Diesel en fin de vie : faut-il passer à l’électrique pour sauver son voilier et son budget ?

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Par Mark Bernie

Quand un moteur diesel approche de la fin de sa vie, la question n’est plus seulement technique. De plus en plus de plaisanciers s’interrogent sur l’opportunité de basculer vers l’électrique plutôt que de remotoriser à l’identique. Coût réel, rentabilité à long terme, usage en croisière, impact environnemental et accès à certaines zones réglementées : le rétrofit électrique ne se résume ni à une mode ni à un simple geste écologique. À condition de bien comprendre ce qu’il implique.

Quand un moteur diesel approche de la fin de sa vie, la question n’est plus seulement technique. De plus en plus de plaisanciers s’interrogent sur l’opportunité de basculer vers l’électrique plutôt que de remotoriser à l’identique. Coût réel, rentabilité à long terme, usage en croisière, impact environnemental et accès à certaines zones réglementées : le rétrofit électrique ne se résume ni à une mode ni à un simple geste écologique. À condition de bien comprendre ce qu’il implique.

Le déclic n’est pas idéologique, il est souvent mécanique

Dans la grande majorité des cas, l’idée du rétrofit électrique ne naît pas d’un militantisme écologique mais d’un constat très concret. Un moteur qui démarre mal, des pannes récurrentes, une fumée persistante ou des pièces devenues difficiles à trouver transforment rapidement le diesel vieillissant en source de stress. Sur un voilier de 30 ou 40 ans, la remotorisation devient alors un sujet incontournable, et parfois urgent.

C’est précisément à ce moment que l’électrique entre dans la réflexion. Non pas comme un luxe, mais comme une alternative à une remotorisation thermique dont le coût global dépasse souvent les attentes initiales. Entre le moteur lui-même, l’inverseur, l’alignement, les adaptations et les imprévus de chantier, la facture grimpe vite. L’électrique ne vient donc pas forcément s’ajouter à une situation confortable, il se compare à un investissement déjà conséquent.

Des coûts très variables, dictés par l’autonomie recherchée

Parler du prix d’un rétrofit électrique sans préciser l’usage n’a guère de sens. Tout dépend de ce que l’on attend réellement du moteur. Sur un voilier, l’électrique peut remplir deux rôles très différents.

Dans une configuration d’auxiliaire pur, le moteur sert essentiellement aux manœuvres, aux entrées et sorties de port, et à sécuriser les phases de navigation sans vent. Dans ce cas, la puissance reste modérée et l’autonomie moteur limitée. Le budget est alors contenu, parfois comparable à celui d’un diesel neuf correctement installé.

À l’inverse, vouloir conserver des heures d’autonomie équivalentes à un moteur thermique change complètement l’équation. La batterie devient le cœur du système, avec un impact direct sur le coût, le poids et l’encombrement. Plus on cherche à "motoriser" le bateau, plus l’électrique devient onéreux et complexe. Beaucoup de déceptions viennent d’un malentendu initial sur ce point.

Les propriétaires qui ont franchi le pas le répètent souvent : l’électrique impose une autre façon de naviguer. Il valorise la voile, incite à anticiper davantage et redonne au moteur son rôle d’appoint, plutôt que de solution principale.

Rentabilité : une question de comparaison, pas d’économies de carburant

La tentation est grande de vouloir justifier un rétrofit électrique par les économies de gazole. Dans la réalité, cet argument tient rarement. Sur un voilier utilisé majoritairement... à la voile, la consommation annuelle de carburant reste souvent modeste. Les économies réalisées ne suffisent pas à amortir seules un investissement de plusieurs milliers d’euros.

La rentabilité doit être analysée autrement. La bonne comparaison n’est pas entre un moteur existant qui fonctionne encore et un système électrique neuf, mais entre deux investissements lourds au moment où le diesel doit de toute façon être remplacé. Dans ce contexte, l’électrique peut représenter un surcoût raisonnable, voire parfois une alternative crédible, surtout si l’on intègre les coûts d’entretien réduits et la simplicité mécanique à long terme.

Il faut aussi tenir compte de la valeur d’usage. Silence, absence de vibrations, suppression des odeurs et disponibilité immédiate du moteur transforment l’expérience à bord, notamment en croisière côtière. Ces éléments sont difficiles à chiffrer, mais ils pèsent fortement dans la satisfaction quotidienne du propriétaire.

Un impact environnemental réel, à condition d’être cohérent

L’électrification d’un voilier n’est pas automatiquement vertueuse. Son intérêt environnemental dépend largement du dimensionnement du système et de l’usage réel du bateau. La fabrication des batteries représente un impact non négligeable, qui ne se compense qu’avec le temps et les heures de navigation.

En revanche, prolonger la vie d’un voilier existant plutôt que de le remplacer constitue déjà un bénéfice environnemental important. Dans cette logique, le rétrofit électrique prend tout son sens lorsqu’il s’inscrit dans un projet de navigation durable, avec une autonomie raisonnable et un bateau utilisé régulièrement.

Il ne faut pas non plus négliger les bénéfices locaux. Un moteur électrique supprime les émissions directes au port, réduit le bruit et limite les risques de pollution liés au carburant. À l’échelle d’un bassin de navigation, ces effets sont loin d’être anecdotiques.

Accès aux zones réglementées : un avantage souvent sous-estimé

C’est un point encore peu mis en avant, mais de plus en plus concret. Sur certains plans d’eau intérieurs et dans des zones à forte sensibilité environnementale, la navigation à moteur thermique est déjà restreinte, voire interdite. L’électrique devient alors non seulement acceptable, mais parfois indispensable.

Même en mer, la tendance est claire. Les collectivités cherchent à limiter les nuisances sonores et les émissions dans des espaces fragiles ou très fréquentés. Disposer d’une propulsion électrique peut faciliter l’accès à certaines zones, aujourd’hui ou demain, sans modifier profondément les habitudes de navigation.

Enfin, les propriétaires de bateaux électriques sont prioritaires sur les listes d’attente dans les ports français... Un vrai argument, notamment en Méditerranée !

Un choix de programme, plus qu’un choix technologique

Transformer un vieux voilier en électrique n’est ni une solution miracle ni une erreur systématique. C’est un choix de programme. L’électrique convient parfaitement à des navigateurs qui privilégient la voile, acceptent de repenser leur rapport au moteur et souhaitent fiabiliser leur bateau sur le long terme. Il devient beaucoup moins pertinent si l’on attend de lui les mêmes usages qu’un diesel puissant et endurant.

La clé réside dans la cohérence entre le projet de navigation, le budget et les attentes réelles. Bien pensé, le rétrofit électrique peut redonner une seconde vie à un voilier ancien, améliorer le confort à bord et anticiper les évolutions réglementaires à venir. Mal dimensionné, il risque en revanche de générer frustrations et surcoûts.

Comme souvent en plaisance, la meilleure décision n’est pas dictée par la technologie, mais par une compréhension lucide de son propre usage... et par une bonne lecture de la météo avant de larguer les amarres.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.