6 questions à… Frédéric Blaudeau, directeur marketing Alliance Marine
Frédéric Blaudeau : "J'ai toujours baigné dans l'univers nautique. C'est une passion qui m'accompagne depuis l'enfance. J'ai grandi en Afrique avec mes parents ; c'est là que j'ai eu ma première planche à voile, une Dufour avec sa fameuse voile triangulaire. Nous passions aussi nos vacances d’été dans le Morbihan à la saison des moussons où nous naviguions sur le Cocktail 760 puis sur le Sangria de mon père. Lorsque nous sommes rentrés définitivement en France, j'avais 15 ans et, avec les copains, nous partions à Houat sur ce bateau. Ce sont des souvenirs très forts. Je ne suis pas certain que je laisserais aujourd'hui mes enfants de 15 ans appareiller seuls pour Houat, mais c'était une autre époque. J'ai continué à vivre cette passion en devenant moniteur de voile, en régatant en planche à voile puis en habitable. J'ai même remporté le Spi Ouest-France avec un équipage d'amis d'adolescence avec lesquels nous continuons à naviguer très régulièrement. Dès que nous le pouvons, nous nous alignons encore sur les lignes de départ avec notre A35 LOCMALO. Si je travaille aujourd'hui dans l'industrie nautique, c'est avant tout par passion : c'est véritablement mon terrain de jeu.
Ma formation et le début de ma carrière se sont orientés vers le marketing et la stratégie de marque, d'abord en agence à Paris après mes études à l'ISG, puis pendant dix ans aux États-Unis. En 2018, quand l'opportunité de rejoindre Plastimo s'est présentée, c'était une évidence. Rejoindre ce fleuron du nautisme français, ici en Bretagne, c'était une fierté. Et surtout, c'était l'occasion de donner un vrai sens à mon métier en devenant, à ma manière, un maillon de la chaîne des secours en mer. À la direction marketing au côté de Yann Cornec, j'ai ensuite pris en charge la communication suite au départ en retraite de Cathy Milien que tous ceux qui fréquentent les pontons connaissent bien et avec qui j’ai pris un réel plaisir à travailler.
En 2022, j'ai rejoint le groupe Alliance Marine pour couvrir les mêmes fonctions mais à l'échelle de nos marques propriétaires, sur des sujets transverses qui touchent à la fois au marketing, à la stratégie de marque et au développement produit. Ce qui m'anime reste identique : mettre mon expérience au service de marques qui ont du sens, dans un secteur que j'aime profondément"
Frédéric Blaudeau : "Alliance Marine, c'est avant tout la plateforme de référence en Europe pour la distribution B2B de pièces et d'équipements nautiques, que ce soit pour la plaisance ou la marine professionnelle. Ce qui nous différencie concrètement, c'est cette double capacité à être présents localement sur l'ensemble du continent, tout en proposant l'offre et les stocks les plus larges du marché européen. Cette combinaison-là, personne d'autre ne la tient à cette échelle.
Derrière cette structure de distribution, nous avons structuré un portefeuille de cinq marques propriétaires : Plastimo, Ocean Safety, Typhoon, Jobe et Crosseven. Chacune dispose de son département marketing dédié, avec des territoires de marque clairement définis. Au niveau groupe, nous pilotons une cellule dédiée au développement de ces marques propriétaires. Son rôle est de faciliter les synergies, de faire circuler les expertises et d'accélérer les développements produit en s'appuyant sur ce que chaque marque sait faire de mieux. Designers, experts produit, équipes conception : tout le monde travaille en réseau, pas en silo. Ce qui compte au final, c'est le résultat : une connaissance fine des marchés, des pratiques et des cultures nautiques pays par pays, avec des synergies groupe qui permettent d'aller plus vite et plus loin qu'en opérant seul. Ce n'est pas un assemblage de marques. C'est une architecture construite, où chaque entité renforce les autres.
Mon rôle de Directeur Marketing des marques spécialisées du groupe consiste à assurer la cohérence des marques et de l'offre sécurité et d'équipement personnel entre les 3 marques Plastimo, Ocean Safety et Typhoon, selon les marchés qu'elles adressent et leur ADN propre. À cela s'ajoutent deux missions transversales : mutualiser les ressources là où les synergies groupe créent de la valeur, et prioriser sur les projets à fort potentiel, en tenant compte des besoins communs à plusieurs marchés tout en intégrant des exigences réglementaires qui varient d'un pays à l'autre. C'est ce modèle qui nous permet d'innover en continu tout en restant compétitifs sur les prix.
Plastimo, c'est 60 ans de savoir-faire sur un seul site, à Lorient la Base. Conception, fabrication, distribution : tout se passe ici. Nos compas sont intégralement fabriqués à Lorient, nos radeaux y sont assemblés. Six décennies d'expertise sur un même site, c'est une référence que le marché reconnaît et à laquelle les professionnels font confiance. On est au cœur de la Sailing Valley, en contact direct avec les écuries de course au large les plus exigeantes au monde. Ce n'est pas une posture : on est partenaires officiels des grandes classes, IMOCA, Classe 40, Sunfast OD 30, Figaro, Mini 6.50. On co-développe avec eux. Le radeau dédié à la classe IMOCA en est l'exemple le plus concret : conçu avec les équipes, homologué pour les courses les plus exigeantes de la planète, du Vendée Globe à l'Ocean Race. Cette proximité avec les utilisateurs, c'est le cœur de notre modèle. Les retours des skippers après une transat nourrissent directement nos développements. Ce qu'on apprend sur le grand large, on le traduit en améliorations concrètes sur nos produits. Et ce travail profite à tous, du plaisancier au professionnel de la mer
Ocean Safety, c'est 30 ans d'expertise en sécurité maritime professionnelle. Radeaux, gilets, équipements de survie et de récupération homme à la mer et la maintenance : ils couvrent l'ensemble de la chaîne, de leurs propres produits aux marques de référence du secteur. Une offre intégrée, déployée à l'échelle mondial. Leur dernière innovation le Jon Buoy Smart Release résume bien leur philosophie. C'est un système de déploiement automatique de bouée homme à la mer, connecté au NMEA 2000 du navire. La bouée se déclenche depuis la passerelle ou via l'électronique de bord, dès qu'un homme à la mer est détecté et sans intervention humaine. C'est de l'ingénierie pensée pour sauver des vies. Quand chaque seconde compte, c'est exactement ce que les professionnels attendent.
Typhoon, c'est une conviction simple : quand tu es dans l'eau, le matériel fait la différence. Conçue et fabriquée au Royaume-Uni, la marque a construit sa réputation sur les terrains les plus exigeants qui soient. Les sauveteurs en mer, les opérateurs d'éoliennes offshore. Des professionnels qui n'ont pas le droit à l'erreur et qui font confiance à Typhoon depuis des décennies. Ces produits naissent avec eux, sur le terrain, à partir de contraintes réelles. Cette exigence ne s'arrête pas au monde professionnel. Elle irrigue l'ensemble de la gamme. Typhoon, c'est aussi plus de 1000 références de produits de loisirs, pensés pour accompagner chaque aventure sur l'eau. Fun, accessible, de 7 à 77 ans. Du paddle en famille à la balade en mer, avec une démarche engagée sur l'éco-conception des matières et du packaging. C'est ça, la force de Typhoon : explorer avec confiance, quel que soit ton niveau.
Jobe est un acteur mondial des sports nautiques de loisirs avec une gamme qui couvre l'essentiel des pratiques : wakeboard, ski nautique, SUP, kayak, bouées tractées, combinaisons, gilets, foil. Des produits construits avec des matériaux de qualité, garantis jusqu'à cinq ans. Une promesse rare dans le secteur. Leur seascooter a ouvert la voie : explorer les fonds marins avec plaisir, de manière accessible. BRABUS a choisi Jobe pour co-signer une version premium. Ce partenariat dit tout du positionnement de la marque. Leur dernière innovation va encore plus loin ! L'Epix E-Foil, c'est une planche à foil électrique qui te fait voler au-dessus de l'eau, sans bruit, minimisant l’impact sur l'environnement. Du fun à l'état pur, avec une conscience. C'est exactement ce qu'une nouvelle génération de pratiquants attendait.
Crosseven, enfin, couvre le spectre des besoins fondamentaux à bord : électricité, entretien, mécanique, gestion de l'eau. Avec un positionnement clair sur le meilleur rapport qualité/prix du marché, dans le respect des standards de l'industrie. Ce que je trouve remarquable dans notre portefeuille Alliance Marine, c'est sa cohérence. Chaque marque répond à un besoin précis, s'adresse à une communauté identifiée. Ensemble, elles couvrent l'intégralité du parcours d'un navigateur, du professionnel aguerri au plaisancier en famille. C'est ça, la vraie force du groupe."
Frédéric Blaudeau : "Alliance Marine a été fondée en 1999 par Jean-Paul Roche. Le groupe est aujourd'hui présidé et dirigé par Jeremy Tedguy, et nous sommes devenus le leader européen sur notre marché. C'est un parcours assez remarquable en moins de trente ans. Notre terrain de jeu principal reste l'Europe, mais nous sommes présents sur tous les continents. Et quand on regarde ce marché en ce moment, trois grandes lignes de force se dégagent.
La première, c'est l'évolution des usages. La propriété d'un bateau n'est plus l'unique modèle. Les boat clubs, la location, le nautisme partagé : de plus en plus de gens veulent accéder à la mer sans les contraintes de la possession. C'est un changement de fond qui redessine une partie de la demande.
La deuxième tendance, c'est l'accessibilité. Depuis quelques années, le bateau à moteur attire davantage que la voile, notamment auprès des nouveaux entrants. Et on observe en parallèle un vieillissement des propriétaires de bateaux actuels, avec ce que ça implique en termes de transmission, de renouvellement des usagers et d'adaptation des produits.
La troisième, ce sont les perturbations géopolitiques. Les tensions actuelles pèsent directement sur nos clients, sur leurs arbitrages d'achat, sur leur rapport à la dépense pour leur loisir. Ce n'est pas un bruit de fond qu'on peut mettre de côté.
Le marché n'est pas simple en ce moment, soyons honnêtes. La production française de bateaux de plaisance a reculé de 16% sur la saison 2024-2025, avec un chiffre d'affaires de filière en baisse de 17% à 1,5 milliard d'euros. Le contexte économique et l'attentisme généralisé des acheteurs pèsent sur l'activité. C'est une réalité que personne dans la filière ne peut ignorer. Prudence oblige.
Notre force dans ce contexte, c'est là encore une fois la structure même du groupe. Alliance Marine qui adresse des marchés complémentaires : la plaisance, la marine professionnelle, le militaire, et l'aftermarket. La maintenance et l'accastillage restent stables malgré la conjoncture. En France, on parle d'environ 60 000 unités vendues par an sur le marché de l'occasion. Ce chiffre ne s'effondre pas.
Le marché du nautisme reste fragmenté, il se structure progressivement, et la digitalisation s'accélère à tous les niveaux de la chaîne. Chez Alliance Marine, nous avons pris ce virage il y a quelques années déjà et nous continuions avec IA.
Dans ce contexte, notre force tient à deux choses : l'agilité, et la capacité à créer de la valeur. Et pour le marqueteur dans l’âme que je suis, on ne crée de la valeur qu'en innovant. "
Frédéric Blaudeau : "Il évolue déjà. Et il évoluera encore. Je n'ai pas de boule de cristal [Rires] mais les grandes lignes sont lisibles. Les marketplaces progressent, portées par la compétitivité des prix et la profondeur de leurs offres. L'accès à l'information en ligne s'est démocratisé, et l'IA accélère encore ce mouvement. Pour autant, je ne crois pas à la fin du shipchandler. Sur les produits techniques et réglementés, le conseil humain reste irremplaçable. La proximité, la disponibilité du stock, la relation de confiance construite dans le temps : ce sont des actifs que le digital ne duplique pas.
Ce qu'on observe, c'est surtout une réorganisation du secteur. Les shipchandlers se diversifient, élargissent leurs activités, certains deviennent aussi concessionnaires, loueurs, d'autres intègrent des prestations de refit ou de formations. Et on voit des regroupements de shipchandlers s'opérer, des structures qui mutualisent pour gagner en surface et en compétitivité. Le marché se structure, à son rythme.
Les shipchandlers qui ont su monter en compétence, investir le digital et rester des acteurs centraux de la relation client tirent leur épingle du jeu. On en voit de beaux exemples en Europe, y compris au sein de réseaux comme AD Nautic, qui illustrent bien cette capacité d'adaptation et de développement. Ce n'est pas une relation purement commerciale avec leurs fournisseurs. C'est un partenariat de fond.
Le shipchandler technique, ancré dans son territoire et porteur de vrais conseils, reste un maillon important de la chaîne de distribution. Comme tous nos partenaires commerciaux, il contribue à l’équilibre et la santé globale du marché. Et un marché qui se porte bien, c'est dans l'intérêt de l'ensemble des acteurs de la filière. "
Frédéric Blaudeau : "Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le groupe, c'est aujourd'hui 20 sociétés, plus de 700 collaborateurs, un chiffre d'affaires de 310 millions d'euros, et un stock maintenu en permanence autour de 90 millions d'euros. Ce niveau de stock, c'est un choix stratégique : la disponibilité produit est un atout majeur pour nos clients.
Derrière ça, il y a une infrastructure concrète : 60 000 m² de surface de stockage, plus de 400 000 références produits et un réseau de plus de 2 500 fournisseurs. Deux sites de production propres complètent le dispositif, dont l’usine de Lorient pour Plastimo et l’autre à Redcar en Angleterre pour Typhoon.
Ce qui rend notre modèle cohérent, c'est la combinaison entre la largeur de l'offre, la profondeur du stock, et l'expertise technique que nous apportons à chaque maillon de la chaîne. Disponibilité, conseil, performance logistique : c'est sur ces trois axes que nous construisons notre position de leader européen. Et notre ambition ne s'arrête pas là ! "
Frédéric Blaudeau : "Je navigue aussi souvent que possible dans la baie de Quiberon, qui est mon terrain de jeu habituel. Ma dernière navigation était en wingfoil, la semaine dernière.
Quant à la prochaine, nous ne pouvions pas manquer le 40e anniversaire du TourDuf : nous serons donc sur la ligne de départ en A35 avec les copains fin juillet. Et en croisière, je n’imagine pas un été sans naviguer. Cette année, en famille, nous irons donc dans les Cyclades, en Grèce."
