Trois courses dans la course

Vendée Globe
Vendredi 4 décembre 2020 à 8h27

Quand le leader Charlie Dalin déboule à près de vingt nœuds dans l’océan Indien, Alex Thomson arrive en Afrique du Sud et Jérémie Beyou peine dans des méandres anticycloniques. Il y a au moins trois mondes autour du monde : celui des premiers ballottés par les flots agités voire malveillants de l’océan Indien, les retardataires englués sous l’Afrique dans des vents de plus en plus erratiques, les derniers qui bataillent dans les alizés poussifs de l’Atlantique Sud, en attente d’une dépression australe !

©Charlie Dalin / Apivia
Quand le leader Charlie Dalin déboule à près de vingt nœuds dans l’océan Indien, Alex Thomson arrive en Afrique du Sud et Jérémie Beyou peine dans des méandres anticycloniques. Il y a au moins trois mondes autour du monde : celui des premiers ballottés par les flots agités voire malveillants de l’océan Indien, les retardataires englués sous l’Afrique dans des vents de plus en plus erratiques, les derniers qui bataillent dans les alizés poussifs de l’Atlantique Sud, en attente d’une dépression australe !

Gris taupe, gris anthracite, gris souris, gris ardoise, gris perle, gris tourterelle, gris argent, gris acier, gris-noir, blanc-gris, gris verdâtre, gris chaud, grisaille, lavis d’encre, gris Trianon, gris ciel, gris typographique, gris froid… Toutes ces nuances se déclinent de l’Afrique du Sud aux Malouines, en passant par la Nouvelle-Zélande et le cap Horn. En une succession de dépressions, de fronts, de zones de transition, de perturbations. En une ribambelle de nuages cumuliformes, de nimbostratus persistants, d’altocumulus lenticulaires, de grains, de pluie, de crachin, de boucaille, de bruine, d’embruns ! Un coin de ciel bleu… et tout s’illumine.

Le Soleil ou la Lune n’ont plus aucune prise sur ce plafond plombé, ce couvercle pesant, cette humidité prégnante. Au dehors, sous la casquette, devant la table à cartes, l’eau est partout, condense, imprègne, imbibe. Il n’y a aucune alternative… et en sus, cette brise frigorifique et piquante ne fait qu’augmenter la sensation d’un bout du monde. Sans compter qu’une fois le front froid passé, c’est un carambolage d’averses et de cumulonimbus, de grésil et de neige fondue qui perce la moindre couche de protection.

Prendre du Sud sans exagération…

Pour les leaders, le cap de Bonne Espérance est déjà loin dans le tableau arrière et devant l’étrave, il n’y a que désolation jusqu’au Sud des îles du Sud de la Nouvelle-Zélande, du côté de Campbell ou d’Auckland. Sur la route, l’archipel des Kerguelen, et plus au Nord Saint-Paul et Amsterdam, des confettis au milieu de l’immensité océanique… Pas vraiment de quoi flâner si ce n’est pour croiser le chemin du Nivôse, la frégate de la Marine Nationale qui sillonne ces mers australes autour des TAAF où la pêche est parfois miraculeuse. Le navire devrait tenter de récupérer Kevin Escoffier à bord de Yes We Cam!, si les conditions le permettent.

Ce qui n’est pas évident car l’océan Indien s’est réveillé de mauvaise humeur depuis que les deux dépressions australes ont fusionné pour former une perturbation de près de 2 000 milles de diamètre, s’étendant du cap de Bonne-Espérance jusqu’à l’Est de l’île Heard, couvrant les Quarantièmes Rugissants jusqu’aux Soixantièmes ! Une sorte de monstre météorologique qui a vocation à se déliter sur place avant de se réactiver sous l’influence d’une nouvelle dépression, phénix des mers du Sud…

Et c’est dans ces conditions que les leaders naviguent, Charlie Dalin (Apivia) plutôt le long du 40° Sud dans un flux de secteur Sud-Ouest puissant sur une mer encore très agitée, tandis que Louis Burton (Bureau Vallée 2) a choisi une trajectoire plus méridionale, plus « engagée » aussi, plus animée avec près de trente nœuds de brise sur des vagues de six mètres, le long du 42° Sud. Leurs routes devraient converger après le passage de l’archipel de Crozet, situé à l’intérieur de la Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA) relevée en raison de la présence d’icebergs décelés par CLS en collaboration avec le CNES. Bref, le champ tactique va être un peu plus ouvert une fois passé le 51° Est, mais il est fort probable que les solitaires de tête ne plongent pas si Sud vers les Kerguelen, pour éviter les souffles malveillants qui règnent autour de l’archipel.

Un Indien pas très pacifique

L’entrée dans l’océan Indien n’a pas été simple : après la récupération de Kevin Escoffier par Jean Le Cam (avec la participation de Yannick Bestaven, de Boris Herrmann et de Sébastien Simon), « passager clandestin » qui pourrait être débarqué sur la frégate de surveillance des pêches, le Nivôse, en route entre les Kerguelen et l’archipel de Crozet, Sébastien Simon (ARKEA-PAPREC) a touché un objet flottant non identifié qui a profondément impacté son foil, tandis que Sam Davies (Initiatives Cœur) a vu sa quille bouger suite à un choc violent. Les deux solitaires font route vers le Nord pour tenter de trouver une mer plus paisible près des côtes sud-africaines, dans l’espoir de réparer sans faire escale. Quant à Alex Thomson (HUGO BOSS), il devrait atteindre Cape Town ce vendredi matin et annoncer officiellement son abandon.

Quant à celles et ceux qui ne baignent pas encore dans les affres nauséabondes d’une immensité marine au-delà du cap de Bonne-Espérance, ce n’est pas l’extase ! L’anticyclone de Sainte-Hélène fait encore des siennes, se repliant sur lui-même avant de s’expandre sous la corne africaine, ralentissant le duo Alan Roura (La Fabrique) - Stéphane Le Diraison (Time for Oceans), freinant le retour dans le match d’Armel Tripon (L’Occitane en Provence), d’Arnaud Boissières (La Mie Câline-Artisans Artipôle) et de Manuel Cousin (Groupe Sétin)…

Pendant ce temps, Fabrice Amedeo (Newrest-Art & Fenêtres) voit sa progression stoppée net comme un moustique sur un pare-brise et le retour du groupe qu’il a quitté quelques jours auparavant mené par Alexia Barrier (TSE-4myplanet) et Miranda Merron (Campagne de France). Bref quand les premiers alignent des moyennes à plus de 400 milles quotidiens, le dernier Jérémie Beyou (Charal) peine à cumuler plus de 250 milles par jour : l’écart de la flotte ne fait que se creuser avec déjà plus de 3 500 milles de différentiel ! Même l’espoir est gris en ce prélude au « Black Friday »…

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.