Au-dessus de l’océan, ces oiseaux dorment sans cesser de voler

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Pendant des jours, les frégates survolent les mers tropicales sans se poser. Des enregistrements de leur activité cérébrale ont révélé leur secret : de très courtes siestes en vol, parfois avec une moitié du cerveau encore éveillée.

Pendant des jours, les frégates survolent les mers tropicales sans se poser. Des enregistrements de leur activité cérébrale ont révélé leur secret : de très courtes siestes en vol, parfois avec une moitié du cerveau encore éveillée.

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La frégate, une spécialiste du grand large

Avant d’être un étonnant champion du sommeil, la frégate est surtout un oiseau parfaitement adapté à la vie au-dessus des océans tropicaux. Avec ses ailes immenses, son corps léger et sa longue queue fourchue, elle fait partie des grands planeurs du monde marin. Elle peut parcourir des milliers de kilomètres en utilisant les courants d’air ascendants, ces colonnes invisibles qui lui permettent de prendre de l’altitude sans presque dépenser d’énergie.

Mais contrairement à de nombreux oiseaux marins comme les albatros ou certains goélands, la frégate n’est pas faite pour rester longtemps sur l’eau. Son plumage supporte mal l’immersion et ses petites pattes rendent le décollage depuis la surface particulièrement difficile. Pour se nourrir ou se déplacer, elle privilégie donc une stratégie radicalement différente : rester dans les airs. La frégate passe ainsi une grande partie de sa vie en vol, à la recherche de poissons ou de calmars proches de la surface. Elle profite des mouvements de l’atmosphère pour avancer, parfois pendant plusieurs jours, sans avoir besoin de rejoindre la terre ferme. Mais cette vie aérienne soulève une question étonnante : quand dort-elle ?

Le mystère du sommeil en plein vol

Pendant longtemps, les biologistes ont supposé que les frégates devaient être capables de dormir dans les airs. Mais prouver un tel comportement était loin d’être simple. Observer un animal sauvage au-dessus de l’océan est une véritable difficulté scientifique. Impossible de simplement l’installer dans un laboratoire : il fallait réussir à mesurer son activité cérébrale tout en le laissant évoluer librement dans son environnement naturel.

En 2016, une équipe internationale a donc équipé plusieurs frégates du Pacifique de petits enregistreurs capables de suivre simultanément leur activité cérébrale, leurs mouvements de tête et leur trajectoire de vol. Pour la première fois, les chercheurs ont pu observer directement le sommeil d’un oiseau en plein vol.

Une moitié du cerveau peut rester éveillée

Les résultats ont révélé un mécanisme particulièrement surprenant : les frégates utilisent le sommeil lent unihémisphérique. Concrètement, une partie du cerveau entre en phase de sommeil tandis que l’autre reste active. L’œil associé à cette moitié éveillée peut continuer à surveiller l’environnement, permettant à l’oiseau de conserver une certaine vigilance pendant qu’il récupère.

Ce phénomène existe également chez d’autres animaux, notamment certains oiseaux et mammifères marins. Il constitue une solution idéale pour les espèces qui doivent continuer à surveiller leur environnement tout en dormant. Chez les frégates, ce mode de sommeil semble particulièrement utile lorsqu’elles planent en cercle dans des courants ascendants. Une partie du cerveau pourrait ainsi continuer à participer au contrôle de la trajectoire et à la surveillance des autres oiseaux.

Mais les chercheurs ont découvert une autre particularité : les frégates peuvent aussi, pendant de très courts moments, endormir les deux parties de leur cerveau en même temps. Leur vol ne repose donc pas uniquement sur un cerveau constamment divisé en deux.

Des siestes de quelques secondes seulement

Le sommeil des frégates en mer est loin de ressembler à une longue nuit de repos. Lors des observations, les épisodes de sommeil duraient en moyenne une douzaine de secondes. Sur une journée complète, les oiseaux étudiés ne dormaient qu’environ 42 minutes au total lorsqu’ils étaient en mer. Un chiffre étonnant quand on sait qu’à terre, les frégates peuvent dormir plus de douze heures par jour. La majorité de ces micro-siestes survient pendant la nuit, lorsque les conditions sont plus favorables. Les oiseaux profitent alors des masses d’air ascendantes pour planer avec moins d’effort et réduire leur activité.

Les scientifiques ont même détecté de très courts épisodes de sommeil paradoxal, une phase généralement associée chez l’humain aux rêves. Chez les oiseaux, elle reste cependant très brève et ne provoque pas la même perte complète de tonus musculaire que chez les mammifères.

Pourquoi ne pas simplement se poser ?

Pour beaucoup d’oiseaux marins, se poser sur l’océan est une solution simple pour se reposer. Mais ce n’est pas le cas de la frégate. Son corps est entièrement pensé pour le vol : grandes ailes, poids réduit, capacité exceptionnelle à exploiter les courants. En revanche, elle n’a pas les adaptations nécessaires pour rester longtemps dans l’eau. Son plumage est moins imperméable que celui d’autres oiseaux marins et ses pattes courtes ne lui permettent pas de repartir facilement depuis la surface.

Rester en l’air n’est donc pas seulement une prouesse : c’est aussi une nécessité. La frégate a transformé l’océan en un immense espace aérien, où elle peut voyager, chercher sa nourriture et même dormir quelques secondes sans jamais retrouver la terre ferme.

Un exploit qui pose encore des questions

Chez l’être humain, une telle privation de sommeil aurait rapidement des conséquences importantes sur l’attention et les capacités physiques. Les frégates, elles, semblent capables de fonctionner plusieurs jours avec un repos extrêmement limité, avant de récupérer lorsqu’elles reviennent à terre. Les scientifiques cherchent encore à comprendre comment leur cerveau s’adapte à cette dette de sommeil et quelles fonctions restent prioritaires pendant ces courtes phases de repos.

Il faut toutefois éviter de généraliser : tous les oiseaux marins ne dorment pas forcément en volant. Plusieurs espèces utilisent le sommeil unihémisphérique, mais la preuve directe d’un sommeil en plein vol a été particulièrement démontrée chez les frégates.

Quand le ciel devient leur refuge

Pour nous, l’océan semble offrir peu d’endroits où se reposer. Pour la frégate, c’est différent. Son refuge n’est ni un nid ni une plage isolée, mais une trajectoire invisible dans le ciel. Portée par les courants, capable de couper temporairement une partie de son activité cérébrale, elle a trouvé une manière unique de vivre entre mer et air. Un exploit qui rappelle une nouvelle fois que les océans abritent des animaux capables d’adaptations que nous avons encore beaucoup à découvrir.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.