Essai Jeanneau Sea Loft 480 : le catamaran à une seule coque !

Présenté en première mondiale au dernier salon de Paris, le Sea Loft 480 ne ressemble à rien de connu. L'avant d'un monocoque, l'arrière d'un catamaran, deux moteurs électriques et une vocation assumée : inventer une nouvelle manière de vivre la mer. Nous avons essayé ce bateau disruptif en baie de Cannes par une belle journée ensoleillée et une mer belle...

Sur les quais de Port Canto, où les bateaux rivalisent habituellement de puissance et de performances annoncées, la silhouette du Sea Loft surprend immédiatement. Large sans être un catamaran, haute sans paraître massive, coiffée d'un immense toit solaire, elle évoque davantage une villa contemporaine posée sur l'eau qu'une vedette de croisière. Pas de doute, ce bateau original nous annonce une navigation différente. Et nous n’allons pas, en effet, être déçus par cette promesse…

Villa ? Espace de réception ? Bateau de croisière ? Weekender ? Monocoque ? Catamaran ? Ou un peu tout en même temps ?

Difficile de déterminer dans quelle catégorie placer le Sea Loft. En le découvrant, ce qui frappe d’emblée, c’est l’immense espace carré/cockpit. Ce bateau a clairement été conçu pour profiter du mouillage et de la vie à bord, non pas pour une traversée de l’Atlantique ou la découverte du Spitzberg ! Pourtant, il s’agit bien d’un « vrai » bateau capable de naviguer et d’affronter la mer. La carène dessinée par Marc Lombard Yacht Design Group est clairement originale. L'avant est monocoque tandis que l’arrière reprend la carène des catamarans. Concrètement, on trouve une seule étrave fine qui fend l'eau, puis, passé le maître-bau, deux coques qui s'écartent pour offrir à l'arrière la stabilité et le plan de pont d'un multicoque. Et ça marche : l’espace ainsi disponible est impressionnant.

Le programme du Sea Loft sort des classiques présentés habituellement par les chantiers. Jeanneau n’évoque pas les navigations lointaines, les vitesses à plus de 20 nœuds ou une autonomie transatlantique. Après le succès commercial des Sun Loft destinés à la location à la voile, le chantier vendéen transpose aujourd'hui cette philosophie au bateau à moteur. L'idée est simple : si les plaisanciers passent l'essentiel de leur temps au mouillage plutôt qu'en navigation, pourquoi continuer à concevoir des bateaux avant tout pensés pour naviguer vite, loin et longtemps ? Son concept repose sur quelques usages très concrets : une semaine de location en famille ou entre amis dans un archipel aux mouillages rapprochés —Seychelles, BVI, Grèce… -, des sorties à la journée pour une clientèle d'hôtel, des balades au coucher de soleil, des nuits à bord proposées en option par un établissement hôtelier haut de gamme ou encore un lieu de réception pour des évènements ciblés et haut de gamme. Rien à voir, donc, avec les longues étapes océaniques. Tout, en revanche, avec l'art de faire vivre à des vacanciers exigeants une expérience en mer sans les contraintes techniques de la navigation…

Le Sea Loft apporte une réponse à plusieurs programmes qui ont comme point commun de permettre de naviguer facilement, de profiter de mouillages distants de quelques milles et surtout d’une vie à bord optimisée pour ces usages… Et, ça marche !

Visite guidée

Embarquer est d’une simplicité déconcertante : depuis la jupe, une seule marche permet d’accéder à la plateforme unique et de plain-pied. Bien protégé par le toit rigide (équipé de 4,2 kWc de panneaux solaires), le carré panoramique est le lieu privilégié par l’équipage en navigation comme au mouillage, d’autant plus que les pavois s’ouvrent de chaque côté pour donner encore plus de sensation d’espace. En avançant on découvre l’espace cuisine. Centrale et particulièrement bien équipée, elle est le cœur du bateau. Dans toute cette partie – reposant sur les deux coques - la circulation est hyper fluide, on ne trouve aucun passage étroit, rien ne gêne la circulation. 

À l’avant de la cuisine se trouvent le poste de barre et un escalier central desservant l’espace nuit. Deux passavants extérieurs, larges et bien protégés, conduisent quant à eux à la terrasse avant, accessible par trois marches. Ici, un gigantesque bain de soleil, transformable en un clin d’œil en banquette, fait face à un espace convivial pouvant accueillir confortablement trois personnes. Bref, vous l’aurez compris, c’est LE spot idéal pour l’apéro du soir face au soleil couchant.

A l’intérieur, le propriétaire a le choix entre 3 ou 4 cabines doubles chacune équipée de sa salle de bain privative et de beaux rangements. La version propriétaire (3 cabines) est particulièrement impressionnante, avec une vaste suite occupant toute la largeur du bateau et des volumes surprenants. Le chantier a particulièrement soigné l’isolation phonique afin de garantir le confort en toute circonstance. 

En navigation et au mouillage : un bateau reposant et malin

L’appareillage ne demande que quelques secondes. Nous sommes à bord de la version équipée d’une motorisation électrique (2 pods de 11 kW). Les avantages de cette motorisation sont désormais bien connus : la puissance est immédiatement disponible et vous quittez le quai sans aucun bruit, vibration parasite ou autre odeur nauséabonde… Le top ! Avec les 2 safrans et les 2 moteurs, la manœuvre est simplissime et le bateau s’extrait de sa place de port sans aucun souci (la largeur maximum est de 4,50 m – le bateau tient donc dans une place de monocoque classique - même si on a l’impression de profiter d’un espace bien plus important). Le temps de ranger nos affaires et nous naviguons déjà, sans aucun bruit, à 7,5 nœuds. C’est la vitesse maximum du bateau, tandis que la vitesse de croisière tourne plutôt autour des 6 nœuds. L’autonomie annoncée par le chantier est de 15 milles à 7 nœuds en tout électrique et 250 milles à 7 nœuds si vous faites tourner le groupe qui va alimenter les batteries. Avec ses 200 litres de fuel, ses batteries de 30 kWh et les 4,2 kW de panneaux solaires, vous pouvez même imaginer – par beau temps – naviguer sans quasiment de limite à 5 nœuds. Une vitesse moyenne qui semble faible pour un bateau à moteur, mais que la majorité des voiliers n’atteint que rarement…

A pleine puissance, nous atteignons rapidement les îles situées en face de Cannes. La carène fend les toutes petites vagues que nous rencontrons et les mouvements – merci à la carène arrière de catamaran - sont particulièrement doux. Nous avançons dans un silence total, sans vibration ni bruit parasite ni aucune odeur de gasoil, sur une plateforme incroyablement stable. C’est bien simple, on abandonne les cafés et les appareils photos sur la table du carré sans aucune appréhension.

Arrivés entre les îles, la manœuvre pour mouiller ne prend que quelques secondes. Le faible tirant d’eau du Sea Loft (85 cm) nous permet d’approcher au plus près de la plage, encore déserte à cette période de l’année. Pavois latéraux abaissés, toile d’ombrage avant montée, et nous voici en mode mouillage en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. A bord, jusqu’à 18 personnes peuvent prendre place dans le cadre d’une réception ou d’une sortie pour admirer, par exemple, un coucher de soleil. En croisière estivale ou dans un lagon du bout du monde en location, les 8 invités à bord, plus le skipper éventuel qui peut avoir sa cabine à l’avant, seront parfaitement à l’aise et trouveront naturellement leur place à bord. 

Le Sea Loft est assurément un bateau d’un nouveau genre. Il ne propose pas d’atteindre des vitesses supérieures à 20 nœuds, ni d’accéder aux mouillages lointains des mers septentrionales. Son credo est ailleurs : rejoindre les mouillages distants de seulement quelques milles, des Seychelles aux BVI, en passant par la Grèce, les nombreux autres spots de Méditerranée, les Bahamas ou les lagons polynésiens, pour quelques jours de farniente en famille ou entre amis. Le Sea Loft s’adresse aussi à tous ceux qui aimeraient naviguer sans posséder les connaissances nécessaires et qui n’osent pas se lancer. Enfin, ce concept innovant ouvre également de nouvelles perspectives pour l’industrie nautique. Hospitality, suite flottante pour un hôtel, sorties à la journée ou pour un coucher de soleil, séminaires d’entreprise ou réceptions privées, le Sea Loft peut répondre à des programmes très différents. S’il n’est sûrement pas le bateau idéal pour tout le monde, il pourrait contribuer à faire évoluer profondément la plaisance. 

Fiche technique

Constructeur : Jeanneau

Architecte naval : Marc Lombard Yacht Design Group

Longueur hors tout : 14,85 m

Longueur de coque : 14 m

Largeur : 4,50 m

Tirant d'eau : 0,85 m

Déplacement lège : 10 900 kg

Motorisation : 2 moteurs électriques 11 kW (version essayée) ou 2 x 45 ch diesel

Vitesse maximale mesurée : 7,5 nœuds

Vitesse de croisière observée : 6 nœuds

Cabines : 3 ou 4 cabines doubles + cabine skipper en option

Catégorie CE : B10 – C18 – D18

Prix : à partir de 480 000 euros HT

Prix de la version essayée : 718 740 euros HT

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.