Hommage à Charlie Dalin, le marin qui a conquis le Vendée Globe avec pudeur et courage

Course au large
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Charlie Dalin est décédé ce jeudi 11 juin, à l’âge de 42 ans, des suites d’un cancer gastro-intestinal contre lequel il se battait depuis plus de 2 ans. Vainqueur du dernier Vendée Globe, le skipper normand laisse derrière lui l’image d’un marin d’exception, méthodique, discret et profondément attaché à la mer. De ses premiers bords en Optimist à son tour du monde record, son parcours raconte l’histoire d’une passion devenue destin.

Charlie Dalin est décédé ce jeudi 11 juin, à l’âge de 42 ans, des suites d’un cancer gastro-intestinal contre lequel il se battait depuis plus de 2 ans. Vainqueur du dernier Vendée Globe, le skipper normand laisse derrière lui l’image d’un marin d’exception, méthodique, discret et profondément attaché à la mer. De ses premiers bords en Optimist à son tour du monde record, son parcours raconte l’histoire d’une passion devenue destin.

© Jean-Marie Liot

Il y a des victoires qui dépassent le sport. Celle de Charlie Dalin sur le Vendée Globe, le 14 janvier 2025, appartient désormais à cette catégorie rare. Ce jour-là, aux Sables-d’Olonne, le skipper de MACIF Santé Prévoyance ne signait pas seulement le tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance le plus rapide de l’histoire de l’épreuve. Il bouclait aussi une traversée beaucoup plus intime, menée loin des caméras, avec une maladie qu’il avait choisi de garder pour lui pendant de longs mois.
Charlie Dalin est décédé ce jeudi 11 juin à 42 ans. Sa disparition laisse un vide immense dans le monde de la course au large, où son nom restera associé à une forme de précision, de retenue et d’exigence. Il n’était pas de ceux qui occupent l’espace par de grandes déclarations. Son langage était celui des trajectoires, des choix météo, des réglages, des détails invisibles qui font gagner des milles et parfois une vie de marin.

Un enfant du Havre happé par la mer

Charlie Dalin n’est pas né dans une famille de marins. Son lien avec la voile s’est construit ailleurs, presque par hasard, pendant des vacances en Bretagne. À 6 ans, il découvre l’Optimist à Crozon. Le petit bateau devient vite plus qu’une activité d’été. Il y trouve un terrain de jeu, puis une passion, puis une direction.
Enfant du Havre, il grandit face à une mer qui n’a rien d’un décor. La Manche, les cargos, les vents changeants, la lumière normande et l’horizon portuaire forment un paysage qui colle à son histoire. Très tôt, la voile devient sérieuse. Il passe par le 420, les régates, l’apprentissage patient de la compétition. Chez lui, la passion ne s’exprime pas dans l’excès, mais dans la méthode. Cette rigueur, qui deviendra l’une de ses signatures, se dessine déjà.
Après le bac, Charlie Dalin choisit l’architecture navale. Il part étudier à l’université de Southampton, au Royaume-Uni, où il obtient son diplôme en 2006. Cette formation marque profondément sa manière de naviguer. Il ne sera jamais seulement un barreur ou un stratège. Il comprendra les bateaux de l’intérieur, leur architecture, leurs limites, leurs réactions. À bord, cette double culture de marin et d’ingénieur fera de lui un concurrent redoutable, capable de pousser très loin la réflexion sans jamais perdre le contact avec les sensations.

Le long apprentissage du large

Avant de devenir un visage du Vendée Globe, Charlie Dalin passe par les filières les plus exigeantes de la course au large française. Le Mini, le Figaro, Port-la-Forêt : autant d’écoles où rien ne s’obtient sans régularité. En 2011, il intègre le pôle Finistère Course au Large. L’année suivante, il remporte la Transat AG2R La Mondiale avec Gildas Morvan. La progression est lancée.
Dans les années qui suivent, il s’installe parmi les meilleurs figaristes. Il décroche deux titres de champion de France de course au large en solitaire, en 2014 puis en 2016, et monte à plusieurs reprises sur le podium de la Solitaire du Figaro. Cette période forge son style : une navigation propre, analytique, presque chirurgicale, mais jamais froide. Charlie Dalin avance étape par étape, sans brûler les marches, avec cette patience des marins qui savent que le large ne pardonne pas l’approximation.
Son passage dans la filière Macif lui permet ensuite de franchir un cap. Le Havrais entre progressivement dans le monde de l’IMOCA, ces monocoques de 60 pieds conçus pour les plus grandes courses océaniques. En 2019, avec Yann Eliès, il remporte la Transat Jacques Vabre sur Apivia. Le grand public découvre alors un skipper déjà très complet, capable de conjuguer performance, sens technique et maîtrise stratégique.

Le Vendée Globe, d’une frustration à une consécration

Le Vendée Globe 2020-2021 aurait pu être sa première grande consécration. Charlie Dalin franchit la ligne d’arrivée en premier aux Sables-d’Olonne après 80 jours de mer. Mais le classement final lui échappe. Yannick Bestaven est déclaré vainqueur grâce aux bonifications accordées pour sa participation au sauvetage de Kevin Escoffier. Dalin termine 2e. Cette issue aurait pu laisser une blessure. Elle devient surtout un moteur.
Quatre ans plus tard, il revient avec MACIF Santé Prévoyance, un bateau de dernière génération mis à l’eau en 2023, dont il suit la conception avec l’œil de l’architecte naval et l’obsession du compétiteur. La revanche sportive se construit dans la durée, avec le souci permanent du détail. Charlie Dalin ne prépare pas seulement une course. Il prépare un système complet : bateau, équipe, performance, endurance, sommeil, alimentation, mental.
Entre les 2 Vendée Globe, son palmarès s’étoffe encore. Il gagne la Vendée Arctique, la Rolex Fastnet Race, la New York - Vendée Les Sables d’Olonne, confirme son statut en IMOCA et s’impose comme l’un des grands favoris du tour du monde 2024-2025. Tout semble alors parfaitement aligné. En apparence seulement.

© Vincent Curutchet / Alea

La maladie, gardée dans l’ombre

À l’automne 2023, sa préparation bascule. Charlie Dalin découvre qu’il souffre d’un cancer gastro-intestinal. La maladie est grave, intime, brutale. Elle surgit alors que le Vendée Globe approche, bouleverse son calendrier, l’oblige à renoncer à certaines courses et à réorganiser toute sa vie autour des soins.
Il choisit pourtant de continuer, après accord médical. Pas par inconscience. Pas par goût du risque. Plutôt parce que la mer reste son cap, son équilibre, peut-être aussi une manière de ne pas laisser la maladie tout envahir. Pendant le Vendée Globe, il suit un traitement, adapte son alimentation, ajuste son sommeil, organise son quotidien autour de contraintes que personne ou presque ne connaît alors.
Cette pudeur dit beaucoup de lui. Charlie Dalin ne voulait pas que sa maladie prenne toute la place. Il voulait être jugé comme marin, comme compétiteur, comme homme de mer. Lorsqu’il révélera plus tard son combat dans son livre La Force du destin, le récit donnera une autre profondeur à ce que le public avait vu en janvier 2025 : non pas seulement une victoire, mais un exploit tenu debout par une force intérieure rare.

Un tour du monde record, une victoire à part

Le 14 janvier 2025, Charlie Dalin franchit la ligne d’arrivée du Vendée Globe en vainqueur après 64 jours, 19 heures, 22 minutes et 49 secondes. Le record de l’épreuve est pulvérisé de plus de 9 jours. Derrière ce chiffre vertigineux, il y a un duel magnifique avec Yoann Richomme, une maîtrise impressionnante des mers du Sud, des choix stratégiques assumés et une capacité à rester fidèle à son plan même sous la pression.
Cette victoire est la consécration d’une carrière entière. Elle referme aussi une boucle ouverte 4 ans plus tôt, lorsqu’il avait été le premier à rentrer sans être officiellement vainqueur. Cette fois, il gagne tout : la ligne, le classement, le record, l’histoire. Mais à la lumière de ce que l’on apprendra ensuite, ce succès prend une dimension plus intime encore. Charlie Dalin a gagné le Vendée Globe avec la maladie à bord, sans en faire un étendard, sans chercher à dramatiser, simplement en continuant à naviguer.
Il y avait dans cette attitude quelque chose de profondément fidèle à l’homme qu’il semblait être : déterminé, précis, courageux, mais toujours contenu. Il ne jouait pas au héros. Il faisait son métier de marin avec une exigence totale, même lorsque le combat dépassait largement le cadre du sport.

Une empreinte durable dans la course au large

Charlie Dalin laisse un palmarès immense, mais son héritage ne tient pas seulement aux victoires. Il restera comme l’un des marins les plus complets de sa génération, à la fois technicien, stratège, compétiteur et homme d’équipe. Son parcours raconte aussi la force des filières françaises de course au large, du Figaro à l’IMOCA, et cette capacité à former des navigateurs capables d’affronter les océans avec autant d’intelligence que d’engagement.
Sa disparition touche profondément la voile parce qu’elle emporte un champion encore jeune, au sommet de son art, mais aussi parce qu’elle rappelle la fragilité derrière les exploits. Les images de son arrivée victorieuse aux Sables-d’Olonne resteront longtemps : un marin fatigué, heureux, presque incrédule, accueilli par la foule après avoir traversé le monde plus vite que tous les autres avant lui. Charlie Dalin avait réalisé son rêve d’enfant. Il l’avait fait avec talent, avec pudeur, avec une force qui ne cherchait pas à s’imposer mais qui s’imposait d’elle-même. Dans l’histoire du Vendée Globe, son nom restera associé à un record, à une victoire et à un courage discret. 

Dans la mémoire de la course au large, il restera surtout comme un marin qui a tenu son cap jusqu’au bout.
 

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.