Route du Rhum 2026 : Tom Laperche s'impose en maître et pulvérise le record de la traversée
Il en rêvait depuis l'enfance. Dans la nuit du samedi 7 au dimanche 8 novembre, Tom Laperche a vu son rêve devenir réalité en franchissant la ligne d'arrivée à Pointe-à-Pitre, sous les acclamations du public guadeloupéen. À 22 h 31 min 40 s, heure locale, soit 3 h 31 min 40 s à Paris, le skipper de SVR-Lazartigue a remporté sa toute première Route du Rhum, au terme d'une démonstration de vitesse et de maîtrise.
Son chrono donne le vertige : 6 jours, 13 heures, 27 minutes et 40 secondes pour rallier la Guadeloupe depuis Saint-Malo. Il améliore ainsi de 6 heures, 19 minutes et 45 secondes le record établi par Charles Caudrelier en 2022.
Sur les 3 542 milles théoriques de la transatlantique, Tom Laperche aura réellement parcouru 4 308,32 milles nautiques, à une vitesse moyenne impressionnante de 27,18 nœuds, soit plus de 50 km/h. Des chiffres qui témoignent de l'engagement du marin et des performances de son trimaran géant.
À 29 ans, il devient également le troisième skipper de moins de 30 ans à remporter la Route du Rhum, après Marc Pajot en 1982 et Laurent Bourgnon en 1994. Une belle manière de rejoindre les grands noms d'une épreuve qui fait rêver des générations de navigateurs.
Dès le départ donné le 1er novembre à Saint-Malo, Tom Laperche a affiché ses ambitions. Rapide, précis et particulièrement à l'aise à bord de SVR-Lazartigue, le jeune Breton s'est immédiatement installé parmi les hommes forts de la flotte Ultim.
Le premier tournant intervient dès le passage du cap Fréhel. Face à Armel Le Cléac'h, son principal rival à bord de Banque Populaire XI, Tom Laperche négocie parfaitement ses premières options et prend les commandes de la course. Une position qu'il ne quittera plus jusqu'à Pointe-à-Pitre.
Pour autant, cette domination n'a rien eu d'une promenade de santé. Les premières journées sont marquées par un rythme effréné, des manœuvres incessantes et une bataille stratégique particulièrement intense. Au large des Açores, les navigateurs doivent composer avec des vents instables, alternant zones de calme et puissantes rafales.
Dans ces conditions changeantes, Tom Laperche fait parler son sens de l'anticipation. Il exploite les capacités de son trimaran, ajuste ses trajectoires et parvient à conserver l'avantage dans les transitions météorologiques, souvent décisives sur une transatlantique aussi rapide.
Sa performance tient autant à la vitesse pure de SVR-Lazartigue qu'à sa capacité à prendre les bonnes décisions au bon moment. Une régularité remarquable sur un bateau aussi puissant, où la moindre erreur peut coûter plusieurs dizaines de milles.
Si Tom Laperche a réalisé une traversée presque parfaite, cette édition 2026 restera également marquée par les difficultés rencontrées par plusieurs favoris. Anthony Marchand, à bord d'Actual Ultim 4, est contraint de renoncer après une importante avarie de safran. Charles Caudrelier, tenant du titre et détenteur du précédent record, doit lui aussi abandonner après avoir endommagé un foil de son nouveau Maxi Edmond de Rothschild.
Mais l'événement le plus marquant survient le mercredi 4 novembre, lorsque Banque Populaire XI chavire au nord-ouest des Açores. Armel Le Cléac'h, qui se trouvait alors au contact de Tom Laperche, déclenche sa balise de détresse avant d'être secouru par un cargo panaméen.
L'annonce provoque une vive émotion chez le leader de la course. Tom Laperche se déroute temporairement pour porter assistance à son concurrent, avant d'apprendre que les secours ont pu intervenir.
Cet accident rappelle brutalement les risques inhérents à la navigation sur ces trimarans de plus de 30 mètres, capables d'atteindre des vitesses considérables au milieu de l'Atlantique.
Pour Tom Laperche, la physionomie de la course change. Avec une avance désormais confortable sur ses poursuivants, il doit trouver le bon équilibre entre performance et préservation de son bateau. Il ne s'agit plus seulement d'aller vite, mais aussi de ramener SVR-Lazartigue intact jusqu'à la Guadeloupe.
Une gestion du risque parfaitement maîtrisée, qui contribue autant à sa victoire que ses choix stratégiques des premiers jours.
Malgré son avance, Tom Laperche n'a pas pu relâcher complètement la pression dans les dernières heures. À l'approche des Antilles, les conditions météorologiques lui ont réservé un ultime défi.
Alors que les arrivées de la Route du Rhum se disputent généralement dans les alizés, le skipper a dû composer cette année avec une configuration bien différente. Vent de face, effets de relief autour des îles et nombreux virements de bord ont compliqué le contournement de la Guadeloupe.
Après presque une semaine en mer, la fatigue devient un adversaire supplémentaire. Sur un Ultim, chaque manœuvre demande une grande concentration et un engagement physique important. Une erreur de trajectoire, un mauvais réglage ou une décision trop tardive peuvent rapidement compromettre plusieurs heures d'efforts.
Tom Laperche choisit donc de privilégier la lucidité. Il ménage son bateau lorsque les conditions l'exigent, tout en conservant suffisamment de vitesse pour assurer son record.
Cette dernière portion, particulièrement technique, illustre parfaitement les qualités du jeune navigateur : une capacité à rester concentré jusqu'au bout, à analyser les conditions et à ne jamais confondre vitesse et précipitation.
Quelques milles plus tard, la ligne d'arrivée est enfin franchie. Le chronomètre s'arrête et laisse place à une explosion de joie. Pieds nus sur le filet de son trimaran, Tom Laperche savoure un instant qu'il attendait depuis des années.
Sur les pontons de Pointe-à-Pitre, l'émotion est immense. Accueilli par plusieurs milliers de spectateurs, Tom Laperche retrouve ses proches, son équipe et ceux qui l'ont accompagné dans son ascension.
Au-delà du record, c'est surtout la réalisation d'un rêve d'enfant qui le bouleverse. Pour le Breton, la Route du Rhum occupe une place particulière dans l'histoire familiale. Son père, Philippe Laperche, avait lui-même participé à l'édition 2010, en catégorie Multi50. Cette fois, c'est au tour du fils de franchir la ligne en vainqueur.
Interrogé sur son incroyable traversée, le skipper évoque une sensation rare, celle d'avoir parfois navigué en parfaite harmonie avec son bateau et son environnement.
« Sur cette course, j'ai parfois réussi à basculer dans une forme d'état de grâce : dès que je prenais une décision, c'était la bonne. » Une formule qui résume bien sa traversée. Pendant près de sept jours, Tom Laperche a semblé trouver naturellement les bons réglages, les trajectoires les plus efficaces et le rythme idéal pour exploiter tout le potentiel de SVR-Lazartigue.
Cette impression de facilité apparente cache pourtant des années de préparation, des milliers de milles parcourus et un travail considérable avec son équipe technique.
Car derrière la réussite individuelle se trouve également tout un collectif, mobilisé depuis plusieurs saisons pour faire de SVR-Lazartigue l'un des trimarans les plus performants du circuit Ultim.
Cette victoire n'est pas un hasard. À seulement 29 ans, Tom Laperche possède déjà un parcours impressionnant, construit depuis l'enfance autour de la voile et de la compétition.
Originaire de La Trinité-sur-Mer, il grandit dans un environnement où la course au large occupe une place importante. Son père pratique la voile, tandis que des navigateurs comme Laurent Bourgnon ou Thomas Coville font partie de l'univers familial.
Très jeune, Tom découvre les sensations de la navigation rapide. Il monte notamment à bord du trimaran ORMA de Thomas Coville à l'âge de huit ans. Une expérience qui nourrit sa passion pour les multicoques.
Les résultats suivent rapidement. Champion du monde d'Open Bic à seulement 11 ans, il se distingue ensuite en planche à voile et en monotype habitable, avant de s'orienter progressivement vers la course au large.
Sa rencontre avec François Gabart marque une étape déterminante. En 2019, il rejoint MerConcept dans le cadre de ses études d'ingénieur et participe au développement du futur SVR-Lazartigue.
Deux ans plus tard, il dispute la Transat Jacques-Vabre aux côtés de François Gabart et décroche la deuxième place. En parallèle, il poursuit son apprentissage en solitaire sur le circuit Figaro, jusqu'à remporter la Solitaire du Figaro en 2022.
François Gabart lui confie ensuite les commandes de SVR-Lazartigue, ouvrant un nouveau chapitre de sa carrière.
Tout n'est pourtant pas simple. En 2024, alors qu'il réalise un excellent début de course sur l'Arkéa Ultim Challenge – Brest, son tour du monde en solitaire s'interrompt après une collision avec un objet flottant non identifié.
Un coup dur, mais aussi une expérience formatrice.
En 2025, Tom Laperche revient au premier plan en remportant notamment la Rolex Fastnet Race et la Transat Café L'Or avec Franck Cammas.
La Route du Rhum 2026 vient désormais couronner cette progression. En quelques années, le jeune marin est passé du statut d'espoir prometteur à celui de référence incontournable de la course au large.
Si Tom Laperche a fait la différence par son talent, il a également pu compter sur un bateau exceptionnel. Mis à l'eau en 2021, SVR-Lazartigue est un maxi-trimaran de 32 mètres conçu pour naviguer à très haute vitesse, notamment grâce à ses foils qui permettent de soulever une partie de sa structure au-dessus de l'eau et de réduire la traînée.
Au fil des saisons, le bateau a évolué, bénéficiant du travail de développement mené par l'équipe MerConcept et de l'expérience accumulée par ses différents skippers. Cette connaissance approfondie du trimaran constitue l'un des grands atouts de Tom Laperche. Présent dès les premières étapes du projet, il a participé à son évolution avant d'en prendre les commandes.
Sur cette Route du Rhum, l'association entre le marin et sa machine a atteint un niveau de maturité remarquable. Rapide dans les différentes conditions rencontrées, SVR-Lazartigue a permis à son skipper d'imposer un rythme très élevé sans subir d'avarie majeure. Un équilibre entre fiabilité et performance qui s'est révélé décisif face à une concurrence pourtant particulièrement relevée.
Avec une moyenne réelle supérieure à 27 nœuds sur plus de 4 300 milles, le trimaran bleu a démontré tout son potentiel sur l'Atlantique.
La victoire de Tom Laperche dépasse le simple cadre d'un succès sportif. Elle symbolise aussi l'arrivée à maturité d'une nouvelle génération de navigateurs, capables de rivaliser avec les plus grands spécialistes de la course océanique. À 29 ans, le Breton rejoint un palmarès prestigieux et succède à Charles Caudrelier, vainqueur de l'édition 2022. Il inscrit surtout son nom dans l'histoire de la Route du Rhum en établissant un nouveau temps de référence sur la traversée entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre.
Son succès prend une dimension particulière au regard de la manière dont il a été construit. Une prise de pouvoir dès les premières heures, une parfaite lecture des conditions météorologiques, une maîtrise constante du bateau et une capacité à adapter son engagement face aux risques. Dans une catégorie Ultim où les vitesses ne cessent de progresser et où les exigences techniques sont immenses, Tom Laperche a démontré qu'il possédait toutes les qualités nécessaires pour s'imposer au plus haut niveau.
Il reste désormais à découvrir jusqu'où le jeune navigateur pourra porter ses ambitions. Mais une chose est certaine : avec cette Route du Rhum 2026 remportée dès sa première tentative, Tom Laperche a franchi un cap majeur.
Et à voir son sourire à Pointe-à-Pitre, difficile d'imaginer plus belle manière de commencer un nouveau chapitre de sa carrière.