Parc marin, réserve ou Natura 2000 : ce que ces zones changent vraiment pour la navigation

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Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Mouiller, pêcher, plonger ou simplement traverser : en septembre comme le reste de l’année, une aire protégée n’est pas forcément une zone interdite. Pour connaître la règle, il faut regarder le statut juridique, le zonage et les arrêtés applicables, pas seulement la couleur affichée sur la carte.

Sur l’écran du traceur, trois limites se superposent parfois au même endroit : parc naturel marin, réserve naturelle, site Natura 2000. Pour le plaisancier, la question n’est pas théorique. Peut-on jeter l’ancre dans cette crique ? Sortir une canne à pêche ? Mettre les palmes ? Traverser au moteur ? La réponse tient rarement dans le seul nom de la zone.

Ces protections ne sont ni équivalentes ni exclusives. Elles répondent à des logiques différentes et peuvent se cumuler. Un secteur Natura 2000 peut se trouver dans un parc naturel marin et contenir, en plus, une réserve naturelle dotée de zones de protection renforcée. Dans ce cas, les prescriptions particulières s’ajoutent aux règles générales de navigation et de pêche. Le bon réflexe consiste donc à lire la réglementation du lieu précis où l’on veut s’arrêter.

Le parc naturel marin : protéger sans mettre la mer sous cloche

En France, l’appellation juridique est « parc naturel marin ». Il s’agit d’un outil de gestion créé pour mieux connaître et protéger un vaste espace maritime tout en accompagnant le développement durable des activités qui s’y exercent. Pêche professionnelle, plaisance, transport, sports nautiques et tourisme n’en sont pas chassés par principe. C’est même l’une des particularités du dispositif : organiser la coexistence des usages à l’échelle d’un territoire vivant.

Chaque parc possède un conseil de gestion et un plan de gestion qui fixe des orientations, des objectifs et des vocations par secteur. Ce plan n’équivaut pas, à lui seul, à un panneau « interdit ». Pour une activité courante de plaisance, l’entrée dans le périmètre du parc ne déclenche pas automatiquement une autorisation. En revanche, lorsqu’un projet déjà soumis à autorisation risque d’altérer notablement le milieu marin, cette autorisation ne peut être délivrée qu’après un avis conforme de l’Office français de la biodiversité ou, par délégation, du conseil de gestion.

Le parc peut aussi documenter les pressions, proposer des mesures et travailler avec les autorités compétentes. Une interdiction de pêche, une limitation de vitesse ou une réglementation de mouillage rencontrée à l’intérieur de ses limites peut donc être bien réelle, mais elle repose alors sur un arrêté, une réglementation sectorielle ou une autre protection superposée. Ce n’est pas le mot « parc » qui suffit à la créer.

La réserve : le texte de classement fait la loi

Une réserve naturelle est un outil réglementaire plus directement contraignant. Nationale, régionale ou de Corse, elle est créée par un acte de classement qui délimite le périmètre et peut soumettre à un régime particulier, voire interdire, les activités susceptibles de dégrader les habitats, la faune, la flore ou le caractère du site. La pêche, la chasse sous-marine, le mouillage, la circulation, le débarquement, les sports nautiques ou la fréquentation nocturne peuvent être concernés.

Il n’existe pourtant pas davantage de règlement unique valable pour toutes les réserves. À la réserve naturelle nationale du Banc d’Arguin, par exemple, le décret distingue plusieurs niveaux de protection et encadre très précisément circulation, stationnement, vitesse et mouillage. Dans une autre réserve, la pêche à la ligne peut subsister dans un secteur tandis qu’elle est interdite dans un noyau intégral. Seule la lecture du décret de création, de ses modifications et des arrêtés pris pour son application permet de trancher.

Le terme « réserve marine » appelle une vigilance supplémentaire. Il peut désigner une réserve naturelle marine, mais aussi une réserve de pêche créée pour régénérer les ressources halieutiques, ou être employé de manière plus générale. Deux espaces portant presque le même nom peuvent donc relever de textes et d’autorités différents. Là encore, l’intitulé est un indice, pas le règlement.

Natura 2000 : un réseau de conservation, pas une fermeture automatique

Natura 2000 est le réseau européen constitué à partir des directives « Oiseaux » et « Habitats ». Les sites sont désignés pour conserver des espèces et des habitats d’intérêt communautaire. La démarche française cherche à maintenir ces enjeux tout en tenant compte des activités humaines. Être dans un site Natura 2000 ne signifie donc pas, à lui seul, que la navigation, le mouillage ou la pêche de loisir sont interdits.

Le dispositif agit notamment par un document d’objectifs, des contrats et des chartes, mais aussi par l’évaluation des incidences. Certains plans, projets, travaux, manifestations ou interventions figurant sur des listes nationales ou locales doivent démontrer qu’ils ne porteront pas atteinte de façon significative au site. Un grand rassemblement nautique, des travaux portuaires ou l’installation d’un équipement de mouillage peuvent ainsi être concernés, alors qu’une sortie familiale ordinaire ne nécessite généralement pas un dossier Natura 2000.

Cela ne transforme pas pour autant Natura 2000 en zone de non-droit. Si une activité présente un risque pour les objectifs de conservation, l’administration peut l’encadrer par des mesures réglementaires. Et toutes les autres règles continuent de s’appliquer : protection des espèces, pêche maritime, arrêtés de mouillage, balisage, sécurité de la navigation ou réglementation d’une réserve incluse dans le même périmètre.

Peut-on mouiller ? La réponse la plus utile tient en trois vérifications

Dans un parc naturel marin ou un site Natura 2000, le mouillage n’est pas automatiquement prohibé. Dans une réserve, il peut être libre, limité à certaines zones, réservé à des bouées, interdit la nuit ou totalement proscrit dans un cœur de protection. Des arrêtés préfectoraux indépendants du statut de l’aire protégée peuvent également interdire l’ancrage sur des herbiers ou encadrer le stationnement des navires selon leur longueur.

Avant de laisser filer la chaîne, il faut donc vérifier le périmètre exact, la nature du fond et l’existence d’un arrêté local. Une bouée écologique ne vaut pas toujours autorisation générale : elle peut être réservée à une catégorie d’usagers, soumise à réservation ou limitée dans le temps. En l’absence de certitude, choisir un fond sableux hors habitat sensible et demander confirmation au gestionnaire ou à la capitainerie reste la conduite la plus sûre.

Peut-on pêcher ? Le statut ne remplace jamais la réglementation de pêche

Le même raisonnement s’applique à la canne. Un parc naturel marin n’interdit pas automatiquement la pêche de loisir. Natura 2000 non plus. Une réserve, en revanche, peut instaurer un no-take total, réserver certains secteurs à la pêche professionnelle, autoriser seulement quelques engins ou maintenir une pêche de loisir sous quotas. La chasse sous-marine peut recevoir un traitement différent de la pêche depuis un bateau ou du rivage.

Même lorsqu’une aire protégée n’ajoute aucune restriction, le pêcheur reste soumis aux règles nationales, européennes et locales : licence éventuelle, tailles minimales, marquage de certaines captures, quotas, périodes de fermeture, espèces protégées et engins autorisés. Il faut aussi distinguer une interdiction attachée à une espèce d’une interdiction attachée à un lieu. Les deux peuvent se cumuler.

Naviguer, plonger, débarquer : aucun pictogramme ne suffit

Le simple transit demeure souvent possible, mais une zone intégrale peut l’interdire ou imposer une vitesse réduite. La plongée bouteille peut nécessiter une autorisation, un opérateur agréé ou l’utilisation d’un mouillage dédié ; le snorkeling peut rester libre tout en étant soumis à une interdiction de prélèvement et de dérangement. Le débarquement sur un îlot peut être fermé pendant la nidification, même si le plan d’eau reste navigable.

Les usages ne se déduisent donc pas les uns des autres. Une zone où la pêche est interdite n’est pas forcément fermée à la baignade. Une zone où l’on peut traverser n’autorise pas nécessairement le stationnement. Et l’absence de panneau sur l’eau ne dispense pas de connaître un arrêté publié.

La méthode fiable avant d’arriver

Commencez par identifier toutes les protections superposées sur la route et autour du mouillage envisagé. Consultez ensuite la page officielle du gestionnaire, l’acte de création ou de classement et les arrêtés préfectoraux en vigueur. L’application Nav&Co, développée avec les informations nautiques et environnementales de l’État, facilite le repérage géolocalisé, mais elle ne dispense pas de la documentation nautique officielle ni des avis aux navigateurs.

Enfin, posez des questions précises : « Le mouillage sur ancre est-il autorisé à cet endroit et pour un bateau de cette longueur ? », « La pêche embarquée est-elle permise aujourd’hui ? », « Existe-t-il une zone intégrale ou une fermeture saisonnière ? ». Un gestionnaire, une capitainerie ou les services maritimes répondront plus sûrement à une demande localisée qu’à la formule générale « que peut-on faire dans le parc ? ».

La règle simple est donc celle-ci : un parc naturel marin organise, une réserve réglemente selon son texte, Natura 2000 évalue et adapte les activités à ses objectifs de conservation. Mais à bord, la seule réponse opposable reste celle des textes applicables au point GPS et au jour de la sortie.

 

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Nathalie Moreau
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Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.