmapoutre et la Meghna, partagé entre l'Inde et le Bangladesh. Ici, la menace dépasse très largement les limites d'une seule ville. Des dizaines de millions de personnes vivent dans des terres basses parcourues par d'innombrables bras de rivière et directement ouvertes sur le golfe du Bengale. L'augmentation du niveau marin peut favoriser les submersions lors des cyclones, mais aussi la pénétration de l'eau salée dans les terres et les nappes souterraines. L'enjeu concerne donc aussi bien les logements que l'agriculture, l'accès à l'eau douce et les déplacements de population. Dhaka n'est pas directement située sur le littoral, mais l'ensemble du Bangladesh reste particulièrement sensible aux conséquences de l'élévation du niveau marin dans son gigantesque delta.

Alexandrie, la Méditerranée aux portes de la ville

La menace ne concerne pas seulement l'Asie. Sur les rives de la Méditerranée, Alexandrie apparaît comme l'un des exemples les plus préoccupants. La deuxième ville d'Égypte s'étend sur une bande côtière basse face à la Méditerranée, à proximité du delta du Nil. Derrière son front de mer se concentrent quartiers résidentiels, infrastructures, activités portuaires et un patrimoine historique exceptionnel. Une élévation du niveau marin augmente ici les risques de submersion et d'érosion, mais aussi de salinisation des terres du delta. Le problème pourrait donc dépasser largement Alexandrie et toucher l'une des régions agricoles les plus importantes du pays. La situation illustre parfaitement une réalité souvent oubliée : quelques dizaines de centimètres supplémentaires ne modifient pas seulement la position du rivage. Ils changent également la manière dont les vagues, les tempêtes et les surcotes peuvent pénétrer à l'intérieur des terres.

Lagos, une mégapole africaine tournée vers l'Atlantique

Avec une population qui a explosé en quelques décennies, Lagos constitue un autre point chaud. La métropole nigériane s'organise autour de lagunes, d'îles et d'une façade directement ouverte sur l'océan Atlantique. Plusieurs quartiers sont installés à très faible altitude. Or la ville continue de s'étendre rapidement, avec d'immenses projets immobiliers et de nouvelles infrastructures gagnées sur le littoral. Le défi est immense : protéger une mégapole en croissance permanente alors que le niveau marin augmente et que les fortes précipitations peuvent déjà provoquer d'importantes inondations. Lagos rappelle surtout que la vulnérabilité dépend autant de la géographie que de la capacité à construire des protections, adapter les réseaux d'assainissement et maîtriser l'urbanisation.

Miami, le symbole américain de la montée des eaux

Miami est probablement l'une des villes occidentales les plus emblématiques du phénomène. Son relief extrêmement plat et sa proximité immédiate avec l'Atlantique rendent la métropole floridienne particulièrement sensible à l'élévation du niveau marin. Le phénomène est déjà visible lors de certaines grandes marées, avec des inondations ponctuelles dans les secteurs les plus bas. Et contrairement aux villes protégées derrière de gigantesques digues, Miami possède une difficulté supplémentaire : son sous-sol calcaire est très perméable. Construire simplement un mur le long de la côte ne suffit donc pas nécessairement, l'eau pouvant également remonter par le sous-sol. Routes surélevées, pompes, protections côtières et adaptation des bâtiments font désormais partie des réponses envisagées ou déjà mises en œuvre.

© AdobeStock - Tierney

New York, protégée mais pas invulnérable

New York dispose de moyens financiers et techniques sans commune mesure avec certaines mégapoles des pays émergents. Cela ne la met pourtant pas à l'abri. L'ouragan Sandy en 2012 avait brutalement rappelé la vulnérabilité des quartiers côtiers, avec des tunnels de métro, des logements et de nombreuses infrastructures submergés.

Depuis, la ville investit massivement dans sa protection. En 2024, New York a notamment lancé un projet de résilience côtière de 200 millions de dollars destiné à contribuer à la protection de 100 000 habitants et de centaines de milliers d'emplois. L'enjeu est révélateur de ce qui attend de nombreuses métropoles : il ne s'agit plus seulement d'empêcher l'eau d'entrer, mais de transformer progressivement la ville pour qu'elle puisse continuer à fonctionner avec un niveau marin plus élevé.

Des villes condamnées à disparaître ? Pas forcément

Parler de « villes bientôt sous l'eau » est spectaculaire, mais souvent trop simpliste. Une élévation de 50 centimètres ne signifie pas qu'une ville située à moins de 50 centimètres d'altitude sera automatiquement et définitivement engloutie. Digues, barrières mobiles, pompes, restauration des mangroves, rehaussement des infrastructures ou recul de certaines constructions peuvent considérablement modifier le niveau de risque. Les Pays-Bas démontrent depuis longtemps qu'il est techniquement possible de maintenir des territoires très urbanisés sous le niveau de la mer.

Mais cette adaptation a un coût colossal et n'est pas accessible partout dans les mêmes conditions. C'est précisément ce qui pourrait accentuer les écarts entre les grandes métropoles mondiales. Miami, New York ou Shanghai peuvent engager des milliards dans de nouvelles protections. Pour des villes en croissance rapide comme Lagos ou pour les territoires extrêmement densément peuplés du Bangladesh, l'équation est autrement plus complexe.

Le véritable danger : une mer qui part de plus haut

La montée des eaux ne transformera probablement pas les grandes métropoles côtières en Atlantide du jour au lendemain. Le changement sera plus discret, mais potentiellement beaucoup plus difficile à gérer. Chaque centimètre supplémentaire donne aux tempêtes, aux grandes marées et aux vagues un point de départ plus élevé. Une inondation autrefois exceptionnelle peut devenir décennale, puis annuelle. Certaines rues pourront être régulièrement envahies, des quartiers devenir plus coûteux à protéger et certaines infrastructures progressivement impossibles à maintenir à leur emplacement actuel.

C'est là que réside la véritable menace. Le littoral mondial ne va pas simplement reculer : des centaines de millions de personnes vont devoir apprendre à vivre avec une mer toujours plus proche.

 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.