
C’est du jamais vu : le 26 septembre prochain, le président des sauveteurs en mer mettra son mandat en jeu pour avancer sur la question de la gratuité de l’intégralité des secours. Actuellement, les sauvetages des personnes sont gratuits mais les remorquages d’embarcations peuvent être facturés.
Dès son entrée en fonction, le 31 mai dernier, Olivier Lajous avait prévenu qu’il n’était pas là pour faire de la figuration. Il ne souhaite par devenir un « président chrysanthème », selon l’expression qui lui est chère, et n’hésitera donc pas à quitter ses fonctions en cas d’échec sur le vote de confiance. Mais il sait bien que la gratuité de tous les sauvetages, qu’il appelle de ses vœux, ne se fera pas en un jour : son passé dans les ressources humaines - Olivier Lajous a été nommé DRH de l’année en 2012 – lui a appris l’importance de dialoguer pour trouver une position commune. Pour cela, le nouveau président des sauveteurs en mer aurait préféré garder cette décision en interne. Il faut dire que le débat qui occupe les esprits depuis plusieurs années pourrait devenir houleux. Les 221 stations gèrent leur budget de façon autonome et si le remorquage pèse parfois moins de 10%, il peut représenter plus de 50% du budget des stations. Le droit international stipule que seul le sauvetage des personnes est gratuit et la SNSM a la possibilité de facturer le remorquage des embarcations lorsqu'il ne s'agit pas d'une mission de sauvetage de la vie humaine. Le défraiement, qui comprend le carburant et l'entretien de la vedette des sauveteurs, est facturé 150 euros pour le remorquage d’un bateau de moins de 12 mètres et 500 euros pour un bateau de plus de 25 mètres.
Un nouveau modèle économique et juridique
Mais les vœux de discrétion d’Olivier Lajous n’ont pas tenu longtemps sur les pontons du littoral. Cette semaine, un courrier interne daté du 21 août a fuité dans la presse chez nos confrères de Mer et Marine et du Télégramme. L'amiral Olivier Lajous y estime que l'association "aurait tout intérêt à pratiquer gratuitement les remorquages" qu'elle réalise le long des côtes françaises. "Je considère en effet que, dès lors que nous acceptons d'être rémunérés pour des actions liées à notre mission, nous en détournons le sens et nous nous mettons en situation de concurrence avec les quelques sociétés développant ces savoir-faire", explique le premier des bénévoles. En France, la majorité des remorquages sont réalisés par les plaisanciers ou professionnels de la mer qui passent à proximité du bateau en difficulté, dans le cadre de la solidarité des gens de mer. Lorsque les secours (Cross) n’observent aucun navire à proximité, ils lancent un appel au remorquage pour les opérateurs privés, encore peu nombreux sur le littoral, ou pour la SNSM et ses bénévoles disponibles 24 heures sur 24 et opérationnels en 15 minutes. La SNSM compte 1.800 remorquages environ par an pour un total de 1,3 million d'euros. Mais le remorquage entre dans le domaine concurrentiel, ce qui a amené la SNSM devant les tribunaux à plusieurs reprises. Les organismes privés dénoncent la concurrence déloyale de l'association, qui n'a aucune charge salariale, mais jusqu’à présent, la justice a toujours statué en faveur des sauveteurs en mer. L’État a également fait part de ses préoccupations devant la part de plus en plus importante du remorquage dans le budget de la SNSM. En effet, l’association à but non lucratif reconnue d’utilité publique reçoit, en tant que telle, une subvention. Le président des sauveteurs en mer souhaite donc demander à son conseil d’administration de réfléchir à un modèle économique et juridique solide pour préserver les missions des Saint-Bernard de la mer.
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