Grande croisière en Méditerranée : les nouvelles routes qui émergent loin des zones saturées

Virginie Lepoutre
Par Virginie Lepoutre

Une croisière en Méditerranée implique souvent un passage par les Baléares, la Corse, la Sardaigne, les Cyclades ou la Croatie du Sud… Seulement voilà, ces hauts lieux cumulent désormais densité estivale, réglementation plus serrée, mouillages sous pression et coûts qui explosent. Alors, où partir ? Quel itinéraire cohérent construire, plus fluide, plus respirable, sans pour autant renoncer à la beauté ni à la sécurité ?

La saturation ne change pas seulement les destinations, elle change la manière de voyager

Dans les régions côtières européennes, le tourisme maritime et littoral continue de progresser fortement, avec plus de 1,4 milliard de nuitées enregistrées en 2023 uniquement dans les zones côtières. Dans le même temps, la Croatie a encore accueilli plus de 21,3 millions de visiteurs en 2024, dont 103,3 millions de nuitées sur la seule façade adriatique. Dit autrement, une immense partie de la pression touristique se concentre sur quelques rubans côtiers déjà très fréquentés. Pour un plaisancier, cela se traduit concrètement par des ports plus tendus, des baies moins disponibles, des escales plus chères et une impression croissante de naviguer dans un décor splendide, mais saturé. Ce phénomène s’accompagne d’un second mouvement, tout aussi structurant : la réglementation environnementale de plus en plus présente ! Aux Baléares, la surveillance du mouillage sur herbiers de posidonie s’est encore intensifiée en 2025, avec plus de 181 000 interventions recensées par le service de vigilance, et les zones de pression les plus fortes restent concentrées sur Ibiza, notamment Talamanca, Porroig et la baie de Sant Antoni. Cette évolution est logique, nécessaire même, mais elle change la philosophie de croisière. On ne peut plus bâtir un programme uniquement sur la beauté d’une côte… 

D’où l’émergence de nouvelles routes. Pas comme des terres vierges, ce serait faux. Mais comme des bassins encore capables d’absorber une croisière mobile, avec des étapes espacées intelligemment, des fenêtres météo lisibles, des services qui progressent, et surtout un rapport plus sain entre navigation, mouillage et escale.

L’Albanie et le Monténégro, la bascule adriatique

La première de ces nouvelles destinations se trouve sur la rive orientale de l’Adriatique. L’Albanie, longtemps regardée de loin par nombre de plaisanciers occidentaux, change clairement de statut. Le pays a enregistré 11,7 millions de visiteurs étrangers en 2024, en hausse de 15,2 % sur 2023, signe d’une accélération touristique qui dépasse désormais la simple curiosité. En parallèle, le développement d’une offre nautique plus structurée est assumé, avec des projets de marinas à Vlora et Durrës, pensés comme des points d’appui pour une montée en gamme du littoral.

Pour la grande croisière, l’intérêt de l’Albanie n’est pas seulement économique. Il tient à une géographie encore sous exploitée à l’échelle méditerranéenne. Entre la baie de Vlora, les abords de Karaburun, puis plus au sud vers Himarë et Sarandë, la côte propose un enchaînement qui permet de refaire de la route, au vrai sens du terme. Pas seulement collectionner des mouillages Instagram, mais construire une progression. On y trouve encore ce sentiment précieux de transition entre bassins, avec une côte qui n’a pas été totalement remodelée par l’industrie touristique lourde.

Le Monténégro joue un rôle différent mais complémentaire. Le pays dispose déjà de ports et marinas identifiés comme portes d’entrée majeures pour la navigation de plaisance, et sa façade, très courte, offre une étonnante densité d’escales entre Bar, Budva, Tivat et surtout les bouches de Kotor. Cette compacité en fait moins une zone d’errance lente qu’un pivot stratégique entre Croatie, Albanie et mer Ionienne. Surtout, la capacité d’accueil continue d’y progresser. À Tivat, l’extension de Porto Montenegro a porté la capacité à plus de 580 places après l’ajout d’environ 150 anneaux en 2025, avec un plan de développement à venir plus large encore. 

La côte occidentale grecque, la grande revanche de l’Ionienne

L’autre grand déplacement des navigateurs en croisière se joue du côté de la Grèce, mais pas là où l’imaginaire collectif le place d’emblée. Bien loin des fabuleuses mais submergées Cyclades. L’Ionienne et plus largement la façade occidentale grecque reprennent de la valeur aux yeux des navigateurs au long cours. La raison est simple : on y retrouve ce mélange rare d’accessibilité, de lisibilité météorologique et de densité d’abris qui permet de naviguer vraiment, sans transformer chaque étape en épreuve logistique.

On trouve 2 portes d’entrée principales pour naviguer dans l’Ionienne, Corfou et Lefkada. La zone est idéale pour construire une croisière progressive, du nord vers les îles ioniennes classiques, puis descendre vers les golfes et le Péloponnèse occidental, sans avoir l’impression d’être enfermé dans un archipel réservé aux touristes. 

Le retour en force du sud de la Turquie

Le cas du sud de la Turquie est un peu différent. Ce n’est pas une route émergente au sens strict, car la côte turque appartient depuis longtemps au grand imaginaire de la croisière. En revanche, elle réémerge très nettement comme alternative crédible aux zones occidentales saturées. D’abord parce que l’État turc fait le maximum pour attirer cette clientèle intéressante. Ensuite parce que les grands points de départ, de Bodrum à Marmaris, Fethiye ou Göcek, sont très bien équipés pour avitailler, réparer, s’équiper ou faire une pause avant de repartir…

Il ne faut pas oublier non plus que la zone est fabuleuse, avec une succession de baies profondes, d’abris nombreux, de mouillages plus découpés qu’en mer Égée centrale, et une relation très particulière entre navigation et rivage. La côte lycienne, par exemple, permet de mêler ruines antiques, villages avec une vraie vie et un accueil toujours très chaleureux.

Alors, où part-on cette saison ?

Si vous connaissez déjà les « spots » les plus célèbres de Méditerranée, n’hésitez pas à tenter de sortir des sentiers battus. Vous ne serez pas seul, bien sûr, mais vous découvrirez une navigation, des habitants et des mouillages plus authentiques. Et c’est bien pour cela que nous naviguons…

Avant de partir, pensez à consulter la météo sur METEO CONSULT Marine.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.