Un bar remonte à bord, puis une belle dorade. Peut-on les conserver ? Faut-il les déclarer ? Les marquer ? Et combien peut-on en ramener au port ? En 2026, la pêche de loisir en mer reste largement accessible en France, mais sa réglementation s’est considérablement étoffée. Tailles minimales, quotas, fermetures saisonnières, déclaration numérique, thon rouge sous autorisation et zones protégées : voici ce qu’il faut réellement savoir avant de lancer sa ligne.

Pêche de loisir en mer : ce que dit vraiment la réglementation
Imaginez une belle matinée de septembre. Le bateau dérive doucement au-dessus d’une tête de roche, les cannes sont sorties et un joli bar finit par monter à bord. Il mesure 44 centimètres. Peut-on le garder ? La réponse paraît évidente. Pourtant, elle dépend de l’endroit où vous vous trouvez, du nombre de bars déjà capturés dans la journée et, depuis 2026, elle peut également entraîner une obligation de déclaration. Quelques mois plus tôt, la réponse aurait même pu être différente en fonction de la date. C’est probablement la principale difficulté de la pêche de loisir en mer aujourd’hui : il n’existe plus une seule règle simple à mémoriser. Le pêcheur doit composer avec plusieurs couches réglementaires qui se superposent. Il y a les règles européennes et nationales, les dispositions propres à certaines espèces, les arrêtés préfectoraux et les réglementations locales. Ajoutez les réserves naturelles, les parcs marins et les zones protégées, et deux bateaux distants de quelques dizaines de milles peuvent parfaitement être soumis à des règles différentes. La première règle à retenir est donc très simple : avant de savoir combien de poissons vous pouvez conserver, il faut savoir où, quand et ce que vous pêchez.
Faut-il un permis pour pêcher en mer ?
Contrairement à la pêche en eau douce, la pêche en mer de loisir ne repose pas en France métropolitaine sur un permis général que tout pêcheur devrait acheter avant de lancer sa ligne depuis son bateau. Vous pouvez donc, en principe, embarquer une canne sur votre voilier ou votre bateau à moteur et pêcher sans posséder l’équivalent de la carte de pêche exigée sur de nombreuses rivières et plans d’eau. Le Code rural et de la pêche maritime définit cependant précisément cette activité : les captures sont destinées à la consommation du pêcheur et de sa famille et ne peuvent pas être vendues. La commercialisation d’un poisson capturé en pêche de loisir est interdite. Cette règle vaut également lorsqu’on pêche depuis un navire transportant des passagers à titre onéreux. Embarquer pour une sortie avec un professionnel ne transforme évidemment pas le passager en pêcheur professionnel et ne l’exonère pas davantage des règles applicables aux captures. Mais absence de permis général ne signifie surtout pas absence d’autorisation particulière. Certaines espèces constituent justement l’exception spectaculaire à cette simplicité. Et aucune ne l’illustre mieux que le thon rouge.
Thon rouge : oubliez la règle des « deux poissons par an »
C’est une idée que l’on entend régulièrement sur les pontons : chaque pêcheur aurait droit à deux thons rouges par an. Ce n’est pas ainsi que fonctionne la réglementation française. L’arrêté du 24 mars 2026 encadrant la pêche de loisir du thon rouge dans l’Atlantique Est et en Méditerranée impose une autorisation attachée au navire. Une seule autorisation est délivrée par bateau et le document doit se trouver à bord. Pour conserver et débarquer un thon, cette autorisation ne suffit pas : il faut également disposer d’une bague de marquage attribuée au navire. Avoir l’autorisation de rechercher et de pêcher le thon rouge ne signifie donc pas automatiquement avoir le droit d’en ramener un au port… CQFD !
La taille minimale est, elle aussi, sans ambiguïté : 30 kg ou 115 cm. Le poisson conservé doit être bagué immédiatement après sa capture. Le débarquement doit ensuite être déclaré selon la procédure réglementaire. Surtout, la campagne peut être fermée avant sa date théorique si le quota disponible est suffisamment consommé. Avant toute sortie consacrée au thon, vérifier que la pêche avec conservation reste ouverte est donc indispensable…
Bar et dorade : ces quelques centimètres qui changent tout
Pour la majorité des pêcheurs plaisanciers, la question reste celle de la taille minimale de capture. L’arrêté du 26 octobre 2012, régulièrement modifié et encore actualisé en 2026, constitue sur ce point un texte de référence. Pour le bar commun, la différence entre façades maritimes est particulièrement parlante. En Manche, mer du Nord et Atlantique, la taille minimale est de 42 cm. En Méditerranée, où le bar est appelé loup, la taille réglementaire nationale de référence est de 30 cm.
Pour la dorade royale, la taille minimale est de 23 cm, aussi bien en Manche-Atlantique qu’en Méditerranée. Mais attention au mot « dorade », qui cache plusieurs espèces soumises à des règles différentes. La dorade rose, par exemple, ne répond pas aux mêmes seuils. Le bon réflexe consiste donc à disposer à bord d’une règle ou d’un tapis de mesure précis et immédiatement accessible. Le poisson doit être mesuré avant d’être définitivement conservé. S’il est sous la taille réglementaire, il doit repartir à l’eau. Une précaution supplémentaire s’impose : des dispositions locales peuvent être plus restrictives. Une taille lue dans un tableau national ne doit jamais être considérée comme la seule information nécessaire lorsque l’on pêche dans une réserve, un parc marin ou une zone bénéficiant d’une réglementation particulière.
Trois bars ici, deux ailleurs : pourquoi la position du bateau est essentielle
Prenons deux pêcheurs qui sortent le même jour, l’un en Bretagne nord et l’autre dans le golfe de Gascogne. Ils recherchent exactement la même espèce avec le même matériel. Pourtant, leurs quotas ne sont pas identiques. En Manche et mer du Nord, la réglementation 2026 permet au pêcheur de loisir de conserver au maximum trois bars par jour en janvier puis du 1er avril au 31 décembre. Entre le 1er février et le 31 mars, seule la capture suivie d’un relâcher est autorisée à la canne ou à la ligne à main : impossible de conserver le poisson. En Atlantique, notamment dans le golfe de Gascogne, le plafond est de deux bars par pêcheur et par jour. Voilà un exemple parfait de ce qu’est devenue la réglementation de la pêche de loisir. Demander « combien ai-je le droit d’en prendre ? » n’a parfois aucun sens tant que l’on ne connaît pas précisément la position du bateau.
Et il ne faut évidemment pas confondre quota et taille minimale. Avoir droit à trois bars ne permet pas d’en conserver trois de 38 cm lorsque la taille minimale est fixée à 42 cm.
En 2026, le smartphone entre dans la boîte de pêche
C’est l’un des changements les plus importants de l’année. Depuis le 12 avril 2026, certaines captures réalisées dans le cadre de la pêche de loisir doivent être déclarées numériquement dans les 24 heures suivant l’heure exacte de capture. Mais attention à une confusion fréquente : cela ne signifie pas que chaque sardine, chaque dorade royale ou chaque poisson remonté à bord doit désormais être déclaré avec son téléphone. Le dispositif vise certaines espèces et certaines zones. Il concerne notamment le bar, le lieu jaune, la dorade rose, la dorade coryphène en Méditerranée et le maquereau, selon les secteurs considérés. Le thon rouge relève, on l’a vu, de son propre dispositif. Pour le plaisancier, le téléphone devient progressivement un équipement de pêche presque aussi utile que la pince, l’épuisette ou la règle de mesure. Mieux vaut donc avoir préparé son système de déclaration avant de quitter le port que découvrir la procédure une fois le poisson dans la glacière…
Couper la nageoire : le geste que beaucoup oublient
La déclaration numérique n’a pas supprimé une obligation plus ancienne : le marquage physique de nombreuses captures. Depuis 2011, plusieurs espèces pêchées en loisir doivent être marquées afin, notamment, de rendre plus difficile leur commercialisation frauduleuse. Bar, dorade royale, dorade rose, lieu jaune, lieu noir, maigre, maquereau, sole, pagre et certaines espèces de thons figurent notamment parmi les poissons concernés. Le marquage consiste à couper la partie inférieure de la nageoire caudale, sans empêcher la mesure réglementaire du poisson. Selon les modes de pêche et les espèces, le moment précis du marquage peut varier. Ce petit coup de ciseaux est important. Lors d’un contrôle à quai ou en mer, un poisson parfaitement maillé et capturé légalement peut néanmoins constituer une infraction si l’obligation de marquage n’a pas été respectée. La bonne routine devient donc : mesurer, conserver ou relâcher, marquer lorsque l’espèce l’exige, puis déclarer lorsqu’elle entre dans le dispositif numérique.
Anglo-Normandes : aire protégée ne signifie pas toujours pêche interdite
Depuis le 1er septembre 2026, les plaisanciers qui fréquentent les eaux de Jersey doivent intégrer une autre évolution. L’île a considérablement étendu son réseau d’aires marines protégées, portant à environ 21,7 % la proportion de ses eaux territoriales protégée du chalutage et du dragage. Attention toutefois à ne pas transformer « aire marine protégée » en synonyme de « pêche interdite ». Dans une grande partie de ces nouvelles AMP, ce sont essentiellement les engins mobiles travaillant le fond, notamment chaluts et dragues, qui sont concernés. La pêche de loisir à la ligne n’est donc pas automatiquement interdite parce que le bateau pénètre dans une aire marine protégée. La situation est différente dans une no-take zone, une zone sans prélèvement. Aux Sauvages, au sud-est des eaux territoriales de Jersey, la pêche est ainsi interdite.
Et en cas de contrôle ?
Le pêcheur de loisir considère parfois qu’un poisson trop petit ou une pêche pratiquée dans une zone interdite relève de la petite infraction. Le Code rural et de la pêche maritime est nettement moins indulgent. Certaines infractions graves, notamment le fait de pêcher sans autorisation lorsque celle-ci est obligatoire ou de pêcher dans une zone ou pendant une période interdite, peuvent entraîner des sanctions pénales allant jusqu’à 22 500 euros d’amende. Les captures et le matériel peuvent également faire l’objet de saisies ou d’autres mesures prévues par la réglementation.
Dans le cas particulier du thon rouge, le non-respect des obligations peut aussi avoir des conséquences sur l’obtention d’une autorisation lors d’une campagne ultérieure.
Il ne faut évidemment pas en conclure qu’un bar mesurant quelques millimètres de moins que la taille réglementaire entraînera automatiquement une amende de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Les sanctions dépendent de la nature et de la gravité de l’infraction. Mais ces montants rappellent que la pêche de loisir reste une activité réglementée, même lorsqu’elle est pratiquée avec une simple canne depuis le cockpit familial…
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