Choisir sa route autrement : comment l’IA transforme la préparation des croisières

Culture nautique

Longtemps cantonné à quelques fichiers météo et à l’expérience du skipper, le routage en croisière entre aujourd’hui dans une nouvelle ère. Grâce à l’intelligence artificielle et aux algorithmes prédictifs, la route ne se calcule plus comme une simple trajectoire optimale, mais comme un ensemble de scénarios intégrant l’incertitude météo, la performance réelle du bateau et les contraintes humaines à bord. Une évolution discrète, mais profonde, dont les navigateurs de course ont été les premiers laboratoires, et dont les plaisanciers commencent à mesurer les bénéfices… et les limites.

Longtemps cantonné à quelques fichiers météo et à l’expérience du skipper, le routage en croisière entre aujourd’hui dans une nouvelle ère. Grâce à l’intelligence artificielle et aux algorithmes prédictifs, la route ne se calcule plus comme une simple trajectoire optimale, mais comme un ensemble de scénarios intégrant l’incertitude météo, la performance réelle du bateau et les contraintes humaines à bord. Une évolution discrète, mais profonde, dont les navigateurs de course ont été les premiers laboratoires, et dont les plaisanciers commencent à mesurer les bénéfices… et les limites.

IA et navigation : comment le routage prédictif change la donne en croisière

Pendant des décennies, préparer une navigation consistait à analyser une situation météo, choisir un modèle de prévision, tracer une route, puis l’ajuster au fil des observations. Une méthode efficace dans de nombreuses situations, mais qui reposait sur une hypothèse implicite : celle d’une météo suffisamment stable pour que la prévision reste valide dans le temps. Or, la mer rappelle régulièrement que l’atmosphère est un système chaotique, où l’incertitude fait partie intégrante du jeu.

C’est précisément sur ce point que l’intelligence artificielle marque une rupture. Les nouveaux algorithmes de routage ne cherchent plus seulement la route la plus rapide ou la plus directe. Ils s’attachent à évaluer la solidité d’un scénario face aux variations possibles de la météo. Autrement dit, on ne navigue plus avec une prévision unique, mais avec une enveloppe de situations plausibles.

Du routage “optimal” au routage robuste

Les systèmes modernes s’appuient sur des prévisions dites d’ensemble, issues de multiples simulations météo réalisées à partir de conditions initiales légèrement différentes. Cette approche permet de visualiser non seulement ce qui est le plus probable, mais aussi ce qui pourrait advenir si la situation évolue défavorablement. Le routage prédictif intègre ces données pour comparer plusieurs stratégies, depuis la plus rapide jusqu’à la plus prudente, en tenant compte du niveau de risque accepté.

Pour un plaisancier, le bénéfice est immédiat. Plutôt que de suivre une route idéale sur le papier mais fragile dans le temps, il devient possible de privilégier un itinéraire moins ambitieux, mais plus cohérent avec la réalité météo et la capacité du bateau à absorber les variations. En croisière, ce choix fait souvent la différence entre une navigation sereine et une succession de décisions subies.

Un bateau modélisé tel qu’il navigue réellement

L’autre apport majeur de l’IA concerne la performance. Une polaire décrit un potentiel théorique, rarement une réalité quotidienne. Charge du bateau, état de la carène, vieillissement des voiles, mer formée, efficacité du pilote automatique, choix de confort de l’équipage… autant de paramètres qui modifient profondément le comportement réel du voilier.

Les algorithmes prédictifs cherchent désormais à intégrer ces écarts, en apprenant à partir de données de navigation réelles. La route calculée ne repose plus uniquement sur ce que le bateau “sait faire”, mais sur ce qu’il fait effectivement dans des conditions données. Le routage devient alors un outil dynamique, recalculé régulièrement à partir des mises à jour météo et du comportement observé du bateau.

En croisière, un gain surtout mental

Contrairement à la course, où chaque mille compte, la croisière tire son principal bénéfice du routage prédictif ailleurs que dans la performance pure. Le vrai gain est la réduction de la charge mentale. Anticiper plus tôt une dégradation, visualiser les marges, comparer plusieurs options cohérentes permet de décider plus calmement, et surtout plus tôt.

C’est dans ce contexte que des outils comme ceux proposés par METEO CONSULT Marine prennent toute leur importance. L’accès à des prévisions détaillées, à la comparaison de modèles et à une lecture orientée décision permet de replacer la météo au cœur de la préparation, sans la transformer en injonction algorithmique.

Le danger d’une confiance excessive

Plus un outil est sophistiqué, plus il peut donner l’illusion de la certitude. Or, aucun algorithme ne supprime l’incertitude météo. Il ne fait que la représenter différemment. Le risque, en croisière, est de déléguer la décision à la machine, en oubliant les contraintes humaines à bord : fatigue, rythme de quart, tolérance à la mer formée, capacité de l’équipage à encaisser plusieurs heures difficiles.

Les situations problématiques sont bien connues : fenêtres météo trop serrées, trajectoires qui privilégient la vitesse au détriment du confort, routes qui exposent inutilement le bateau à des zones instables. L’IA calcule, mais elle ne vit pas la navigation. La responsabilité finale reste celle du skipper.

Ce que la course au large a déjà compris

Les skippers de course au large utilisent depuis longtemps des outils de routage avancés, mais rarement comme une vérité absolue. En course au large, le routage est un support de réflexion, pas une consigne. Les navigateurs confrontent les scénarios, évaluent les écarts possibles, et n’hésitent pas à s’éloigner d’une route théoriquement optimale si elle expose le bateau à un risque mal maîtrisé.

Cette approche est directement transposable à la croisière. Mettre à jour régulièrement son plan de route, comparer plusieurs modèles, accepter qu’un scénario séduisant puisse être fragile, sont des réflexes issus du large, mais parfaitement adaptés à la navigation de plaisance.

Bien utiliser l’IA dans la préparation d’une croisière

La clé réside dans la hiérarchie des décisions. Avant même de lancer un routage, il est essentiel de définir ses limites : état de mer acceptable, durée maximale de navigation continue, marges d’arrivée, ports de repli réalistes. L’outil prédictif permet ensuite de tester ces contraintes face à différents scénarios météo.

Il est également préférable de rechercher des routes robustes plutôt que des routes optimales. Une trajectoire légèrement plus longue, mais stable dans plusieurs scénarios météo, vaut souvent mieux qu’un gain de quelques heures obtenu au prix d’une forte exposition au risque.

Enfin, garder une lecture météorologique globale reste indispensable. Le routage n’est qu’un maillon. Comprendre la dynamique des systèmes météo, leur évolution probable et leurs zones d’incertitude demeure la base d’une navigation maîtrisée.

Une évolution plus culturelle que technologique

Le routage prédictif ne signe pas la fin de l’expérience humaine en mer. Il en modifie l’équilibre. L’intelligence artificielle offre une vision plus large, plus nuancée, mais elle impose aussi une exigence accrue dans l’analyse et la décision.

En croisière, l’enjeu n’est pas d’aller plus vite, mais d’aller mieux. À condition d’être utilisée comme un outil d’aide et non comme un pilote automatique décisionnel, l’IA devient un allié précieux. Elle n’écrit pas la route à la place du marin, elle l’oblige simplement à mieux la penser.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.