Pourquoi la meilleure ancre dépend elle d’abord de votre bateau et de votre bassin de navigation ?

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Par Le Figaro Nautisme

Au mouillage, tout se joue quand la météo se dégrade ou que le vent bascule. L’ancre, souvent considérée comme un simple accessoire lourd à l’étrave, devient alors un élément de sécurité majeur. Pourtant, beaucoup de plaisanciers naviguent encore avec une ancre mal adaptée à leur bateau ou à leur bassin de navigation. En 2026, entre l’évolution des formes d’ancres, la diversité des carènes et la meilleure compréhension des fonds marins, choisir son ancre demande une réflexion plus fine qu’un simple tableau de correspondance. Voici une méthode claire, éprouvée et réaliste pour faire le bon choix.

Au mouillage, tout se joue quand la météo se dégrade ou que le vent bascule. L’ancre, souvent considérée comme un simple accessoire lourd à l’étrave, devient alors un élément de sécurité majeur. Pourtant, beaucoup de plaisanciers naviguent encore avec une ancre mal adaptée à leur bateau ou à leur bassin de navigation. En 2026, entre l’évolution des formes d’ancres, la diversité des carènes et la meilleure compréhension des fonds marins, choisir son ancre demande une réflexion plus fine qu’un simple tableau de correspondance. Voici une méthode claire, éprouvée et réaliste pour faire le bon choix.

Une ancre ne tient pas par hasard, elle tient parce qu’elle travaille correctement

Une ancre efficace ne « colle » pas au fond, elle s’y enfonce et y travaille sous un angle précis. Cette notion d’angle de traction est centrale et pourtant encore mal comprise. Une ancre donne le meilleur d’elle-même lorsque l’effort exercé par le bateau reste le plus horizontal possible. Dès que la traction se verticalise, la capacité de tenue chute brutalement, quelle que soit la qualité du modèle.

C’est souvent lors d’un changement de vent ou d’une houle croisée que les problèmes apparaissent. Une ancre peut parfaitement tenir pendant plusieurs heures, puis décrocher lorsqu’elle doit se réorienter et se réenfouir. Des essais réalisés en conditions réelles, avec observation sous l’eau, ont montré que certaines ancres retrouvent rapidement une position de travail efficace, tandis que d’autres labourent le fond avant de se stabiliser, voire n’y parviennent pas.

Il est donc indispensable d’insister sur la capacité des ancres à se réarmer après un retournement de charge. Ce critère, longtemps secondaire dans les discours commerciaux, est pourtant central dans le choix d’une ancre moderne.

Chaîne, longueur et élasticité : le système compte autant que l’ancre

Une ancre ne travaille jamais seule. La chaîne, et plus largement la ligne de mouillage, conditionne son efficacité. Une chaîne suffisamment longue et lourde permet de maintenir une traction basse, même lorsque le vent monte. Elle joue également un rôle d’amortisseur en décrivant une courbe sur le fond, ce qui limite les à-coups transmis à l’ancre.

Les travaux récents menés sur les ancrages, y compris dans le domaine offshore, confirment ce que les plaisanciers observent empiriquement depuis longtemps : à ancre égale, la tenue peut varier fortement selon la longueur de chaîne filée et la capacité de la ligne à absorber les variations de charge. Cela explique pourquoi deux bateaux équipés de la même ancre peuvent vivre des expériences radicalement différentes sur un même mouillage.

Un autre point souvent négligé concerne la compatibilité entre la chaîne et le guindeau. Une chaîne mal calibrée ou non conforme au standard prévu peut entraîner des sauts, des blocages ou une usure prématurée, avec des conséquences directes sur la sécurité et le confort d’utilisation.

Comprendre les grandes familles d’ancres pour mieux choisir

Les ancres dites « charrue » ont longtemps dominé la plaisance. Elles offrent une bonne polyvalence et une mise en œuvre simple, mais leurs performances varient fortement selon les générations et les fonds. Certaines peinent à mordre rapidement dans des fonds durs ou recouverts d’herbiers.

Les ancres à pelle concave, souvent qualifiées de nouvelle génération, se sont imposées ces dernières années grâce à leur capacité à s’enfouir rapidement et profondément. Leur géométrie favorise une entrée franche dans le fond et une excellente tenue à masse équivalente, à condition que la ligne de mouillage permette un angle de traction favorable.

Les ancres à pelles plates, de type Danforth et dérivées, restent redoutablement efficaces dans le sable et certaines vases. Leur rapport poids tenue est remarquable, mais elles montrent leurs limites dans les fonds herbeux ou lorsqu’elles doivent se réarmer après un changement de direction brutal.

Enfin, certaines ancres dites polyvalentes cherchent à offrir un compromis acceptable dans des conditions variées. Elles ne sont pas toujours les meilleures dans un fond spécifique, mais peuvent constituer un choix cohérent pour un programme de navigation étendu, à condition d’en accepter les limites.

Le bateau avant tout : longueur, déplacement et fardage

Deux bateaux de même longueur peuvent exercer des efforts très différents au mouillage. Le déplacement réel en charge, le fardage, la hauteur de franc-bord ou encore la présence d’un roof volumineux influencent directement la traction sur l’ancre.

Un multicoque, par exemple, présente souvent un fardage important et une inertie différente de celle d’un monocoque. Cela se traduit par des efforts plus constants et parfois plus élevés sur la ligne de mouillage. C’est la raison pour laquelle de nombreux professionnels recommandent de surdimensionner légèrement l’ancre sur ce type de bateau, non par excès de prudence, mais pour rester cohérent avec les contraintes réelles.

Le système d’étrave entre également en ligne de compte. Une ancre très performante sur le fond peut devenir pénalisante si elle se loge mal sur le davier, cogne l’étrave ou complique les manœuvres. Une ancre qu’on oublie en navigation, facile à utiliser et une ancre que l’on utilisera sans hésiter, vous offrant des mouillages magnifiques et sécurisants, même pour quelques minutes seulement !

C’est le bassin de navigation qui dicte la forme, pas le service marketing du fabriquant…

C’est souvent ici que se font les erreurs les plus coûteuses. Un plaisancier qui mouille majoritairement sur sable peut croire que son équipement est universel, jusqu’au jour où il se retrouve sur un fond herbeux ou vaseux et découvre les limites de son matériel.

En Méditerranée, la présence d’herbiers impose une réflexion particulière. Certaines ancres peinent à traverser la couche végétale et n’atteignent jamais un horizon de tenue satisfaisant. À cela s’ajoute une dimension environnementale de plus en plus documentée, qui invite à choisir soigneusement ses zones de mouillage et à éviter les fonds sensibles.

Sur la façade atlantique et dans de nombreuses zones insulaires, le sable domine mais la houle résiduelle met le mouillage en dynamique. La capacité de l’ancre à rester enfouie malgré les variations de charge devient alors déterminante, tout comme l’élasticité de la ligne lorsque celle-ci comporte du bout textile.

Dans les régions à fonds mixtes ou rocheux, aucune ancre ne peut tout faire. L’expérience montre que disposer d’une ancre principale polyvalente, complétée par une seconde ancre plus spécialisée, constitue souvent une approche plus réaliste qu’un modèle prétendument universel.

Les erreurs classiques qui donnent une mauvaise réputation à une bonne ancre

La première erreur consiste à croire que le poids fait tout. Les essais comparatifs ont montré que des ancres modernes, bien dessinées, peuvent développer une tenue très supérieure à des modèles plus lourds mais moins efficaces, à condition que la mise en œuvre soit correcte.

La seconde concerne la longueur de chaîne. Un mouillage trop court expose l’ancre à une traction défavorable, surtout par vent fort ou en grande profondeur. Dans ce cas, ce n’est pas l’ancre qui est en cause, mais l’ensemble du système.

Enfin, beaucoup de déceptions viennent d’un décalage entre le programme de navigation réel et le choix initial. Une ancre adaptée à un bassin spécifique peut devenir source de stress dès que l’on change de zone, sans que cela remette en cause sa qualité intrinsèque.

Une méthode simple pour faire un choix cohérent

La première étape consiste à identifier le fond le plus fréquent et celui qui pose le plus de questions là où l’on navigue. C’est souvent ce second fond qui doit guider le choix.

La seconde est d’évaluer honnêtement les efforts que le bateau impose au mouillage, en tenant compte de sa charge réelle et de son fardage, et non uniquement de sa longueur sur le papier.

La troisième est de vérifier la compatibilité avec l’étrave, le davier et le guindeau. Une ancre performante mais contraignante à l’usage finit rarement par être bien utilisée.

Ce que la plaisance retient des études récentes sur l’ancrage

Les travaux menés ces dernières années sur l’ancrage confirment une réalité simple : la performance dépend autant de la géométrie de l’ancre que de la manière dont elle est sollicitée. La chaîne, l’angle de traction et la capacité d’absorption des chocs jouent un rôle déterminant, y compris à l’échelle de la plaisance.

Ils rappellent également que l’ancrage n’est pas neutre pour les fonds marins, en particulier lorsque les zones de mouillage se densifient. Choisir une ancre adaptée ne dispense jamais de choisir un bon emplacement et de rester attentif à l’environnement.

Choisir son ancre, ce n’est pas chercher un modèle miracle, mais construire un ensemble cohérent entre le bateau, le fond et la manière de mouiller. Aujourd’hui, les plaisanciers disposent d’outils, de retours d’expérience et de données techniques bien plus fiables qu’autrefois. En les croisant avec une réflexion honnête sur son programme de navigation, il devient possible de transformer le mouillage en un moment de confiance plutôt qu’en source d’inquiétude. Une bonne ancre, bien choisie et bien utilisée, ne fait pas de bruit, mais elle change profondément la façon de naviguer.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.