Entretien avec Violette Dorange : « Donner du sens à mon sport, me rendre utile, c'est ma volonté »

Vendée Globe
Vendredi 29 octobre 2021 à 16h33

Après avoir remporté les championnats de France jeunes en 420, participé à la Mini-Transat et à la Solitaire du Figaro, Violette Dorange se lance dans l’aventure du Vendée Globe 2024. Un projet tellement incroyable que toute la vie de la jeune femme est tournée vers cet objectif ! Entretien.

©Bernard Le Bars
Après avoir remporté les championnats de France jeunes en 420, participé à la Mini-Transat et à la Solitaire du Figaro, Violette Dorange se lance dans l’aventure du Vendée Globe 2024. Un projet tellement incroyable que toute la vie de la jeune femme est tournée vers cet objectif ! Entretien.

Revenons un peu sur votre parcours. Très jeune, vous vous êtes lancée dans les défis…

"J’ai découvert cette discipline à l’âge de 7 ans avec la voile légère : je faisais de l’Optimist, du 420 en sport-étude au lycée et c’est en continuant dans cette voie que j’ai découvert le haut niveau en voile. J’ai fait des courses à l’international, moi et ma coéquipière avons participé trois fois aux championnats du monde et nous avons ramené une médaille chaque année ! Nous étions double-championnes de France, ces années ont été très belles, ça a plutôt bien marché. En parallèle, j’ai traversé la Manche puis le détroit de Gibraltar en Optimist. J’avais 15 ans, c’était un petit record parce qu’à l’époque ça n’avait encore jamais été fait par quelqu’un d’aussi jeune ! J’ai adoré partir à 3h du matin de l’île de Wight pour arriver le soir à 19h à Cherbourg… 15h de navigation en Optimist c’est impressionant ! Partir de nuit, croiser les cargos, c’était génial. Cette expérience m’a marqué, j’ai toujours eu envie de faire un tour du monde, une traversée. Cette épreuve a amorcé quelque chose, c’était le début de l’aventure, le premier défi qui m’a convaincu de me consacrer à la course au large plutôt que de choisir la voie de l’Olympisme. Par la suite tout s’est enchaîné, à 18 ans j’ai entrepris la traversée de l’Atlantique avec la Mini Transat, j’ai fait la Solitaire du Figaro et aujourd’hui je prépare le Vendée Globe 2024 !"

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La voile, une passion familiale ?

"Une passion familiale oui, nous pratiquons tous la voile ! Comme nous vivons au bord de la mer, à la Rochelle, mon père nous a toujours encouragé à pratiquer un sport nautique ! Ma sœur en a fait jusqu’à la fin du lycée, et mon frère, lui, continue encore aujourd’hui ; il est sur les ETF, les bateaux volants, les 69F, son objectif c’est l’America’s Cup !"

La course au large, plus aventureux que l'olympisme ?

"Il est clair que le défi et l’aventure sont deux composantes de la course au large. Aller d’un point A à un point B, progresser en mer grâce à la force de la voile et de ses petits bras, je trouve ça fou, j’aime beaucoup l’idée, c’est plus aventureux. En olympisme je ressens moins d’adrénaline, la voie du 4.7 ne me tentait pas et c’est une discipline où les sportifs peuvent rester de longues années dans l’attente de faire les JO. Et puis, j’aime monter mes projets, c’est dans cet esprit que je navigue."

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La fondation Apprentis d'Auteuil est votre principal partenaire, quelle dimension donne-t-elle à votre projet ? 

"J’ai raisonné mon projet voile, je me suis longuement questionner sur la manière dont je voulais le mener. Le Vendée Globe est un gros vecteur de communication, j’ai envie d’en faire profiter la fondation Apprentis d’Auteuil, je veux qu’elle ait sa place sur mon bateau. Aujourd’hui nous travaillons ensemble sur le projet DeVenir, de grands axes se dessinent doucement : leur donner de la visibilité, parler haut et fort de la jeunesse en difficulté, être au contact des jeunes et petit à petit aller dans des centres et découvrir les actions de la fondation. La protection de l’enfance, l’éducation, la formation, l’insertion, elle les accompagnent et ce bien au-delà de 18ans !

Lors de mes visites dans les centres j’ai été extrêmement touchée, je suis fière de vivre cette aventure avec eux. À terme, nous aimerions ouvrir un centre de formation en Bretagne, dans des lieux proches de la mer, pour créer un lien entre le milieu de la voile et les centres de formation. J’ai toujours eu envie de donner du sens à mon sport, me rendre utile, c’est ma volonté."

Dans quel état d'esprit participez-vous au Vendée Globe 2024 ?  

"C’est un rêve depuis que je suis toute petite. Cela fait des années que j’assiste aux grands départs ! Depuis que nous avons officialisé ma participation il y a un an, je n’ai plus que ça en tête. Ça devient concret, j’avance, je cherche des partenaires, désormais ce n’est plus un rêve mais un objectif. Souvent je m’imagine au milieu des mers du sud, mais j’ai encore quelques difficultés à visualiser ce qui m’attend !"

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Jean Le cam a promis de "co-construire" avec vous ce grand projet, que représente cette collaboration ?

"C’est une vraie chance, je suis honorée qu’il ait accepté de me louer son bateau. Je sais qu’auprès de lui je vais apprendre de grandes choses : avoir le bon sens marin, ne pas faire trop de « bêtises » à bord de l’IMOCA… Comme le dit Jean Le Cam, il n’est pas seulement question d’héritage, ça ne va pas que dans un sens, c’est un échange. Il est très investi et se sent concerné par mon projet avec Apprentis d’Auteuil ! J’ai le sentiment que nous avons la même vision des choses, nous allons bien travailler ensemble."

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En jeune skippeur aguerrie, qu’est-ce qui selon vous peut freiner les jeunes femmes à se lancer dans le milieu de la voile ?

"Je pense que la peur crée un blocage. Beaucoup de jeunes femmes se persuadent que ce sont des projets dits « masculins », elles sont convaincues de ne pas avoir les ressources nécessaires pour entreprendre de tels périples. La féminisation de la voile me rend très heureuse, nous sommes de plus en plus nombreuses à nous faire une place sur un bateau. Nous sommes capables de naviguer !

Être une femme skipper est une force. Il ne faut pas hésiter, se servir de cet atout, foncer et surtout bien naviguer !"

Dans votre cas, qu’est-ce qui a été encourageant ?

"Commencer très jeune m’a beaucoup aidé. Quand on commence en Optimist c’est très ouvert, tout est encore possible, il y a autant de filles que de garçons. Petit à petit j’ai été les deux pieds dedans et j’ai continué dans cette voie.

L’entourage a aussi un rôle à jouer. Pour monter un projet il faut à ses côtés une personne sur qui compter, sur qui s’appuyer, avec qui travailler. Mon père m’a beaucoup aidé, aujourd’hui il travaille avec moi pour le Vendée Globe 2024. Avoir une personne à côté de soi, c’est très important, ça aide".

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…