6 questions à… Olivier de Roffignac, directeur de Pantaenius Assurances Plaisance Monaco

Economie

Rendez-vous avec celles et ceux qui font le nautisme d’aujourd’hui et de demain : cette semaine, Olivier de Roffignac, directeur de Pantaenius Assurances Plaisance Monaco.

Rendez-vous avec celles et ceux qui font le nautisme d’aujourd’hui et de demain : cette semaine, Olivier de Roffignac, directeur de Pantaenius Assurances Plaisance Monaco.

Figaro Nautisme : Comment se spécialise-t-on dans l’assurance plaisance ?

Olivier de Roffignac : C’est avant tout une histoire de rencontres. Très honnêtement, je ne me destinais absolument pas à travailler dans le monde de l’assurance, même dans le monde de la plaisance. Je suis passionné par la voile et la mer depuis mon enfance. J’ai commencé à naviguer avec mon grand-père et mon père à La Rochelle, et j’étais sur l’eau quasiment tous les week-ends de l’année. Avec mon frère, nous faisions partie de ces enfants qui passent leur temps sur les pontons, qui jouent, qui pêchent des crevettes en attendant de partir en mer à bord du bateau familial. Il ne s’agissait pas de régate, simplement de naviguer ensemble.
Le Grand Pavois représentait un moment très attendu. Nous passions des heures à récupérer les brochures des constructeurs pour ensuite les étudier pendant des mois, jusqu’à connaître par cœur les caractéristiques de chaque bateau. J’ai ensuite pratiqué la planche à voile et travaillé de nombreuses années comme moniteur en école de voile. Mes études m’ont conduit en Méditerranée, où j’ai beaucoup régaté en habitable avec des équipages de très bon niveau. Ensuite, je suis parti faire mon service militaire en Guadeloupe comme moniteur de voile. La seule arme que j’ai brandie pendant cette année a été un fusil sous-marin pour aller à la pêche [Rires !]. J’en ai profité aussi pour passer mon PPV, ce qui m’a permis, à mon retour, de créer une école de voile sur un habitable. Le bateau était basé à l’Aber Wrac’h et nous allions aux Scilly peut être 15 ou 20 fois dans la saison...
Mon rêve absolu était alors de me lancer dans la course au large et de faire la Mini Transat.
En 1999, à 24 ans, j’ai trouvé un Pogo 1, le numéro 7 de la série. L’achat n’était pas envisageable financièrement, mais la location restait accessible. Le propriétaire exigeait toutefois une assurance, et Pantaenius qui venait juste de s’installer à Monaco, faisait partie des rares assureurs acceptant de couvrir ce type de projet. Ils proposaient même une réduction sur la prime en échange d’un autocollant sur la coque. Inutile de préciser que j’ai sauté sur l’occasion.
À la fin de mes études, j’ai travaillé dans le sud de la France pour Monaco Marine. C’est dans ce cadre que Pantaenius nous a confié la réparation d’un Swan 57. Mon profil de coureur au large, de chef de chantier et ma formation d’architecte naval ont séduit le dirigeant de Pantaenius, qui m’a proposé de rejoindre l’entreprise. Et cela fait aujourd’hui plus de 20 ans que dure notre aventure commune.

Figaro Nautisme : L’assurance n’est pas une obligation légale en plaisance en France, alors, pourquoi s’assurer ?

Olivier de Roffignac : Effectivement, l’assurance n’est pas obligatoire pour un bateau en France. En revanche, il est tout simplement impossible d’entrer dans un port ou dans un chantier pour caréner sans disposer d’une assurance responsabilité civile. On peut donc dire que si la R.C. n’est pas juridiquement obligatoire, elle est concrètement indispensable.
L’assurance multirisques est, quant à elle, bien plus qu’utile. La valeur moyenne d’un bateau représente un patrimoine conséquent. Même si le vol d’un bateau reste relativement rare, les sinistres liés au feu ou aux tempêtes concernent tout le monde. Par ailleurs, lorsqu’un tiers est impliqué et identifié, le fait d’être assuré permet d’être indemnisé rapidement par son propre assureur, qui se retourne ensuite contre l’assurance adverse. Le plaisancier n’a alors aucune démarche complexe à effectuer. Le seul risque restant pour l’assuré est celui du montant de la franchise, d’où l’importance de bien comprendre son contrat.


Figaro Nautisme : Quels sont les points à bien vérifier, les bonnes questions à poser quand on reçoit une proposition d’assurance plaisance ?

Olivier de Roffignac : Le premier élément à vérifier est la valeur agréée. Il s’agit du montant fixé contractuellement entre l’assureur et l’assuré sur la valeur du bateau. Avec Pantaenius, cette valeur reste inchangée pendant toute la durée du contrat. Concrètement, si un bateau est assuré pour 100 000 euros et subit une perte totale plusieurs années plus tard, c’est bien ce montant qui sera remboursé.
Le second point concerne la vétusté appliquée lors des réparations après un sinistre. Dès qu’un bateau a plus de trois ans, un coefficient de vétusté est souvent appliqué par les assureurs.
Chez Pantaenius nous avons la possibilité de proposer des contrats d’assurance sans vétusté.
Il est également impératif de fournir des informations exactes à son assureur. La zone de navigation, l’état réel du bateau, les sinistres antérieurs, la navigation en solitaire, la participation à des courses ou encore la location occasionnelle doivent être déclarés. Une fausse déclaration ou une omission expose à un risque réel de non-couverture.
Il existe principalement deux grandes catégories de contrats. L’assurance « multirisques » couvre une liste précise d’événements définis, tandis que l’assurance « tous risques » couvre l’ensemble des sinistres, à l’exception d’une liste limitée d’exclusions. Il est essentiel de bien comprendre ces distinctions, notamment pour des situations spécifiques comme le convoyage du bateau par un professionnel, qui n’est pas toujours couvert. Enfin, il faut garder à l’esprit que la charge de la preuve avec un contrat « tous risques » incombe à l’assureur, qui doit démontrer qu’un sinistre relève ou non des exclusions prévues au contrat.


Figaro Nautisme : Votre métier consiste à assurer des bateaux pour permettre à leurs propriétaires de naviguer sereinement. De par votre expérience, quels sont les risques majeurs que les plaisanciers auront à affronter dans les années à venir ?

Olivier de Roffignac : Les sinistres qui ont le plus augmenté ces dernières années sont ceux liés à la foudre. Les raisons sont multiples : les phénomènes orageux sont plus nombreux, l’eau est plus chaude, les bateaux plus nombreux et les impacts de foudre font des dégâts considérables sur des unités bardées d’électronique. Et même le meilleur des skippers ne peut raisonnablement dire qu’il sait comment échapper à la foudre. C’est un vrai problème qui est en croissance constante. Il est donc important de bien vérifier sur son contrat les clauses concernant la foudre, y compris la franchise et la vétusté.
Nous sommes également confrontés à des événements climatiques de plus en plus violents. Chaque année, en Méditerranée, à partir de la mi-août, nous observons des phénomènes météorologiques brusques et extrêmes qui peuvent détruire de nombreux bateaux sur des mouillages entiers et ce, en quelques minutes seulement.
Enfin, le dernier risque qui se développe ces dernières années est le feu à bord avec des conséquences désastreuses dues à la présence des batteries lithium à bord. C’est un vrai sujet pour nous. Ces batteries sont omniprésentes sur nos bateaux et quand elles s’embrasent, il est quasiment impossible de les éteindre. Certains yachts sont maintenant équipés d’une armoire spéciale pour stocker les batteries lithium, avec des capteurs de chaleur et surtout un système pour les éjecter à la mer en cas de feu... C’est dire que c’est un vrai sujet !
Dernier point : le manque de places de port, surtout en Méditerranée, impose à certains propriétaires d’accepter un poste d’amarrage moins bien protégé, avec les risques que cela implique.


Figaro Nautisme : Pantaenius Assurances Plaisance en chiffres ?

Olivier de Roffignac : Pantaenius existe depuis 125 ans et s’est spécialisé dans la plaisance depuis 50 ans. L’objectif était alors de répondre au besoin d’un plaisancier qui n’était pas satisfait des services de son assurance et qui est toujours le propriétaire de l’entreprise aujourd’hui avec ses 3 enfants [Rires !]. Nous sommes 500 personnes à travailler chez Pantaenius, dont 270 pour la partie plaisance. Nous avons des bureaux dans 11 pays et assurons 110 000 bateaux, qui vont de l’Optimist au Superyacht de plus de 100 mètres.


Figaro Nautisme : Votre dernière navigation et la prochaine ?

Olivier de Roffignac : J’ai eu la chance de participer aux dernières Voiles de Saint Tropez sur le Swan 48 de 1973 du propriétaire de Pantaenius. Un moment vraiment très spécial pour le passionné de bateaux et de régate que je suis.
Ma prochaine longue navigation est prévue cet été, avec des amis et la famille. Tous les deux ans environ, nous partons à une quarantaine de personnes sur plusieurs bateaux de location. Pour beaucoup, c’est une expérience unique, et ils reviennent systématiquement convaincus d’avoir vécu leurs meilleures vacances. C’est toute la magie de la mer et de la navigation de plaisance.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.