Requin lézard : le requin préhistorique qui intrigue les scientifiques

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Avec son corps allongé, sa tête primitive et ses dents fines comme des aiguilles, le requin lézard semble tout droit sorti d’un autre âge. Rarement observé vivant, ce squale des grandes profondeurs fascine autant les biologistes que le grand public, car il rappelle que les océans abritent encore des créatures presque invisibles, loin des images classiques du requin prédateur.

Avec son corps allongé, sa tête primitive et ses dents fines comme des aiguilles, le requin lézard semble tout droit sorti d’un autre âge. Rarement observé vivant, ce squale des grandes profondeurs fascine autant les biologistes que le grand public, car il rappelle que les océans abritent encore des créatures presque invisibles, loin des images classiques du requin prédateur.

© AdobeStock

Longtemps, le requin lézard a nourri l’imaginaire des marins. Son corps souple, presque serpentiforme, sa nage ondulante et sa silhouette inhabituelle ont souvent été rapprochés des récits de serpents de mer. Pourtant, derrière cette apparence spectaculaire se cache un requin bien réel, discret, profond, difficile à observer et encore largement méconnu.
Son nom scientifique, Chlamydoselachus anguineus, dit déjà beaucoup de son étrangeté. Il évoque à la fois ses branchies frangées, visibles comme une sorte de collerette autour de la gorge, et son allure d’animal anguiforme. Contrairement aux requins les plus connus, taillés pour la vitesse ou la chasse en pleine eau, le requin lézard semble appartenir à un monde plus lent, plus sombre, presque immobile.

 

Un requin à l’allure préhistorique
Le requin lézard impressionne d’abord par sa silhouette. Son corps est très allongé, souple, brunâtre, avec une tête large et aplatie qui le distingue immédiatement des requins plus classiques. Il peut approcher 2 m de long, mais son apparence n’a rien de massive. Tout chez lui évoque l’économie de mouvement et l’adaptation à un univers où la lumière disparaît. Ses 6 paires de fentes branchiales, bordées de replis de peau, forment une sorte de collerette. C’est l’un des détails les plus reconnaissables de l’espèce. Ses mâchoires, placées à l’avant du museau, s’ouvrent largement et révèlent une dentition impressionnante : plusieurs centaines de petites dents acérées, souvent décrites comme des crochets ou des tridents miniatures. Elles ne sont pas faites pour broyer, mais pour retenir des proies glissantes, notamment des poissons et des céphalopodes. Cette apparence a valu au requin lézard une réputation de “fossile vivant”. L’expression est souvent utilisée pour souligner son aspect ancien, même si elle doit être prise avec prudence. L’animal n’est pas une relique figée du passé, mais une espèce actuelle, parfaitement adaptée à son environnement.

© Wikipédia

Un habitant discret des grandes profondeurs
Le requin lézard vit loin du regard humain. Il fréquente surtout les marges du plateau continental et les pentes profondes, souvent à plusieurs centaines de mètres sous la surface. Les observations directes sont rares, car son habitat se situe généralement entre 500 et 1 000 m de profondeur, même si l’espèce peut être signalée dans une fourchette plus large. Cette vie profonde explique en partie le mystère qui l’entoure. Contrairement aux requins de récif, aux requins pélagiques ou aux espèces côtières parfois croisées par les plongeurs, le requin lézard évolue dans un milieu difficile d’accès, exploré par des engins scientifiques, des caméras profondes ou, plus rarement, révélé par des captures accidentelles.
Sa répartition est vaste mais irrégulière. On le signale dans l’Atlantique et le Pacifique, avec des observations dispersées au large de plusieurs continents. Cette présence en pointillés renforce son image d’animal fantôme : il n’est pas forcément exceptionnel dans son milieu, mais il reste très rarement visible pour l’homme.

 

Une technique de chasse adaptée à l’obscurité
Dans les profondeurs, le requin lézard ne chasse pas comme un grand requin rapide de surface. Son corps allongé et ses mâchoires très mobiles suggèrent une attaque brève, souple, dirigée vers des proies qu’il peut saisir rapidement. Ses dents fines, tournées vers l’intérieur, fonctionnent comme un piège : une fois capturée, la proie a peu de chances de s’échapper. Son alimentation comprend principalement des poissons et des céphalopodes. Dans un environnement où les rencontres sont moins fréquentes qu’en pleine eau côtière, chaque capture compte. Le requin lézard semble donc taillé pour surprendre, retenir et avaler plutôt que pour poursuivre longuement. Cette stratégie colle parfaitement à son allure. Son corps évoque davantage un animal capable d’une détente soudaine qu’un nageur endurant lancé à grande vitesse. Là encore, il casse l’image classique du requin et rappelle la diversité étonnante des squales.

© Wikipédia

Une reproduction lente, signe de fragilité
Le requin lézard est aussi fascinant par sa reproduction. Comme plusieurs requins profonds, il grandit lentement et se reproduit peu. Les femelles donnent naissance à des jeunes déjà formés, après une gestation longue, probablement de 1 à 2 ans selon les connaissances disponibles. Ce rythme très lent rend l’espèce naturellement vulnérable aux pressions extérieures. Même si le requin lézard n’est pas une cible majeure de la pêche commerciale, il peut être capturé accidentellement par des chaluts, des palangres ou des filets profonds. Ces prises restent rares, mais elles posent question pour une espèce dont la capacité de renouvellement semble faible. Son statut de conservation mondial est aujourd’hui classé en préoccupation mineure par l’UICN, mais cette mention ne signifie pas que l’espèce ne mérite aucune attention. Les connaissances restent limitées, les populations sont mal quantifiées et l’expansion de certaines pêcheries profondes peut devenir un facteur de risque si elle progresse dans ses zones de vie.

 

Un requin sans danger pour l’homme
Malgré son apparence inquiétante, le requin lézard ne représente pas un danger pour l’homme. Il vit trop profond pour croiser baigneurs, plongeurs ou plaisanciers. Les rares individus observés près de la surface sont généralement affaiblis, désorientés ou capturés accidentellement. Son image spectaculaire tient donc davantage à son étrangeté qu’à une menace réelle. Le requin lézard fascine parce qu’il semble contredire toutes les représentations habituelles du requin : il n’a ni la silhouette du grand blanc, ni la puissance du mako, ni la présence familière des requins de récif. Il appartient à un autre décor, celui des talus continentaux, des eaux sombres et des animaux que l’on ne rencontre presque jamais.

 

Une créature qui rappelle le mystère des océans
Le requin lézard est l’un de ces animaux qui changent immédiatement notre regard sur la mer. Il montre que les océans ne se résument pas aux espèces les plus visibles, aux récifs tropicaux ou aux grands prédateurs médiatisés. Dans les profondeurs, des formes de vie anciennes dans leur apparence, mais toujours bien adaptées, poursuivent leur existence loin de nos routes, de nos ports et de nos zones de baignade. Avec son corps de serpent, ses branchies en collerette et ses dents fines comme des aiguilles, le requin lézard possède une force d’évocation rare. Il n’a pas besoin d’être dangereux pour impressionner. Sa seule existence suffit à rappeler que la mer conserve une part immense d’inconnu, et que certains de ses habitants les plus fascinants vivent précisément là où l’homme ne va presque jamais.

 

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.