Ancien marin, skipper puis capitaine sur de grandes unités, Eric Vanhoutte a passé sa vie à traverser les mers et les océans, au contact des voiliers de course, des grands propriétaires, des yachts à moteur et des chantiers maritimes. Depuis sa retraite, il expose une peinture très colorée, inspirée par la mer, les vieux gréements, les poissons, les oiseaux et les grands voyageurs du monde marin. Autodidacte, il revendique un univers personnel, nourri par les escales, les rencontres et une vie entière passée à regarder le bleu.

Figaro Nautisme : Pouvez-vous vous présenter ?
Eric Vanhoutte : "Je m’appelle Eric Vanhoutte, j’ai 65 ans et j’ai passé pratiquement toute ma vie dans le secteur maritime. Mon parcours a commencé très jeune. J’ai d’abord été marin, puis skipper sur des voiliers, avant de devenir capitaine sur des yachts à moteur.
Pendant une trentaine d’années, j’ai navigué sur différents types de bateaux, des voiliers de maxi, des multicoques, des bateaux de course et des unités de charter, principalement en Méditerranée et en Atlantique. C’était une époque avec de grands propriétaires et des bateaux assez fantastiques. J’ai notamment navigué sur Coriolan, pour Rothschild, pour le Baron Bich, mais aussi pour Bernard Tapie pendant la conception de Phocéa. Ensuite, je suis passé aux motor-yachts. Les voiliers, c’est magnifique, mais cela ne donne pas toujours à manger. À 50 ans, j’ai donc repassé tous mes diplômes de marine marchande pour pouvoir commander de grosses unités à moteur en Méditerranée. J’ai fait cela pendant environ 10 ans. Après cette période, j’ai travaillé dans des entreprises spécialisées dans le secteur maritime, en France, notamment autour du matériel destiné aux grands chantiers, en Méditerranée comme sur l’Atlantique. Cela a été une forme de recyclage professionnel. Aujourd’hui, je suis à la retraite depuis 1 an."
Figaro Nautisme : La peinture était déjà présente pendant toutes ces années de navigation ?
Eric Vanhoutte : "Oui, j’ai toujours peint. Comme Titouan Lamazou, j’ai toujours eu ce besoin de peindre, de dessiner, de garder une trace de ce que je voyais. Selon les escales, les moments disponibles et les navigations, je peignais régulièrement. Depuis 1 an, j’ai décidé de montrer ce travail et de faire des expositions. Cela a très bien marché puisque j’en suis déjà à ma 5e exposition, et j’en ai encore plusieurs prévues jusqu’à la fin de l’année. C’est une grosse année, mais c’est très dynamisant. J’ai aussi eu de belles rencontres grâce à ces expositions. À Saint-Jean-Cap-Ferrat, par exemple, j’ai rencontré une personne liée au Figaro et à la régate. D’autres personnes sont venues également, parfois par hasard, comme Axel Ganz, le créateur de Prisma Presse. Ce sont des rencontres qui me portent et qui m’encouragent."

Figaro Nautisme : Comment définiriez-vous votre univers artistique ?
Eric Vanhoutte : "Mes tableaux sont très colorés et très liés au secteur maritime. On y trouve des voiliers, des vieux gréements, des poissons, des oiseaux. Dans certaines navigations, notamment en Argentine, j’ai vu des albatros. Tout cela fait partie de mon monde.
Je suis autodidacte. Je n’ai pas fait d’école des Beaux-Arts, je n’ai pas suivi de formation académique. J’ai développé ma peinture seul, avec mon regard et mon vécu. Aujourd’hui, des clients comme des professionnels me disent que j’ai mon style. Cela me fait plaisir, parce que cela veut dire que mon travail est identifiable.
Je ne suis pas un peintre de marine au sens classique du terme. Je ne cherche pas à faire une représentation parfaitement technique ou académique d’un bateau. Je suis plutôt dans le rêve, dans la passion, dans la couleur, dans le mouvement. Il y a du maritime, bien sûr, mais vu à travers mon regard."
Figaro Nautisme : Votre lien avec la mer remonte à l’enfance. Comment est-il né ?
Eric Vanhoutte : "Il remonte à l’âge de 7 ans. J’ai eu un parcours familial un peu compliqué, avec des années en pensionnat, mais la mer est arrivée très tôt dans ma vie. J’ai eu la chance de rencontrer un monsieur, aujourd’hui disparu, qui m’a dit un jour : « Au lieu de traîner sur la plage, monte sur cette caisse à savon. » Cette caisse à savon, c’était un Optimist, dans le petit port du Palm Beach à Cannes. Pendant 1 semaine, j’ai navigué dans le port. J’ai tapé tous les bateaux, j’ai appris à manœuvrer comme je pouvais. Au bout d’une semaine, je suis sorti du port. C’est là que l’envie est née. Ensuite, il y a eu les écoles de voile, mon service militaire dans la Marine, les convoyages, puis les rencontres avec des gens formidables. J’ai navigué sur des bateaux qui ont fait de belles courses, avec des personnes comme Éric Tabarly, Titouan Lamazou, Jean-Louis Étienne et beaucoup d’autres. Ce monde-là, c’était mon monde."

Figaro Nautisme : Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans le monde marin ?
Eric Vanhoutte : "La lumière, bien sûr. Mais aussi le rythme. En mer, le rythme n’est pas le même qu’à terre. En solitaire comme en équipage, tous les matins ne se ressemblent pas, tous les soirs non plus. Il n’y a pas une vague identique à une autre. C’est un mouvement constant. Ce qui m’intéresse aussi, c’est la liberté. La mer offre encore une forme de liberté, et j’espère qu’on n’y touchera pas trop. C’est la liberté des hommes sur l’eau qui me semble la plus importante. Il y a aussi les retrouvailles à quai, les escales à l’étranger, cette envie de voyager, de partir, de partager. C’est ce que je n’ai pas retrouvé sur les motor-yachts. Dans cet univers, on est davantage dans l’hôtellerie, dans les problèmes de machines à café ou de climatisation. Sur les voiliers, il y a une évolution humaine. Les hommes et les femmes qui naviguent n’ont pas le même regard. J’ai des amis en Australie, d’autres à Tahiti, et quand on les retrouve, on voit bien qu’ils avancent différemment dans la vie. Je suis maintenant terrien depuis une dizaine d’années, mais je vois encore cette flamme dans les yeux de ceux qui sont en mer. Il y a toujours ce plaisir de regarder du bleu. J’ai la chance d’habiter face à la mer, donc ce lien reste permanent."

Figaro Nautisme : La mer est aussi un espace fragile. Est-ce que cette dimension influence votre peinture ?
Eric Vanhoutte : "Oui, bien sûr. On constate tous que la planète change. Il y a beaucoup de discours politiques, beaucoup d’effets de communication, mais dans les faits, rien n’avance vraiment. On voit la glace fondre au nord comme au sud, on voit les migrations de poissons évoluer avec les températures, on voit aussi les conséquences de la pollution.
La météo a changé, en Méditerranée comme en Atlantique. Les effets ne sont plus les mêmes qu’il y a 15 ans. La mer chauffe, se refroidit autrement, les vents changent. On observe des micro-tempêtes très fortes, que ce soit en Corse, en Norvège ou ailleurs, avec des phénomènes localisés capables de détruire beaucoup de choses.
Ma peinture va aussi dans ce sens. Je ne suis pas un influenceur, je ne prétends pas changer la planète seul. Mais je veux montrer qu’il y a de très belles choses, qu’il faut les regarder. C’est surtout un message pour les enfants et les petits-enfants. J’ai été très marqué par une visite au musée océanographique de Monaco avec mon petit-fils. Il y avait des méduses, des tortues, des poissons, beaucoup de choses magnifiques. Mais 1 an plus tard, ce dont il m’a reparlé, c’est d’un aquarium qui montrait la pollution en Méditerranée, avec des bouteilles en plastique, des pneus, des déchets, et des poissons qui vivaient au milieu de tout cela. Il m’a dit qu’il ne fallait pas jeter de bouteilles à la mer. Cela m’a touché, parce que cette image l’avait vraiment marqué."
Figaro Nautisme : Vous travaillez aujourd’hui autour du regard des enfants. Pourquoi ?
Eric Vanhoutte : "Parce que j’ai remarqué quelque chose pendant mes expositions. Les enfants vont spontanément vers certains tableaux, notamment ceux qui ont beaucoup de couleurs, des poissons, des oiseaux, des formes très vivantes. Un enfant qui fonce vers un tableau, c’est toujours intéressant. Bien sûr, si les parents s’y intéressent aussi, cela peut aider pour une vente, mais ce n’est pas seulement cela. Ce qui compte, c’est de voir que l’image les touche. En ce moment, je travaille beaucoup sur les bancs de poissons, sur des poissons solitaires aussi, mais surtout sur des groupes qui se déplacent. J’essaie de le faire avec un regard d’enfant. Il y a un peu de naïf, un peu de contemporain. On m’a souvent dit que ma peinture avait quelque chose d’aborigène. Je ne la vois pas comme cela. Les Aborigènes ont utilisé ce type de langage, mais on trouve aussi des approches similaires ailleurs, à Lima, au Pérou, ou chez les premiers dessinateurs qui travaillaient avec les doigts et des morceaux de bois, sans pinceau. Je peins un peu comme cela, de manière instinctive, parce que je suis autodidacte.
Je ne sais pas vraiment dans quelle catégorie me placer. On m’a déjà dit que j’étais un artiste contemporain, décoratif et naïf. Je ne cherche pas à entrer dans une case. Je travaille surtout sur des tableaux toujours liés au secteur maritime, mais avec un regard tourné vers la mer, vers ce qu’elle inspire et ce qu’elle fait ressentir. C’est aussi grâce à ma femme que j’ai commencé à exposer. Elle est Lituanienne et elle m’a poussé à montrer ce que j’avais à la maison. Elle m’a dit que ces tableaux devaient être vus. Pour quelqu’un qui peint, il y a toujours une peur de montrer son travail. On expose ses tableaux, mais on s’expose aussi soi-même. Elle a été mon pilier, mon phare, celle qui m’a donné l’envie de présenter mon travail au public. Quand on a été marin, on a souvent vécu dans une forme de solitude, avec son rythme, ses départs, ses aventures. On revient parfois plusieurs mois plus tard, en coup de vent, et on ne voit pas toujours les enfants grandir. Avec le temps, transmettre quelque chose aux petits-enfants devient important."

Figaro Nautisme : Y a-t-il une œuvre ou une série qui vous tient particulièrement à cœur ?
Eric Vanhoutte : "Elles me tiennent toutes à cœur, parce qu’elles sont toutes peintes avec ce que je ressens. Mais la faune aquatique est sans doute ce qui compte le plus pour moi.
J’ai peint des requins-baleines parce que je trouve ces animaux majestueux. Je suis moins attiré par les dauphins, parce que c’est devenu une image assez facile dans la communication. Ce qui me touche davantage, ce sont les grands voyageurs, les tortues, les espèces qui traversent les océans. En fait, ce que je faisais en mer, je le retrouve chez eux. Je suis avec ceux qui vivent sous l’eau, avec ceux qui voyagent. J’ai terminé ma vie de marin, mais à travers cette faune aquatique, je reste encore dans ce mouvement."
Un calendrier d’expositions déjà bien rempli en 2026
Cette année 2026 confirme la dynamique enclenchée autour du travail d’Eric Vanhoutte. Après une première partie de saison marquée par plusieurs rendez-vous sur la Côte d’Azur, dont Saint-Jean-Cap-Ferrat, du 16 avril au 3 mai, et Saint-Raphaël, salle Flochlay, du 18 au 23 mai, l’artiste poursuivra son calendrier avec une exposition à Mougins, à la galerie Annexe, du 10 au 16 août, aux côtés de Vilma, artiste peintre lituanienne. Il exposera ensuite au Cannet, à La Terrasse des Arts, du 13 au 26 août, autour du thème de la couleur, avant de présenter son travail à Mandelieu-la-Napoule, à la Galerie N°5, du 2 au 30 octobre, puis au Cros-de-Cagnes, du 16 novembre au 2 décembre. Entre souvenirs de navigation, faune marine et regard d’enfant, Eric Vanhoutte poursuit aujourd’hui sur la toile ce que la mer lui a transmis pendant toute une vie : le goût du mouvement, de la couleur et du voyage.
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