Le Vendée Globe 2020 aura-t-il vraiment lieu ?

Course au large
Mercredi 13 mai 2020 à 16h00

Depuis quelques jours, des informations et communiqués rassurants se succèdent pour confirmer le départ de la célèbre course autour du monde le 8 novembre prochain. Pourtant des doutes subsistent quant à l'organisation d'un évènement qui attire plus d'un million de visiteurs aux Sables d'Olonne dans le sillage d'une crise à la fois sanitaire et économique dont on ne connaît pas l'issue. Pour en savoir plus, nous avons interrogé quelques skippers du Vendée Globe et acteurs de la course au large.

©Vincent Curutchet/DPPI
Depuis quelques jours, des informations et communiqués rassurants se succèdent pour confirmer le départ de la célèbre course autour du monde le 8 novembre prochain. Pourtant des doutes subsistent quant à l'organisation d'un évènement qui attire plus d'un million de visiteurs aux Sables d'Olonne dans le sillage d'une crise à la fois sanitaire et économique dont on ne connaît pas l'issue. Pour en savoir plus, nous avons interrogé quelques skippers du Vendée Globe et acteurs de la course au large.

C'est une déclaration récente d'Yves Auvinet, Président de la SAEM Vendée, l'organisation du Vendée Globe, sur l'antenne locale de la chaîne télévision France 3, qui a mis un peu le feu aux poudres. Lors de cet entretien, l'organisateur annonçait qu’une décision serait prise avant le 15 juin pour acter, ou non, la tenue définitive de la course au large à la date prévue, soit le 8 novembre prochain. « Je n’imagine pas de Vendée Globe 2020 sans village de départ et sans la présence du public. C'est un trépied pour moi » a-t-il notamment déclaré. Une annonce qui a semé le doute dans la tête du grand public, des médias, des partenaires et bien entendu des skippers. Ces derniers travaillent d'arrache-pied depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, sur ce projet de course en solo et imaginent très mal de ne pas prendre le départ cet automne aux Sables d'Olonne. 

Nos confrères de Sport 24 évoquaient pourtant, il y a une semaine, un éventuel report du Vendée Globe. "Questionné sur la récente demande de Sébastien Petithuguenin, Directeur général de Paprec Group et partenaire de Sébastien Simon, de repousser d’un an le départ, la fête risquant d’être « gâchée », Yves Auvinet a répondu : « notre responsabilité est d’envisager toutes les hypothèses. On écoute beaucoup, l’IMOCA, le monde des coureurs, le monde des sponsors et tous nos partenaires. Et il conviendra de contacter l’Etat pour savoir comment pourra s’orienter notre décision, prise dans tous les cas, avant le 15 juin."

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© Vincent Curutchet/VG

Pas de départ sans Village Officiel ? 

Quelques jours plus tard, l'organisation et la Classe IMOCA qui gère la classe des monocoques Open de 60 pieds et réunit les marins du Vendée Globe ont tenu à rassurer tout le monde en publiant un nouveau communiqué un peu plus rassurant, dans cette période de doute et d'incertitude,  "Le maintien de la course avec un départ le 8 novembre est notre objectif et tout est mis en œuvre en ce sens. Sportivement, rien ne s’y oppose sous réserve bien évidemment de l’avis de l’État" précise la Classe IMOCA dans ce communiqué du 12 mai dernier. Et de préciser : "pour autant, le Vendée Globe, qui est aussi un événement populaire, est un bien public qui appartient aux Vendéens et aux Vendéennes : la présence du public est donc pour nous importante. L’organisation étudie par conséquent l’ensemble des scénarios rendant possible la présence du public dans un contexte sanitaire et économique dont personne ne connait l’évolution. La décision de maintenir le PC course aux Sables d’Olonne durant toute la durée de la course contribuera d’ailleurs à permettre à un maximum de public de vivre pleinement l’aventure du Vendée Globe". On ne parle donc plus de date butoir (le 15 juin) mais on reste très attentif du côté des organisateurs. Et c'est normal...  

Une course de préparation le 4 juillet 2020

Pour noyer un peu le poisson, ils évoquent au passage l'organisation d'une nouvelle course au large préparatoire au tour du monde. : "l’organisation avance en lien avec l’IMOCA, la volonté d’adapter certaines échéances pour les skippers, notamment la date limite d’inscription repoussée au 1er septembre ainsi que l’organisation d’une épreuve de préparation en solitaire cet été. Alors que les activités nautiques reprennent progressivement, la Classe IMOCA fait évoluer depuis plusieurs semaines, l’organisation de la course de préparation, initialement prévue en juin. En accord avec le Département de la Vendée, partenaire principal de l’épreuve, la Classe IMOCA a fait la proposition d’un départ au large des Sables d’Olonne le 4 juillet 2020 pour une course en solitaire qui emmène les marins au large de l’Islande, sur le cercle arctique, puis vers les Açores avec un retour au point de départ 10 jours plus tard environ. Le format de l’épreuve a été adapté en profondeur par la Direction de Course et l’équipe d’organisation, afin de respecter les mesures de distanciation requises pour les skippers et leurs équipes..."  

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© Vincent Curutchet/DPPI

Des marins bien préparés, entre résignation et inquiétudes...

A moins de six mois du départ officiel, les skippers et professionnels de la course au large naviguent encore à vue entre résignation, inquiétudes et la volonté de bien hisser les voiles le 8 novembre prochain, après deux mois de confinement ce printemps où ils ont affûtés leur condition physique. Pour Fabrice Amedeo, skipper de l'IMOCA Newrest - Art & Fenêtres, c'est beaucoup de bruit pour rien.  "Avec ce virus, on aime à se faire peur pour un départ de la course qui aura lieu dans plusieurs mois. On est des aventuriers, non ? Clairement le Vendée Globe 2020 ne ressemblera pas à l'édition 2016. Le Village officiel sera adapté à la situation mais rien ne laisse imaginer un départ à huis-clos" ajoute l'ancien rédacteur en chef de Figaro Nautisme. "La direction de course suit de près la situation et s'en occupe. Le Vendée Globe aura un énorme impact pour la filière de la course au large. Si la course était reportée en 2021, il y aurait un tiers de participants en moins" prédit Fabrice Amedeo.

De son côté, Nicolas Troussel, skipper du nouveau voilier Corum reconnaît que "la volonté de la SAEM Vendée est claire. Ils ne donneront le départ que s'il existe un village officiel digne de ce nom, faute de quoi la course sera reportée. On en saura plus à la date du 15 juin" explique le marin qui participera à son premier Vendée Globe. "On avance, on s'adapte avec les réglementations, on continue à naviguer, à s'entraîner et à préparer le bateau" précise-t-il. En cas de report, Nicolas Troussel se dit confiant malgré tout car il parle beaucoup avec son partenaire avec lequel il a signé un contrat de sponsoring jusqu'en 2022. "Nous avons eu les garanties que rien ne serait remis en cause d'ici là !" ajoute le skipper.  

"Le plus fort dans le Vendée Globe, c'est le public !"

Pour d'autres marins ou professionnels de la course au large, la tenue du Vendée Globe à partir de novembre 2020 reste incertaine. "Ces problèmes d'organisation sont un vrai casse-tête" reconnaît Kito de Pavant qui a déjà participé à trois tours du monde en solo et prépare actuellement un évènement nautique baptisé "Les Griffes du Lion". "Pour les navigateurs, les organisateurs et les partenaires, on espère que cette course aura bien lieu car nombreux sont ceux qui la préparent depuis plusieurs années. C'est une énergie de dingue ! " raconte le sudiste. "Que le Vendée Globe ne parte pas, ce serait terrible pour cette communauté qui se met un peu dans le rouge à tous les niveaux, familial et financier. C'est un travail de fourmis" rajoute Kito de Pavant. "On peut rester optimiste mais en revanche, je ne vois pas du tout un départ à huis clos car, dans le Vendée Globe, ce qu'il y a de plus fort, c'est le public ! C'est impossible et franchement, cela n'a plus aucun intérêt" reconnaît Kito de Pavant. 

Et un report en 2021 ? 

Effectivement, on voit mal l'organisation donner le départ à huis-clos d'un évènement qui d'habitude attire plus d'un million de spectateurs sur les pontons ou les bords de mer, ceci dès la mi-octobre. Même tonalité pour la suppression du village officiel, outil clé dans le dispositif marketing des partenaires et sponsors. L'organisation a aussi rejeté l'hypopthèse d'un départ décalé en décembre 2020 en raison des "mauvaises fenêtres météo". Un départ du Vendée Globe décalé en 2021 risquerait de diminuer le nombre de participants au tour du monde en solitaire avec plusieurs contrats de sponsorings qui s'arrêtent courant 2021 et des partenaires moins enclins à investir suite aux baisses de budgets marketing liées à la crise sanitaire. Enfin, en le décalant d'un an, le Vendée Globe pourrait aussi se "téléscoper" avec d'autres évènements dans le calendrier international 2021 des courses au large. Il faudra donc rester patient mais surtout surveiller l'évolution de la crise en général pour savoir si le Vendée Globe peut partir, le 8 novembre 2020, des Sables d'Olonne.     

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.