ARA Libertad : l’épopée maritime du trois-mâts barque argentin

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Navire-école de la marine argentine et ambassadeur flottant depuis 1963, l’ARA Libertad est l’un des plus grands trois-mâts barques en activité au monde. De sa construction aux grandes circumnavigations, retour sur l’histoire complète d’un voilier militaire devenu symbole national et référence internationale des grands voiliers.

Navire-école de la marine argentine et ambassadeur flottant depuis 1963, l’ARA Libertad est l’un des plus grands trois-mâts barques en activité au monde. De sa construction aux grandes circumnavigations, retour sur l’histoire complète d’un voilier militaire devenu symbole national et référence internationale des grands voiliers.
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Il suffit de le voir apparaître à l’horizon pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’un navire ordinaire. Trois mâts élancés, une coque blanche aux lignes nettes, un gréement parfaitement ordonné : l’ARA Libertad impose une présence à la fois majestueuse et sobre. Depuis plus de 60 ans, ce trois-mâts barque forme les officiers de l’Armada Argentina et porte les couleurs de l’Argentine sur toutes les mers du globe. Son histoire épouse celle d’un pays tourné vers l’Atlantique, mais aussi celle d’une tradition maritime qui refuse de disparaître.

 

Une décision stratégique dans un monde en mutation

À la fin des années 1950, le monde naval est en pleine transformation. Les marines se modernisent, les bâtiments à propulsion mécanique dominent désormais les flottes, et la navigation électronique progresse rapidement. Pourtant, l’Argentine fait un choix singulier : investir dans un grand voilier-école. L’objectif est double. D’un côté, maintenir une formation exigeante fondée sur la manœuvre à la voile. De l’autre, affirmer une présence diplomatique forte à travers un navire capable de représenter le pays dans les grands ports internationaux. La construction est confiée aux chantiers navals de Río Santiago. Le projet vise un équilibre entre tradition et robustesse moderne. Lorsque le Libertad est lancé en 1962, puis admis au service actif en 1963, il rejoint le cercle restreint des grands voiliers militaires du monde. Avec ses 103 m de long, près de 14 m de large et un déplacement supérieur à 3 700 t, il est conçu pour les longues traversées océaniques. Son gréement de trois-mâts barque, composé de 27 voiles couvrant environ 3 700 m², lui permet d’exploiter pleinement les vents portants de l’Atlantique Sud comme ceux du Pacifique. Son nom, Libertad, incarne une valeur fondatrice de l’histoire argentine. Il donne d’emblée au navire une dimension symbolique qui dépasse la simple fonction militaire.

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La mer comme terrain d’apprentissage

À bord du Libertad, la formation commence dès l’appareillage. Les aspirants officiers embarquent pour des campagnes de plusieurs mois, parfois proches d’une circumnavigation. La vie à bord est rythmée par les quarts, les exercices, les manœuvres de voiles et les cours théoriques. Mais la véritable école se situe sur le pont et dans la mâture. Monter à 40 ou 50 m au-dessus du pont pour carguer une voile n’est pas qu’un exercice technique. C’est une confrontation directe avec le vent, le roulis, l’équilibre. Cette expérience marque durablement les jeunes marins. La navigation astronomique, toujours enseignée, oblige à lever les yeux vers les étoiles. Les calculs de position au sextant rappellent que la précision maritime ne dépend pas uniquement de l’électronique. Cette pédagogie renforce la capacité d’analyse et la compréhension des phénomènes naturels. Le Libertad transmet aussi une culture navale faite de cérémonial, de discipline et de cohésion. À bord, chaque fonction compte. Du commandant au plus jeune aspirant, chacun participe à la bonne marche du navire.

 

Des campagnes autour du monde

Depuis 1963, le Libertad a effectué des dizaines de grandes campagnes internationales. Il a franchi à de multiples reprises le cap Horn, symbole redouté de la navigation australe. Il a traversé l’Atlantique Nord et Sud, sillonné la Méditerranée, longé les côtes africaines et asiatiques, et parcouru le Pacifique. Au fil des décennies, il a visité plus de 60 pays et accosté dans des ports majeurs d’Europe, d’Amérique et d’Asie. Chaque escale est soigneusement préparée. Le navire ouvre ses ponts au public, accueille des délégations officielles et participe à des manifestations culturelles. Dans les rassemblements internationaux de grands voiliers, le Libertad occupe une place de choix. Sa silhouette, reconnaissable entre toutes, attire autant les passionnés de marine traditionnelle que les simples curieux. Il incarne une continuité historique dans un monde maritime dominé par l’acier et l’électronique.

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Performances et reconnaissance maritime

Au-delà de son rôle diplomatique et pédagogique, le Libertad est aussi un voilier performant. Dans les années 1960 et 1970, il établit plusieurs temps remarquables lors de traversées transatlantiques. Sa vitesse moyenne sous voiles surprend pour un bâtiment de cette taille. Sa participation à des régates de grands voiliers confirme ses qualités marines. La précision des manœuvres, la coordination de l’équipage et la rigueur militaire constituent des atouts décisifs. Mais la véritable performance du Libertad réside sans doute dans sa longévité opérationnelle. Peu de voiliers-écoles militaires peuvent se targuer d’une activité aussi régulière sur une période aussi longue.

 

2012 : une crise aux répercussions mondiales

L’épisode survenu en 2012 au Ghana marque un moment fort de l’histoire du navire. Immobilisé à la suite d’un contentieux financier impliquant l’État argentin, le Libertad se retrouve au cœur d’une affaire juridique internationale. La question de l’immunité des navires militaires devient centrale. L’affaire est portée devant le Tribunal international du droit de la mer, qui ordonne la libération du bâtiment. Lorsque le Libertad quitte finalement le port ghanéen, l’événement est suivi avec émotion en Argentine. Le trois-mâts, au-delà de son rôle militaire, apparaît comme un symbole national dont l’intégrité doit être préservée.

 

Entre tradition et modernisation

Maintenir en activité un voilier de plus de 60 ans exige des efforts constants. Le Libertad a fait l’objet de plusieurs refontes techniques : modernisation des systèmes de navigation, amélioration des équipements de sécurité, adaptation aux normes internationales. Les installations intérieures ont été régulièrement mises à jour pour offrir de meilleures conditions de vie aux équipages et aux élèves officiers. Pour autant, l’architecture fondamentale du navire n’a pas été altérée. Le gréement, la structure de la coque et l’allure générale demeurent fidèles à l’esprit d’origine. Cette fidélité contribue à préserver l’identité du Libertad.

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Un lien entre les générations

Chaque campagne crée une nouvelle génération de marins marquée par l’expérience du Libertad. Les anciens officiers évoquent souvent ce passage comme un moment fondateur de leur carrière. Le navire agit comme un trait d’union entre le passé et le présent. Il transmet une mémoire maritime vivante, faite d’histoires de tempêtes, de traversées nocturnes et d’escales lointaines. Dans une époque où la technologie réduit parfois la part d’incertitude en mer, le Libertad rappelle que la navigation reste un art exigeant. Il incarne une vision humaniste de la formation navale, où l’apprentissage passe par l’effort collectif et le respect des éléments.

 

Un ambassadeur toujours en route

Aujourd’hui encore, le Libertad poursuit ses campagnes annuelles. Il continue de représenter l’Argentine lors des grands événements maritimes internationaux et d’assurer la formation des futurs officiers. Lorsque ses voiles se déploient, le spectacle demeure impressionnant. Les vergues alignées, les toiles tendues par le vent, la coque blanche fendant la houle : le trois-mâts barque semble suspendre le temps.
Plus de 60 ans après son entrée en service, l’ARA Libertad n’est ni un vestige ni un musée flottant. Il est un navire pleinement actif, un outil pédagogique moderne sous une enveloppe traditionnelle, et surtout un symbole maritime qui continue d’évoluer avec son époque. Un ambassadeur des mers qui, fidèle à son nom, poursuit inlassablement sa route vers le large.
 

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.