Partis dimanche 6 septembre des Sables-d’Olonne pour près de 30 000 milles autour du monde, les 16 skippers de la Golden Globe Race 2026 n’auront pas eu longtemps pour savourer leur départ. Après les adieux et la foule vendéenne, le golfe de Gascogne leur a rapidement rappelé ce qui les attend pendant les sept à huit prochains mois : mer formée, vent de face, mal de mer, premières avaries et choix stratégiques. Mardi, le Français Damien Guillou avait pris les commandes de la flotte.

Il y avait encore des milliers de personnes sur les quais quelques heures plus tôt. Des familles, des passionnés venus parfois de très loin et, pour chacun des 16 marins, une dernière poignée de main de Sir Robin Knox-Johnston. Puis Les Sables-d’Olonne ont disparu derrière l’horizon.
Dimanche 6 septembre, la Golden Globe Race 2026 a officiellement commencé. Devant les concurrents : environ 30 000 milles nautiques et un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, par les caps de Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn. Un voyage de sept à huit mois mené à bord de voiliers traditionnels, sans GPS ni routage électronique.
Une course à contre-courant de la voile océanique moderne, où la navigation astronomique, l’endurance et la capacité à réparer avec les moyens du bord retrouvent une place centrale.
Des Sables-d’Olonne chargés d’histoire
Avant de prendre la mer, les concurrents ont vécu deux semaines mêlant contrôles de sécurité, derniers préparatifs et rendez-vous avec le public.
Cette quatrième édition moderne de la Golden Globe Race a notamment renoué avec l'histoire de l'épreuve. Sir Robin Knox-Johnston, seul marin à avoir terminé le Sunday Times Golden Globe de 1968-1969 à bord de Suhaili, était présent pour accompagner les navigateurs jusqu'au départ. Dimanche, il a serré la main de chacun avant qu'il ne quitte le ponton.
La mémoire de Donald Crowhurst, disparu lors de l'édition originelle, était également présente. Son fils Simon Crowhurst a remis aux participants la pièce commémorative officielle de cette édition.
Sur l'eau, le passé et le présent se sont aussi croisés. La parade précédant le départ réunissait notamment la réplique viking Olaf d'Olonne, le bateau de pêche traditionnel Kifanlo, le Swan 57 Explorer ou encore Joshua, le célèbre ketch de Bernard Moitessier.
Les 16 concurrents ont ensuite quitté la marina à deux minutes d'intervalle, clin d'œil aux départs individuels de 1968.
Un départ tranquille… qui n'a pas duré
Au large, les premières heures ont presque offert un faux sentiment de facilité. Le vent était faible sur le petit parcours côtier organisé devant Les Sables-d'Olonne. Le Britannique Henry Wootton, sur son Cape George 36 Privateer, a été le premier à franchir la dernière marque avant que la flotte ne mette définitivement le cap vers le large.
Mais le golfe de Gascogne n'a pas tardé à changer de visage.
Après une première nuit dans des vents faibles de face et une mer d'environ 1,5 mètre, les conditions se sont nettement renforcées. Mardi matin, le passage d'un front a apporté des vents de sud-ouest de 25 à 35 nœuds et des vagues atteignant environ trois mètres, toujours de face.
À bord, les premières difficultés sont apparues : mal de mer pour certains, infiltrations d'eau au-dessus des couchettes ou des tables à cartes pour d'autres. Trois jours seulement après le départ, la course avait déjà abandonné l'ambiance de fête des pontons.
Premières réparations en mer et premier retour au port
Pour certains skippers, les ennuis ont commencé encore plus tôt.
Le Suédois Pär Nyman, à bord du Rustler 36 Lazy Otter, a dû revenir aux Sables-d'Olonne après avoir perdu un élément important de son gréement avant le départ, puis constaté un problème de gouvernail en mer.
La sortie du bateau lundi a révélé un boulon cassé. Un deuxième s'est rompu pendant son démontage. Avec l'aide du vainqueur de la Golden Globe Race 2018, Jean-Luc Van den Heede, les pièces nécessaires ont pu être trouvées et les réparations réalisées. Mardi, Pär Nyman espérait reprendre la mer tôt mercredi 9 septembre.
Un contretemps conséquent, mais encore loin d'être rédhibitoire : la progression difficile de la flotte dans le golfe de Gascogne ne lui avait alors laissé qu'environ 140 milles de retard.
Louis Kerdelhué, le plus jeune concurrent de cette édition, a lui aussi connu une première alerte. Le Français a signalé mardi un problème sur la tête de commande de son Hydrovane, son système de régulateur d'allure, à bord de son Biscay 36 IE Charge. Incapable dans un premier temps de la sécuriser correctement, il a envisagé un retour aux Sables-d'Olonne.
Quelques heures plus tard, les nouvelles étaient meilleures : une réparation provisoire tenait et le skipper pouvait poursuivre sa route vers le sud.
Damien Guillou prend les commandes
Dans ce début de course compliqué, Damien Guillou a choisi une trajectoire plus méridionale à bord de son Rustler 36 Solarem. Une option qui lui permettait de mener la flotte mardi 8 septembre à 12 h UTC.
Derrière lui, les concurrents s'étaient répartis en plusieurs groupes. Certains avaient préféré rester plus au nord dans l'espoir de bénéficier plus rapidement d'une rotation du vent. Celle-ci a finalement atteint les différentes routes presque simultanément, maintenant le suspense avant le passage du cap Finisterre.
Et ce passage pourrait déjà provoquer les premiers écarts importants.
Les prévisions communiquées mardi par la direction de course annonçaient en effet l'installation d'un centre de hautes pressions sur la zone dans les 24 à 36 heures suivantes. Les navigateurs capables de contourner le cap Finisterre avant l'affaiblissement du vent pourraient prendre une avance considérable sur ceux qui resteraient bloqués derrière.
« Sortir du golfe de Gascogne est toujours difficile », résume Don McIntyre, fondateur et président de la Golden Globe Race. Selon lui, les premiers à franchir cette zone pourraient soudainement disposer d'un ou deux jours d'avance.
Huit mois d'aventure suivis presque en direct
Cette édition se distingue aussi par un dispositif inédit pour rapprocher le public des marins. Avec « GGR Window Live », les organisateurs proposent de suivre et d'écouter huit skippers en temps réel, 24 heures sur 24.
Le système permet déjà d'observer une réalité bien différente des images spectaculaires du départ. La Norvégienne Helga Marie « Mara » Løvenskiold Kveseth, engagée sur le Saltram Saga 36 Showgirl, a notamment raconté ses problèmes d'infiltration d'eau alors qu'elle récupérait à l'intérieur de son bateau après les premières heures difficiles dans le golfe de Gascogne.
Le Britannique Ertan Beskardes a, lui, illustré une autre philosophie de cette course. Après être remonté jusqu'à la deuxième place sur son Rustler 36 Miss Beagle, il a simplement arrêté de naviguer pendant la nuit afin de se reposer, avant de repartir vers midi mardi. Pour lui, préserver le marin et le bateau compte davantage que de défendre une position après seulement quelques dizaines de milles.
Une approche qui résume assez bien l'esprit de la Golden Globe Race. Lors des éditions modernes précédentes, seuls cinq des 18 partants avaient terminé sans escale en 2018, puis trois des 16 engagés en 2022.
Le véritable tour du monde ne fait que commencer
Le cap Horn, les tempêtes australes et les semaines de solitude sont encore très loin. Les concurrents doivent d'abord sortir du golfe de Gascogne, traverser l'Atlantique Nord, négocier le Pot-au-Noir puis descendre tout l'Atlantique Sud avant d'atteindre les hautes latitudes.
L'océan Austral ne devrait pas apparaître avant environ deux mois.
À l'échelle des sept ou huit mois de navigation qui attendent les marins, les premiers jours pourraient presque sembler anecdotiques. Ils donnent pourtant déjà le ton : sur la Golden Globe Race, préserver son bateau, savoir réparer et accepter de ralentir peuvent compter autant que la vitesse.
La foule des Sables-d'Olonne est désormais loin derrière. Pour les 16 solitaires, la course vient réellement de commencer.
Suivez les skippers grâce à la cartographie en direct ! Et pensez à consulter les prévisions sur METEO CONSULT Marine.
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