Houle, vagues, mer du vent : quelles différences et que faut-il regarder avant de prendre la mer ?

Météo marine
Par Le Figaro Nautisme avec METEO CONSULT MARINE

Houle de 1,50 m, mer du vent, période de 8 secondes, vagues de 2 mètres… Une prévision marine rassemble plusieurs informations qui ne décrivent pas toutes la même chose. Pour anticiper réellement l’état de la mer, la hauteur des vagues ne suffit pas : leur origine, leur période, leur direction et les conditions locales doivent être regardées ensemble.

Houle de 1,50 m, mer du vent, période de 8 secondes, vagues de 2 mètres… Une prévision marine rassemble plusieurs informations qui ne décrivent pas toutes la même chose. Pour anticiper réellement l’état de la mer, la hauteur des vagues ne suffit pas : leur origine, leur période, leur direction et les conditions locales doivent être regardées ensemble.

© AdobeStock - tomoki1970

Avant une sortie en mer, beaucoup de plaisanciers commencent par vérifier le vent et la hauteur des vagues annoncées. C’est indispensable, mais incomplet. Une mer de 1,50 m peut être relativement régulière dans certaines conditions et devenir beaucoup plus difficile dans d’autres. La différence tient notamment à la nature des vagues, à leur espacement, à leur direction ou encore aux courants rencontrés. Comprendre quelques notions permet donc de lire une prévision marine de manière beaucoup plus pertinente.

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Quelle différence entre houle, vagues et mer du vent ?

Une vague est une ondulation de la surface de la mer. Le terme est générique : une vague peut avoir été créée par le vent qui souffle localement ou provenir d’un système météorologique situé beaucoup plus loin. La mer du vent désigne les vagues directement produites par le vent présent sur la zone. Elles se forment lorsque celui-ci transmet son énergie à la surface de l’eau. Leur développement dépend principalement de trois éléments : la force du vent, la durée pendant laquelle il souffle et la distance sur laquelle il agit au-dessus de la mer. Cette dernière est appelée le fetch. Une mer du vent est souvent irrégulière, avec des vagues relativement rapprochées et parfois désordonnées.
La houle, au contraire, désigne des vagues qui se sont éloignées de la zone où elles ont été générées. Elles peuvent avoir été produites par une dépression située à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres.
C’est pourquoi une houle peut atteindre une côte alors que le vent local est faible et que le ciel est parfaitement dégagé. Elle présente généralement un aspect plus régulier que la mer du vent, avec des vagues mieux organisées et davantage espacées.
Dans la réalité, les deux phénomènes coexistent fréquemment. Une houle venant du large peut ainsi se superposer aux vagues créées par le vent local. La mer totale correspond alors à l’ensemble de ces différents systèmes de vagues.

 

Pourquoi la hauteur des vagues ne suffit-elle pas à décrire l’état de la mer ?

Lorsqu’une prévision annonce des vagues de 2 mètres, cela ne signifie pas que toutes les vagues mesureront exactement 2 mètres. Les prévisions utilisent généralement la notion de hauteur significative des vagues. Elle correspond approximativement à la hauteur moyenne du tiers des vagues les plus hautes au cours d’une période donnée.
Certaines vagues seront donc plus petites, tandis que d’autres pourront dépasser sensiblement la hauteur annoncée. Mais surtout, deux états de mer affichant une même hauteur significative peuvent être très différents. Une mer de 2 mètres constituée de vagues longues et régulières ne produit pas les mêmes mouvements qu’une mer de 2 mètres composée de vagues courtes, rapprochées et désordonnées.
Dans le premier cas, le bateau peut accompagner progressivement le mouvement de la mer. Dans le second, il peut subir des mouvements beaucoup plus rapides et davantage taper dans les vagues. La taille du bateau, sa conception, sa vitesse et son cap par rapport aux vagues modifient également fortement les sensations à bord. Il n’existe donc pas de hauteur universelle à partir de laquelle la mer deviendrait automatiquement dangereuse. Une houle de 2 mètres ne signifie pas la même chose pour un grand voilier hauturier, un semi-rigide de quelques mètres ou une petite embarcation ouverte.

Pourquoi la période et la direction de la houle sont-elles importantes ?

Pour comprendre réellement une prévision de houle, il faut associer sa hauteur à deux autres informations : sa période et sa direction. La période correspond au temps séparant le passage de deux vagues successives. Elle est exprimée en secondes.
Une période courte correspond à des vagues relativement rapprochées. Une période longue indique au contraire une houle plus espacée. Cette information est particulièrement importante près du littoral. À hauteur comparable, une houle de longue période peut transporter une quantité d’énergie importante vers la côte et produire des déferlements puissants lorsqu’elle rencontre des fonds moins profonds. La direction est tout aussi essentielle.
Une houle arrivant directement face à une portion de côte exposée peut y provoquer des vagues importantes, tandis qu’une côte protégée par un cap, une île ou une orientation différente sera beaucoup moins touchée. Pour un navigateur, la direction des vagues détermine aussi la manière dont le bateau va les rencontrer : de face, par l’arrière ou sur le côté. Elle influence donc directement le confort et parfois la difficulté de navigation. Plusieurs houles peuvent également arriver simultanément de directions différentes. Lorsqu’elles se combinent avec une mer du vent orientée autrement, la surface peut devenir très désordonnée. C’est ce que l’on rencontre notamment dans certaines situations de mer croisée.

Comment le vent, les courants et la côte transforment-ils les vagues ?

L’état de la mer indiqué sur une prévision ne doit jamais être considéré comme parfaitement uniforme. Les conditions peuvent évoluer fortement sur quelques milles seulement.
Le vent joue d’abord un rôle déterminant. Lorsqu’il se renforce, il génère progressivement sa propre mer du vent. Une houle régulière peut alors être recouverte de vagues plus courtes et plus désordonnées.
Les courants peuvent également modifier profondément les vagues. Lorsqu’un courant important se déplace dans le sens opposé aux vagues, celles-ci peuvent devenir plus courtes et plus raides. Une zone qui semblait relativement praticable peut ainsi devenir beaucoup plus difficile. Le phénomène est particulièrement sensible dans certaines passes, à proximité des caps ou dans les secteurs soumis à de forts courants de marée.
Enfin, la profondeur et la forme du littoral transforment les vagues à mesure qu’elles approchent de la côte. Lorsque la profondeur diminue, la houle commence à interagir avec le fond. Sa vitesse, sa direction et sa hauteur peuvent évoluer. Lorsque la profondeur devient insuffisante, la vague finit par se déformer puis déferler. Les hauts-fonds, les pointes rocheuses, les bancs de sable ou l’entrée d’un port peuvent ainsi concentrer ou modifier l’agitation.
C’est pourquoi une mer relativement régulière au large peut devenir beaucoup plus délicate dans une passe ou à proximité immédiate du rivage.

 

Que faut-il regarder sur une météo marine avant de partir ?

Pour préparer une navigation, aucun indicateur ne doit être lu isolément. Le premier élément à regarder est le vent prévu : sa force, ses rafales, sa direction et surtout son évolution pendant toute la durée de la sortie. Il faut ensuite observer la hauteur de la mer et de la houle, sans oublier leur période et leur direction. Une houle orientée vers la côte ou vers une entrée de port peut avoir beaucoup plus d’impact qu’une houle de même hauteur venant d’une direction moins exposée.
La marée et les courants doivent également être intégrés à l’analyse, notamment lorsqu’ils peuvent se retrouver opposés aux vagues. Enfin, il faut replacer toutes ces informations dans le contexte de la navigation envisagée : type de bateau, expérience de l’équipage, distance à parcourir, orientation du trajet et secteurs particulièrement exposés.
Avant de partir, cinq informations permettent donc d’obtenir une première lecture cohérente de l’état de la mer : le vent et les rafales ; la hauteur des vagues ; la période de la houle ; sa direction ; les courants et la marée.
Aucune ne permet, seule, de dire si la mer sera bonne ou mauvaise. C’est leur combinaison qui permet de comprendre ce que l’on rencontrera réellement sur l’eau.

Une prévision marine ne se résume donc jamais à “1,50 m de vagues”. Deux mers de même hauteur peuvent présenter des visages totalement différents. Apprendre à distinguer houle, mer du vent, période et direction permet de passer d’un simple chiffre à une véritable lecture de l’état de la mer.

 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.