Essai Wellcraft 28 Explorer : le petit baroudeur qui a tout d’un grand
À première vue, le décor cannois ne semble pas franchement taillé pour mettre à l’épreuve les prétentions « toutes saisons » du nouveau Wellcraft 28 Explorer. Soleil généreux, température estivale et mer belle : il faudra revenir pour vérifier son comportement dans un bon mistral. Ces conditions permettent néanmoins de découvrir ce qui constitue probablement la principale singularité de ce nouveau modèle : sa capacité à réunir dans 8,50 mètres une timonerie fermée, de vrais espaces extérieurs et les performances d'un sportboat…
Le 28 Explorer n'est d'ailleurs pas un bateau isolé chez le constructeur. Présentée au Boot Düsseldorf 2026, la nouvelle plateforme Wellcraft 28 se décline en Speedster, T-Top et, donc, Explorer. Même carène, trois philosophies. L'Explorer est le plus protecteur et le plus original des trois, même si le marché européen s'est considérablement enrichi en petites unités rapides à timonerie fermée ces dernières années. Axopar, Saxdor, Nimbus ou Quarken ont notamment contribué à faire du walkaround nordique une catégorie à part entière. Wellcraft arrive avec une interprétation sensiblement différente, que l’on pourrait qualifier de plus américaine dans son dessin et dans son rapport à la puissance.
Long de 8,51 m pour 2,90 m de large, le 28 Explorer conserve des proportions relativement compactes. Sa longueur de coque est de 7,96 m et son tirant d'eau, moteurs relevés, de 0,63 m. Son déplacement lège est annoncé aujourd'hui par le chantier à 2 857 kg. Des dimensions assez standards, dans la norme du marché. Mais ce sont ses francs-bords élevés et sa timonerie qui modifient sa présence visuelle. Le dessin en « Z » du bordé, devenu une signature de Wellcraft, dynamise une silhouette qui aurait, sinon, facilement pu paraître massive.
Une fois à bord, on comprend pourquoi la cabine de pilotage reste relativement étroite. Il fallait préserver la circulation périphérique. Le choix est judicieux : les passavants sont de plain-pied, sans succession de marches à négocier lorsque le bateau bouge. Les pavois élevés, les mains courantes généreuses et le tableau arrière fermé procurent une réelle sensation de sécurité. C'est d’autant plus important que ce bateau est conçu pour naviguer… vite, et même très vite !
Une porte latérale facilite l'accès à la mer, tandis que des marches sont intégrées dans le pavois pour embarquer depuis un quai haut. Classiques et surtout pratiques, ces éléments révèlent un bateau pensé pour des équipages qui naviguent régulièrement et par tous les temps. À l'avant, Wellcraft réussit même à aménager un véritable espace (très) convivial. La largeur importante de l'étrave permet d'installer plusieurs personnes autour d'une table, tout en restant bien protégées par les hauts pavois. Ce cockpit avant constitue presque un second salon extérieur.
L'Explorer justifie son appellation par sa timonerie entièrement fermée. Deux grandes portes latérales coulissantes permettent de passer directement du poste de pilotage aux passavants. Pour les manœuvres en équipage réduit, c'est excellent : quelques secondes suffisent pour quitter la barre et saisir une aussière. À l'intérieur, le poste de pilotage se situe à bâbord. La planche de bord s'étend largement vers tribord et permet d'intégrer une électronique généreuse. Le copilote n'est donc pas relégué dans un coin : il peut suivre la navigation et y participer réellement. Deux sièges individuels occupent l'avant, complétés par une banquette arrière trois (petites) places. La hauteur sous barrots et les larges vitrages évitent la sensation d'enfermement que l'on rencontre parfois dans les unités dotées de petites timoneries. Une trappe de toit ouvrante figure parmi les options et prendra tout son sens sous le soleil méditerranéen.
Le bloc supportant les sièges avant peut également recevoir un petit évier, un réfrigérateur à tiroir de 20 litres et un réchaud à gaz. On reste évidemment très loin d'une cuisine de vedette de croisière, mais suffisamment équipé pour préparer un café, conserver quelques provisions et même, pour les plus courageux, envisager de passer un week-end complet à bord. Le chauffage diesel et la climatisation figurent aussi au catalogue des options. L’Explorer n’est pas une simple version du T-Top à laquelle on aurait ajouté quelques vitrages, mais un vrai bateau conçu pour un programme précis. Si la timonerie se montre confortable en navigation, on regrettera le système de ventilation naturelle. Au top lors de notre essai par des températures clémentes, il pourrait en refroidir plus d’un par un mois de janvier rigoureux… Sur un bateau revendiquant une utilisation quatre saisons, la possibilité de contrôler totalement ces entrées d'air aurait été préférable.
L'une des bonnes surprises se trouve sous le cockpit avant. En ouvrant la façade située devant la console, on découvre un compartiment intégrant toilettes, petit lavabo et rangements. Quelques manipulations permettent de transformer cet espace en couchage double. L'astuce est plutôt bien vue et assez remarquable compte tenu du volume disponible. Elle impose évidemment quelques compromis : l'utilisation des toilettes pendant la nuit oblige notamment à modifier partiellement la configuration du couchage. Mais il faut replacer le problème dans son contexte : nous sommes à bord d'un bateau de 28 pieds dont la majeure partie du pont reste walkaround. Pour ceux qui souhaitent réellement passer plusieurs nuits à bord, la configuration Sleeper va plus loin avec deux couchages supplémentaires aménagés à l'arrière. C'est probablement cette version qui donne tout son sens au concept Explorer. Elle permet théoriquement d'accueillir quatre personnes pour une courte croisière, même si deux adultes constituent l'équipage idéal pour conserver suffisamment d'espace et de rangement. Le cockpit arrière peut aussi recevoir l'aménagement Lounge, plus convivial, ou Barracuda, orienté pêche, avec notamment vivier, bacs à poissons, rangements pour les appâts et porte-cannes. Il faudra donc bien réfléchir à votre programme réel avant de passer commande.
Après ce tour du propriétaire, il est temps de prendre les commandes de notre tout nouveau Wellcraft. Gaz ! La carène dessinée par le bureau finlandais Navia possède deux redans. Le principe consiste notamment à introduire de l'air sous certaines zones de la coque afin de réduire les surfaces mouillées lorsque la vitesse augmente. Bien maîtrisée, cette architecture permet de diminuer la traînée et d'améliorer rendement et accélérations. Notre Méditerranée désespérément plate le jour de notre essai ne permet pas de juger sérieusement les passages dans une mer cassante, si ce n’est en allant jouer dans les sillages des grands yachts qui parcourent la baie de Cannes, ce qui nous permet tout de même de découvrir le tempérament réel du bateau.
La montée sur le plané est franche. Et passé un certain régime, le Wellcraft change véritablement de registre. Nos mesures réalisées avec la motorisation 2 x 200 ch sont impressionnantes : entre 3 000 et 3 500 tr/min, la vitesse passe de 15 à plus de 25 nœuds ! À 32 nœuds, la consommation mesurée se situe autour de 2,1 litres par mille nautique. Même en accélérant, le rendement reste intéressant : il faut approcher les 38 nœuds pour dépasser environ 2,5 l/mille… En pointe, le 28 atteint la vitesse toujours impressionnante de 50 nœuds. Une limite que peu de propriétaires chercheront à maintenir, aussi bien pour des questions de confort en navigation que de consommation.
L’intérêt de la carène se trouve davantage entre 25 et 35 nœuds, plage dans laquelle le 28 Explorer peut couvrir rapidement des distances importantes sans se ruiner et dans un confort réel.
Puisque la mer est belle et que nous disposons de 400 ch, autant en profiter ! Bien assis à l'abri derrière un pare-brise, portes fermées pour limiter les nuisances sonores des moteurs, on se croirait presque dans une vedette. Mais une simple pression sur les commandes suffit à rappeler que la mécanique appartient au monde des sportboats… Les 50 nœuds en pointe sont acceptables pendant un temps court, pour se rendre rapidement à un endroit donné. En effet, le bateau reste d’une taille limitée, relativement léger et très réactif au trim. À haute vitesse, il réclame donc un pilote attentif. La facilité avec laquelle les moteurs délivrent leur puissance ne doit pas faire oublier qu'à 45 ou 50 nœuds, une petite vague mal négociée représente déjà une sollicitation importante et qu’il convient de bien maîtriser sa conduite.
Heureusement, la direction est précise, les changements de trajectoire immédiats et la carène se pose bien sur l’eau, rassurant tout le monde à bord. La visibilité depuis le poste de pilotage est excellente et le bateau conserve ce sentiment de légèreté qui manque parfois aux petites vedettes fermées. La construction participe à cette impression de rigidité. Wellcraft utilise son procédé W.I.S.E., pour Wellcraft Infujection Structure Engineering. Il associe des techniques d'infusion et d'injection afin d'obtenir une structure plus homogène et rigide. À bord, cela se traduit surtout par l'absence de vibrations ou de craquements parasites lorsque l'on sollicite la coque. Renforçant, là encore, le sentiment de sécurité.
Wellcraft propose plusieurs configurations hors-bord Mercury, jusqu'à 400 ch au total. Et c'est probablement ici que le futur propriétaire aura un choix cornélien à résoudre. La double motorisation 2 x 200 ch est évidemment séduisante. Elle procure accélérations, performances et redondance mécanique, donc un vrai plus en matière de sécurité pour celui qui n’hésite pas à s’éloigner au large. Mais la monomotorisation n’est pas dénuée d’avantages.
Elle réduit le prix d'achat, la consommation, les opérations d'entretien et le poids sur le tableau arrière. Elle libère également davantage d'espace autour des plateformes de bain. Pour un programme essentiellement familial, avec des croisières côtières rapides à 25 ou 30 nœuds, un gros hors-bord unique pourrait même constituer le choix le plus rationnel… Ce qui est vrai pour tous les bateaux, l’est encore plus avec ce 28 Explorer : mieux vaut bien réfléchir à son programme et à sa manière de naviguer, plutôt que d'empiler les options, pour trouver le compromis qui convient à chacun.
Même logique pour le carburant. Le réservoir standard accueille 340 litres, mais avec une option permettant de porter la capacité à 530 litres. De quoi atteindre une autonomie confortable de 200 milles. Depuis notre essai en baie de Cannes, on se prend donc à rêver de pousser jusqu’à la Corse (ce que nous ne ferons pas…).
Ces quelques heures passées à bord du Wellcraft 28 Explorer permettent de mieux cerner un bateau à la fois sportif et/ou confortable, capable de vous faire naviguer au chaud et au sec toute l'année, et de vous emmener (très) loin. Une déclinaison franchement séduisante et cohérente pour tous ceux qui cherchent un bateau pratique, amusant et offrant de nombreuses options pour répondre à tous les programmes.
Fiche technique
Longueur hors-tout : 8,51 m
Longueur de coque : 7,96 m
Largeur maximale : 2,90 m
Tirant d’air : 2,32 m
Tirant d’eau, moteur relevé : 0,63 m
Déplacement lège : 2 857 kg
Réservoir de carburant : jusqu’à 529,9 litres
Réservoir d’eau douce : 50 litres selon la fiche constructeur actuelle
Puissance maximale : 400 ch
Prix : à partir de 134 280 euros TTC
Prix du bateau essayé : 207 708 euros TTC





