Antifouling et carénage : pourquoi et comment la plaisance doit changer ses habitudes ?

Equipements
Par Mark Bernie

Pendant des décennies, l’antifouling a été un passage obligé pour tous les plaisanciers. Aujourd’hui, la pression environnementale, l’évolution des règlements et les progrès techniques obligent à revoir cette routine bien ancrée. Revêtements sans biocide, entretien plus régulier, aire de carénage repensé : une nouvelle manière de prendre soin de sa coque s’installe, plus discrète, mais aussi plus durable.

Pendant des décennies, l’antifouling a été un passage obligé pour tous les plaisanciers. Aujourd’hui, la pression environnementale, l’évolution des règlements et les progrès techniques obligent à revoir cette routine bien ancrée. Revêtements sans biocide, entretien plus régulier, aire de carénage repensé : une nouvelle manière de prendre soin de sa coque s’installe, plus discrète, mais aussi plus durable.

Dans de nombreux ports, la scène se répète chaque année. À l’approche du printemps, les aires de carénage se remplissent, les coques reçoivent une nouvelle couche d’antifouling, et la mer récupère, par petites touches mais de façon continue, les résidus issus des peintures et du ponçage. Pendant longtemps, cette routine n’a guère été remise en question. Elle fonctionnait, elle était connue, et elle rassurait. Aujourd’hui, elle se heurte à deux réalités impossibles à ignorer : la pression environnementale locale, très forte dans les bassins peu renouvelés, et une évolution réglementaire et technique qui déplace profondément le débat. Il ne s’agit plus seulement de choisir une peinture, mais de repenser la manière dont un bateau est entretenu.

L’angle change parce que les données scientifiques sont désormais difficiles à contourner. Les études menées dans plusieurs marinas européennes montrent des accumulations de cuivre et de zinc dans les sédiments atteignant des niveaux très supérieurs aux concentrations naturelles, directement liées à l’activité de carénage et à l’usage répété des antifoulings classiques. Le problème n’est pas un bateau isolé, mais l’addition de centaines de coques traitées chaque année dans un même plan d’eau. C’est ce cumul qui pousse aujourd’hui les gestionnaires de ports à encadrer plus strictement les pratiques, et à encourager des solutions qui reposent moins sur la chimie active et davantage sur une approche globale de l’entretien.

Ce changement de perspective est déjà visible sur le terrain. Dans certains ports, la logique n’est plus de proscrire brutalement l’antifouling, mais de favoriser des systèmes moins émissifs, associés à un suivi plus régulier de la carène et à des méthodes de nettoyage douces, précisément encadrées. L’objectif est clair : limiter l’accumulation de contaminants dans les sédiments sans accepter pour autant une dégradation des performances des bateaux.

Sortir du tout biocide pour raisonner en surface et en usage

Pendant des décennies, l’antifouling a reposé sur une promesse simple : empêcher le développement des organismes marins par la libération progressive de substances actives. Cette approche a une efficacité réelle, mais elle présente un défaut structurel majeur. Les biocides sont relargués en permanence, y compris lorsque le bateau reste à quai, dans des zones où le renouvellement de l’eau est faible.

Les solutions émergentes proposent une rupture nette avec cette logique. Les revêtements dits « sans biocide » ou à impact très réduit ne cherchent plus à tuer le vivant, mais à rendre l’adhérence plus difficile. Leur efficacité repose moins sur la chimie que sur les caractéristiques de surface et sur l’usage réel du bateau. Une coque lisse, régulièrement mise en mouvement, associée à des nettoyages légers et fréquents, peut rester propre sans recourir à des relargages massifs de substances toxiques.

Les essais comparatifs menés dans plusieurs pays d’Europe du Nord ont montré que certains revêtements à base de matériaux souples ou très peu poreux pouvaient rivaliser avec des antifoulings traditionnels sur une saison complète, à condition que le bateau ne reste pas immobile trop longtemps. Ces résultats ne signifient pas que ces solutions conviennent à tous les programmes, mais ils prouvent qu’une alternative crédible existe, dès lors que l’on accepte d’adapter ses habitudes.

Pour le plaisancier, le changement est surtout organisationnel. Ces revêtements demandent moins de matière appliquée sur la durée, mais ils imposent une surveillance régulière et une intervention précoce dès les premiers signes d’encrassement. On ne mise plus tout sur une couche annuelle, mais sur une relation continue avec la carène.

Le carénage aussi se transforme

L’évolution ne concerne pas uniquement la peinture. Les pratiques de carénage sont elles aussi en pleine mutation. Le ponçage intensif, générateur de poussières chargées en produits toxiques, tend à être remplacé par des méthodes plus douces, associées à des dispositifs de récupération et de filtration des effluents. Le nettoyage en eau, longtemps pratiqué de manière informelle, est désormais au cœur des débats.

Les autorités maritimes internationales ont clarifié le cadre : nettoyer une coque sous l’eau n’est pas anodin. Selon le type de revêtement et le niveau d’encrassement, cette opération peut remettre en suspension des biocides, des microparticules, des pigments ou des organismes arrachés à la surface. La tendance est donc à l’encadrement strict de ces pratiques, avec des systèmes de captation des déchets et une compatibilité clairement définie entre méthode de nettoyage et type de revêtement.

Pour les ports et les chantiers, cela se traduit par des règles plus précises, des zones dédiées, et une exigence accrue de traçabilité. Pour les plaisanciers, cela signifie que certaines pratiques autrefois tolérées deviennent exceptionnelles, tandis que d’autres, plus propres mais plus organisées, s’installent durablement.

Passer d’un geste annuel à une stratégie d’entretien

La vraie rupture n’est peut-être ni technique ni réglementaire, mais culturelle. Le modèle historique de l’antifouling repose sur une dépense concentrée et un geste unique, répété chaque année. Les nouveaux usages proposent l’inverse : investir différemment et répartir l’entretien dans le temps.

Contrairement aux idées reçues, cette approche n’implique pas forcément plus de travail, mais un travail différent. Un antifouling classique impose des opérations lourdes, abrasives et polluantes. Un revêtement plus durable limite ces phases, mais demande une attention régulière et des interventions légères, réalisées au bon moment.

Dans cette logique, la météo devient un véritable outil de décision. La vitesse d’encrassement dépend fortement de la température de l’eau, de l’ensoleillement, de la durée d’immobilisation et des cycles biologiques locaux. Savoir anticiper les périodes à risque, choisir les fenêtres les plus favorables pour une sortie ou un nettoyage doux, devient un levier essentiel. C’est précisément là que les informations fournies par METEO CONSULT Marine prennent tout leur sens, non pas pour prédire l’encrassement, mais pour aider à planifier un entretien plus efficace et moins agressif.

Une transition portée par la performance

Même en dehors des considérations environnementales, l’état de la carène reste un enjeu central pour les performances. Une coque encrassée augmente la traînée, pénalise la vitesse et accroît la consommation. Dans le transport maritime, ce lien est largement documenté. En plaisance, il est vécu au quotidien, dès que le bateau perd de sa vivacité ou consomme davantage au moteur.

C’est sans doute ce levier qui accélérera le plus la transition. Les solutions qui permettent de maintenir une coque lisse tout en réduisant les rejets trouvent naturellement leur place, parce qu’elles répondent à un intérêt immédiat du navigateur.

Et concrètement ?

Les revêtements sans biocide à effet de surface

Ce sont les solutions qui s’inscrivent le plus clairement dans la logique défendue par nombre de plaisanciers qui recherchent une solution qui fonctionne et qui est plus durable. Leur principe n’est pas d’empoisonner le milieu, mais de rendre l’adhérence des organismes marins difficile. La surface est très lisse, parfois légèrement souple, ce qui empêche les algues et coquillages de s’ancrer durablement. L’efficacité repose alors sur l’usage réel du bateau. Une coque régulièrement mise en mouvement, même à vitesse modérée, limite fortement l’encrassement. Le nettoyage, lorsqu’il est nécessaire, se fait par simple essuyage ou brossage doux, sans abrasion ni relargage chimique significatif.

D’un point de vue environnemental, ces revêtements sont aujourd’hui les plus vertueux car ils ne libèrent ni cuivre, ni zinc, ni substances biocides persistantes. Leur principal point de vigilance reste l’adaptation au programme de navigation. Un bateau immobilisé de longs mois sans entretien perdra en efficacité.

Les antifoulings à matrice dure à très faible teneur en biocide

Ces produits représentent une solution intermédiaire, souvent choisie lors d’une transition progressive. Ils utilisent encore des substances actives, mais à des concentrations fortement réduites, et avec des matrices qui limitent le relargage incontrôlé. Contrairement aux antifoulings érodables classiques, ils ne se dissolvent pas en continu dans l’eau. La libération est plus lente, plus maîtrisée, et principalement liée au frottement de l’eau lorsque le bateau navigue.

Sur le plan environnemental, l’impact reste réel mais nettement inférieur aux antifoulings traditionnels fortement chargés en cuivre. Leur intérêt réside aussi dans leur compatibilité avec des nettoyages doux et encadrés, sans ponçage systématique chaque année.

Les revêtements à base de résines minérales ou organiques non toxiques

Moins connus du grand public, ces revêtements reposent sur des formulations minérales ou organiques qui ne contiennent ni métaux lourds ni biocides. Leur efficacité est plus variable selon les zones de navigation, la température de l’eau et la durée d’immobilisation, mais ils répondent parfaitement aux attentes lorsqu’ils sont intégrés à une stratégie d’entretien globale.

Ils sont particulièrement adaptés aux bateaux sortis régulièrement, aux unités stationnées dans des zones aux eaux bien renouvelées, ou aux plaisanciers acceptant un contrôle visuel fréquent de la carène. Leur principal avantage est l’absence quasi totale de contamination chimique du milieu.

Les systèmes combinant revêtement neutre et nettoyage régulier encadré

Ce ne sont pas des antifoulings au sens classique, mais ils constituent aujourd’hui l’une des alternatives les plus crédibles. Le principe consiste à utiliser un revêtement neutre, durable, sans biocide, puis à maintenir la coque par des nettoyages légers et fréquents, réalisés avec des outils non abrasifs et, idéalement, avec récupération des déchets.

Cette approche réduit drastiquement les émissions de substances toxiques, limite l’accumulation de polluants dans les sédiments, et améliore la performance hydrodynamique sur la durée. Elle demande en revanche une organisation plus rigoureuse et un encadrement clair des pratiques de nettoyage.

Les films et protections temporaires de carène

Encore marginaux, ces systèmes consistent à protéger la coque par un film amovible ou une enveloppe temporaire lorsque le bateau reste longtemps à quai. Ils ne remplacent pas un antifouling en navigation, mais ils réduisent fortement l’encrassement durant les phases d’immobilisation prolongée.

Sur le plan environnemental, leur intérêt est évident puisqu’ils suppriment totalement le relargage pendant ces périodes. Ils s’inscrivent davantage dans une logique de complément que de solution unique.

De nouveaux usages, une nouvelle normalité

La question n’est donc pas de savoir s’il faut abandonner l’antifouling, mais comment l’inscrire dans une approche plus cohérente. Les nouveaux usages existent déjà. Ils combinent des revêtements plus durables et moins émissifs, un entretien léger mais planifié, des méthodes de nettoyage encadrées, et un carénage conçu pour limiter l’abrasion et récupérer les effluents.

Ce n’est pas une révolution spectaculaire. C’est une transformation progressive, qui se joue dans les ports, les chantiers et les habitudes des plaisanciers. Une révolution discrète, mais profondément structurante pour l’avenir de la plaisance.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.