Cette île italienne aux maisons pastel est idéale pour prolonger l’été en octobre
Dans la baie de Naples, Capri occupe volontiers le devant de la scène et Ischia attire les amateurs de thermalisme. Procida, elle, tient dans un registre plus intime. Sur quatre kilomètres carrés environ, l’île rassemble des maisons serrées, des jardins d’agrumes, des escaliers et plusieurs petits ports. Son statut de Capitale italienne de la culture en 2022 l’a rendue plus visible, sans effacer ce qui fait son intérêt : une île habitée toute l’année, façonnée par les pêcheurs, les marins et les départs vers le continent. En octobre, lorsque les visiteurs à la journée se font moins nombreux, cette vie ordinaire redevient le premier spectacle.
Marina Corricella est l’image que l’on retient d’abord. Des maisons roses, jaunes, bleues ou vert pâle descendent vers un quai sans voitures, tandis que les barques occupent le bassin. Les escaliers et passages voûtés rappellent que le quartier s’est développé pour répondre aux besoins des familles de marins : les couleurs permettaient notamment de reconnaître les demeures depuis la mer. Le port a servi de décor au film Le Facteur, mais il n’a rien d’un plateau figé. Filets, restaurants et conversations de voisinage continuent d’y imposer leur rythme.
Octobre convient bien à cette promenade, car les terrasses respirent davantage et la lumière plus basse donne du relief aux façades. Il faut toutefois accepter les marches : Procida se visite avec de bonnes chaussures, sans chercher à suivre une ligne droite. Depuis le quai, plusieurs escaliers rejoignent les hauteurs et offrent des cadrages différents sur Corricella, l’îlot de Vivara et le large.
Au-dessus de Corricella, Terra Murata occupe le point culminant de l’île. Ce bourg fortifié servit de refuge à la population lorsque les raids menaçaient les côtes. On y rejoint l’abbaye San Michele Arcangelo, des ruelles resserrées et de vastes panoramas sur le golfe. Le Palazzo d’Avalos, transformé en prison au XIXe siècle puis fermé en 1988, rappelle une page plus sombre. Les modalités de visite évoluant selon les périodes, mieux vaut vérifier les horaires avant de monter.
La vue explique à elle seule la géographie de Procida. D’un côté apparaissent Naples et le Vésuve ; de l’autre, Ischia et la silhouette plus sauvage de Vivara. En octobre, le ciel peut être d’une grande netteté après une averse. Le vent, en revanche, se fait sentir sur les points exposés : une veste légère reste utile même lorsque le soleil donne encore une impression d’été.
La plupart des ferries accostent à Marina Grande, aussi appelée Marina di Sancio Cattolico. Les façades y forment un premier rideau coloré, devant les cafés, les commerces et les arrêts de bus. Il serait dommage de traverser ce secteur trop vite. C’est ici que l’on observe les arrivées du matin, les élèves, les livreurs et les voyageurs qui repartent vers Naples ou Ischia.
À l’intérieur, les rues étroites révèlent des palais, des cours, des chapelles et des jardins cachés derrière de hauts murs. La circulation peut surprendre : scooters, minibus et piétons partagent des voies parfois minuscules. Marcher reste le meilleur choix, mais il faut se ranger avec attention. Les bus permettent ensuite de gagner les extrémités de l’île sans multiplier les kilomètres sous le soleil.
Procida possède plusieurs plages, souvent plus sombres que celles des cartes postales car le sable porte l’empreinte volcanique de la baie. Chiaia s’étire sous des falaises, face à Corricella, au terme d’un long escalier. Pozzo Vecchio, surnommée la plage du Facteur, forme une crique plus isolée. À l’ouest, Ciracci et Chiaiolella ouvrent des horizons plus larges vers Ischia.
En octobre, la baignade reste possible lors des journées calmes, mais elle n’est plus une promesse automatique. Les établissements saisonniers peuvent fermer, la surveillance diminuer et un coup de vent modifier rapidement la mer. Il faut donc vérifier les accès, observer les drapeaux et renoncer si la houle atteint les rochers. Même sans se baigner, ces plages sont de beaux lieux de promenade, surtout en fin d’après-midi.
Reliée à Procida par un pont, Vivara est un ancien cratère volcanique devenu réserve naturelle. Sa végétation et sa position sur les routes migratoires en font un espace précieux. L’accès n’est pas libre en permanence : autorisations, jours d’ouverture et visites accompagnées peuvent varier. Il faut réserver lorsque cela est demandé et ne jamais considérer le pont comme la garantie d’une entrée.
Depuis Chiaiolella, le contour de l’îlot structure néanmoins le paysage. Le petit port de plaisance, les quais et la plage voisine forment une étape agréable pour déjeuner ou regarder le soleil descendre. Les navigateurs doivent respecter les restrictions de la réserve, les zones de mouillage et les avis locaux ; les fonds et le trafic de la baie exigent des cartes à jour.
À table, Procida privilégie une cuisine insulaire directe. Les pâtes aux fruits de mer, le poisson du jour et les préparations à base de citron reviennent souvent. Le citron local, à la peau épaisse et à la partie blanche douce, entre dans des salades et des desserts. La lingua di Procida, pâte feuilletée garnie de crème au citron, accompagne volontiers un café.
En octobre, toutes les adresses estivales ne fonctionnent plus aux mêmes horaires. Cette réduction oblige parfois à réserver, mais elle redonne aussi de la place aux restaurants fréquentés par les habitants. Corricella reste le cadre le plus recherché ; Marina Grande et les rues du centre offrent souvent une expérience moins théâtrale et tout aussi intéressante.
Procida est desservie par ferry et hydroglisseur depuis Naples, notamment depuis Molo Beverello ou Porta di Massa selon les compagnies, ainsi que depuis Pozzuoli et Ischia. Les traversées varient avec la météo et les horaires d’arrière-saison. Il faut contrôler le port de départ, prévoir une marge au retour et éviter d’acheter un billet ferroviaire ou aérien trop proche de l’arrivée du bateau. Une nuit sur place change profondément l’expérience : après le dernier flot d’excursionnistes, les quais retrouvent leur calme.
Octobre apporte généralement des températures encore agréables, mais aussi un risque accru d’averses et de mer agitée. Un séjour de deux nuits offre assez de souplesse pour adapter les plages, Terra Murata et les traversées au ciel. Procida n’est pas une alternative moins spectaculaire à Capri ; elle propose autre chose. Sa force tient à la proximité entre patrimoine, paysages et vie quotidienne, perceptible avec une rare netteté une fois l’été passé.
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