Course, records, plaisance : comment les foils de demain vont redessiner la navigation ?

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Par Mark Bernie

Longtemps perçus comme de simples appendices dédiés à la vitesse pure, les foils sont en train de changer de nature. Dans les années à venir, leur évolution ne se jouera plus seulement sur quelques nœuds gagnés, mais sur la maîtrise du vol, la fiabilité dans la mer formée, la réduction des contraintes structurelles et la capacité à industrialiser des solutions complexes. Des bateaux de course aux projets de série, ces ruptures technologiques pourraient transformer en profondeur la manière de naviguer, bien au-delà du seul monde des records.

Longtemps perçus comme de simples appendices dédiés à la vitesse pure, les foils sont en train de changer de nature. Dans les années à venir, leur évolution ne se jouera plus seulement sur quelques nœuds gagnés, mais sur la maîtrise du vol, la fiabilité dans la mer formée, la réduction des contraintes structurelles et la capacité à industrialiser des solutions complexes. Des bateaux de course aux projets de série, ces ruptures technologiques pourraient transformer en profondeur la manière de naviguer, bien au-delà du seul monde des records.
© Ian Roman / America's Cup

Les foils de demain, ou la course à l’invisible

Tous les acteurs – architectes, coureurs au large, ingénieurs…- sont formels. Si l’on devait résumer la prochaine décennie du foil en une phrase, ce serait celle-ci : la grande rupture ne viendra sûrement pas d’un dessin spectaculaire et totalement novateur, mais de tout ce qui rend un foil exploitable plus longtemps, dans davantage de conditions, avec moins de risques et à un coût acceptable. D’ici 2035, le foil va moins chercher à impressionner qu’à devenir plus intelligent, plus endurant et plus industrialisable. La performance pure restera centrale en course, mais la vraie bataille se joue désormais dans l’invisible : le contrôle en temps réel, la stabilité dans la mer formée, la maîtrise des phénomènes de cavitation et de ventilation, ainsi que les procédés de fabrication capables de produire des appendices fiables sans budgets… démesurés !

Ce basculement est déjà lisible dans la manière dont les grandes classes de course orientent leurs choix techniques. En Coupe de l’America, les dernières générations d’AC75 ont montré que les écarts de performance provenaient avant tout des foils et des systèmes associés, bien plus que des carènes. Le fait de réutiliser des coques tout en concentrant l’innovation sur les appendices traduit un changement profond : le foil n’est plus un simple accessoire, mais le cœur de la performance. Même la finition de surface et certains traitements sont désormais encadrés, preuve que la « peau » du foil est devenue un paramètre de vitesse à part entière.

Le décor est posé. Reste à comprendre quelles ruptures technologiques peuvent, concrètement, dessiner les bateaux de course dans les années à venir, faire tomber des records, puis, éventuellement, se diffuser vers les bateaux de série.

Le véritable saut technologique se joue dans le pilotage du foil

Le foil agit comme un amplificateur. Il amplifie la vitesse, mais aussi l’instabilité. Plus la portance et les vitesses augmentent, plus la frontière entre un vol maîtrisé et une perte de contrôle devient étroite. On peut donc facilement imaginer que, dans les prochaines années, la rupture la plus structurante ne viendra pas d’une courbure supplémentaire ou d’un profil inédit, mais de la capacité à contrôler l’assiette et la hauteur de vol avec une finesse quasi industrielle.

Les foilers modernes illustrent déjà cette évolution. Sur les bateaux de la Coupe de l’America, le vol repose sur un équilibre dynamique permanent, avec un foil sous le vent porteur et l’autre relevé pour contribuer au moment de redressement. Ce type d’architecture impose une précision extrême dans la gestion des efforts et des transitions. Le foil n’est plus piloté seul, il fait partie d’un système.

La course au large suit la même trajectoire. En IMOCA, la performance ne se gagne plus uniquement par la puissance ou la surface de foil, mais par la capacité à tenir des vitesses élevées dans la durée, sans dégrader la structure ni épuiser le skipper. La stabilité du vol et la réduction des chocs deviennent des facteurs de performance à part entière. Le futur du foil passe donc par davantage de capteurs, des modèles embarqués plus précis et des lois de contrôle capables de lisser la violence de la mer réelle.

Cette révolution du contrôle est aussi celle qui pourrait, à terme, le plus facilement se diffuser vers la plaisance. Non pas sous la forme d’un vol autonome, mais via des aides à la stabilité, des systèmes d’alerte sur les charges, ou une surveillance structurelle plus fine. À condition, toutefois, que ces systèmes restent compréhensibles, réparables et fiables dans un contexte de croisière.

Dompter la cavitation plutôt que la subir

À grande vitesse, la limite du foil n’est plus seulement la traînée classique. Elle se situe dans des phénomènes complexes comme la cavitation, la ventilation, les pertes brutales de portance ou les vibrations. Ces effets peuvent décider du succès d’un record comme provoquer une avarie majeure.

La recherche hydrodynamique s’est fortement concentrée sur ces sujets ces dernières années. L’objectif n’est plus d’éliminer totalement la cavitation, ce qui est illusoire, mais de la rendre plus prévisible et moins destructrice. Certains travaux montrent comment de très légers dispositifs de contrôle de l’écoulement peuvent stabiliser ces phénomènes et améliorer le rendement global. D’autres explorent des solutions d’injection d’air ou de micro géométrie pour réduire le bruit et les vibrations associées.

On s’éloigne ainsi de l’idée d’un foil parfaitement lisse et figé, conçu pour des conditions idéales, pour aller vers un foil capable de rester performant quand les conditions se dégradent : mer formée, variations rapides d’incidence, passages répétés en surface. Pour la course au large, c’est un enjeu majeur. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en l’espace de quelques années, l’introduction des foils a permis d’atteindre des vitesses élevées avec beaucoup moins de vent qu’auparavant. Le prochain palier ne consistera pas à aller encore plus vite en pointe, mais à maintenir ces vitesses plus souvent et plus longtemps.

Matériaux et procédés, la clé d’une diffusion possible

En course, les foils restent des pièces extrêmes, coûteuses et complexes. La rupture attendue dans les années à venir concerne autant les procédés que les matériaux eux-mêmes. L’enjeu est d’améliorer la répétabilité, de réduire les rebuts et d’obtenir une qualité constante sur des pièces très sollicitées.

Les composites thermoplastiques attirent de plus en plus l’attention. Ils ouvrent la voie à des modes d’assemblage différents, à une meilleure réparabilité et, surtout, à des perspectives de recyclabilité plus crédibles que les composites thermodurcissables traditionnels. Certains prototypes de foils réalisés avec ces matériaux sont déjà testés en course, avec l’idée de concilier performance, robustesse et impact environnemental réduit.

Pour la plaisance, cette évolution est déterminante. Un foil de série devra être réparable, inspectable et durable. La promesse n’est pas celle d’une technologie radicale, mais celle d’un produit industriel mieux maîtrisé, plus homogène et plus compatible avec une utilisation sur le long terme.

Le foil de demain, un élément d’architecture plus qu’un appendice

L’un des changements les plus profonds est sans doute conceptuel. Le design des bateaux de demain ne consistera plus à dessiner un foil pour un bateau, mais à concevoir un bateau autour d’un ensemble cohérent : foil, structure, contrôle et gestion des charges. Les chemins d’effort, les zones renforcées et la surveillance structurelle deviennent des éléments centraux du projet.

Cette approche permet aussi de contenir l’escalade des coûts en standardisant certaines interfaces et en limitant les développements purement spectaculaires. Même au plus haut niveau, l’innovation tend à se concentrer là où elle apporte un gain réel et mesurable, plutôt que dans des solutions extrêmes difficilement exploitables.

Records et plaisance, deux mondes qui convergent sans se confondre

Les records de demain ne tomberont pas seulement grâce à des pointes de vitesse plus élevées, mais grâce à des moyennes supérieures, obtenues par une meilleure maîtrise du vol et une réduction des phases de dégradation. En course au large, chaque sortie de vol évitée, chaque choc amorti, se traduit en milles gagnés.

Pour la plaisance, la diffusion se fera autrement. Le foil ne s’imposera pas par quelques nœuds supplémentaires, mais par la promesse d’une navigation plus stable, plus douce et plus prévisible et… moins énergivore. Tant que le foil sera perçu comme un multiplicateur de contraintes, il restera un marché de niche. S’il devient un outil de confort de route et d’économie d’énergie en vitesse de croisière, alors la bascule deviendra crédible.

Les foils de demain ne seront donc pas seulement plus rapides. Ils seront plus intelligents, plus maîtrisés et mieux intégrés. Une révolution discrète, moins spectaculaire, mais probablement bien plus déterminante pour l’avenir de la navigation.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.