Route du Rhum 2026 : Violette Dorange pourra-t-elle repartir à temps pour rejoindre la Guadeloupe ?

© Loic Venance
Charline David
Par Charline David
Carte de la course Route du Rhum Destination Guadeloupe

Quatre jours après le départ de la Route du Rhum, Violette Dorange est toujours à terre, mais elle n'a pas renoncé à son rêve de rallier la Guadeloupe. Victime d'une collision avec Romain Pilliard, la navigatrice a rejoint Lorient pour réparer son IMOCA Initiatives-Cœur. Son objectif : reprendre la mer avant qu'il ne soit trop tard, avec une échéance fixée au 3 décembre et un défi solidaire qui lui tient particulièrement à cœur. D'autres concurrents, notamment Marco Guerra et Vincent Riou en Class40, tentent également de sauver leur course après des avaries.

Pourquoi Violette Dorange est-elle toujours à terre ?

Le départ de sa première Route du Rhum devait marquer une nouvelle étape dans sa carrière. Mais pour Violette Dorange, l'aventure a pris une tournure inattendue dès les premières heures de navigation. Dimanche 1er novembre, peu après avoir quitté Saint-Malo, son IMOCA Initiatives-Cœur est entré en collision avec le trimaran Use It Again de Romain Pilliard, engagé en Vintage Multi.

Le choc a été particulièrement violent. Alors que son bateau naviguait à près de 28 nœuds, la jeune skippeuse a été projetée à l'intérieur du monocoque. Si elle n'a pas été blessée, les dégâts sur Initiatives-Cœur sont importants : le foil tribord est endommagé, la structure a été touchée et une voie d'eau s'est ouverte.

Après une première escale à Roscoff pour sécuriser le bateau, Violette Dorange a finalement rejoint Lorient mercredi 4 novembre. C'est dans son port d'attache que son équipe technique doit désormais réaliser les réparations nécessaires pour envisager une traversée de l'Atlantique. Une intervention d'autant plus délicate que les dommages structurels nécessitent une expertise approfondie avant toute remise en navigation.

Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe avec METEO CONSULT Marine.

Va-t-elle réellement pouvoir reprendre la Route du Rhum ?

Malgré cette mésaventure, Violette Dorange n'a pas annoncé son abandon. Bien au contraire, elle a rapidement affiché sa détermination à poursuivre la course et à rejoindre Pointe-à-Pitre, même si ses ambitions sportives ont forcément été revues à la baisse.

« Mon objectif reste d'arriver en Guadeloupe », a-t-elle affirmé après l'accident. Pour y parvenir, l'équipe Initiatives-Cœur doit toutefois relever un véritable défi technique. Le bateau doit être sorti de l'eau, démâté et ses foils retirés afin de permettre une inspection complète de la structure. Les techniciens devront ensuite réparer les zones endommagées et s'assurer que le monocoque pourra supporter les contraintes d'une traversée en solitaire.

Le chantier pourrait nécessiter environ neuf jours, selon les premières estimations rapportées le 4 novembre. Ce calendrier reste néanmoins susceptible d'évoluer en fonction de l'ampleur des dégâts constatés. Car au-delà de la volonté de repartir, la sécurité reste évidemment la priorité : impossible d'engager Initiatives-Cœur sur plusieurs milliers de milles sans avoir la certitude que sa structure est suffisamment fiable. La navigatrice conserve donc une chance de reprendre la mer, mais aucune date de redépart n'est encore officiellement fixée.

 


Jusqu'à quand peut-elle franchir la ligne d'arrivée en Guadeloupe ?

C'est la grande question qui se pose désormais pour Violette Dorange. Le règlement de la Route du Rhum prévoit une fermeture de la ligne d'arrivée le 3 décembre 2026. Pour terminer officiellement sa première participation, elle devra donc rallier Pointe-à-Pitre avant cette échéance.

Le calendrier s'annonce particulièrement serré. Si les réparations prennent une dizaine de jours, la navigatrice pourrait théoriquement retrouver l'Atlantique à la mi-novembre. Il lui resterait alors un peu moins de trois semaines pour parcourir les quelque 3 500 milles nautiques séparant la Bretagne de la Guadeloupe.

Une traversée dans ce délai reste envisageable pour un IMOCA, mais tout dépendra des conditions météorologiques et de l'état du bateau après les réparations. Il faudra notamment trouver une fenêtre favorable pour quitter les côtes françaises, traverser l'Atlantique Nord et rejoindre les alizés sans perdre trop de temps dans des zones de vents faibles ou contraires.

Contrairement aux concurrents déjà engagés dans la traversée, Violette Dorange ne pourra pas se permettre de patienter indéfiniment pour attendre les meilleures conditions. Chaque journée supplémentaire passée au chantier réduira sa marge de manœuvre et compliquera son objectif d'arriver avant le 3 décembre.


Pourquoi tient-elle tant à repartir malgré ses chances de podium envolées ?

Au-delà de la performance sportive, Violette Dorange porte un projet qui donne une dimension toute particulière à cette Route du Rhum. Avec Initiatives-Cœur, elle s'est fixé pour objectif de contribuer à sauver 20 enfants atteints de malformations cardiaques, grâce à la mobilisation du public et de ses partenaires au profit de l'association Mécénat Chirurgie Cardiaque.

Le principe repose notamment sur les dons du public, doublés par les sponsors-mécènes, ainsi que sur les nouveaux abonnements aux réseaux sociaux du projet, qui génèrent également des contributions financières. Ces fonds permettent de financer les opérations d'enfants qui ne peuvent pas être pris en charge dans leur pays d'origine.

Et malgré l'accident, la mobilisation ne faiblit pas. Au 4 novembre, Initiatives-Cœur annonçait déjà avoir réuni l'équivalent du financement nécessaire pour sauver 13 enfants sur les 20 visés. Une avancée importante qui encourage la navigatrice à poursuivre son aventure, même si la perspective d'un résultat sportif semble désormais hors d'atteinte.

Pour Violette Dorange, rejoindre la Guadeloupe représente ainsi bien plus qu'une simple ligne d'arrivée. C'est aussi l'occasion de continuer à faire vivre son projet solidaire, de sensibiliser le public et, elle l'espère, d'atteindre son objectif de 20 enfants sauvés.


Et les autres skippers contraints de s'arrêter ou de se dérouter ?

Violette Dorange n'est pas la seule à devoir composer avec les conséquences d'une avarie. En Class40, plusieurs navigateurs ont également vu leur progression brutalement interrompue, avec l'espoir de pouvoir reprendre la course après une intervention technique.

C'est notamment le cas de Marco Guerra, skipper d'Imagin'Act-Socomec, contraint de rejoindre Port-la-Forêt dès le lundi 2 novembre. Le navigateur a signalé plusieurs problèmes techniques, dont des mouvements anormaux de sa quille, une voie d'eau et des défaillances électroniques. Face à ces anomalies, il a préféré privilégier la sécurité et retrouver la terre ferme afin que son équipe puisse examiner le bateau. Son escale technique illustre les difficultés rencontrées par certains Class40 dès les premières heures de cette transatlantique. Au 4 novembre, les dernières informations consultées confirmaient cette escale, sans permettre d'établir une date précise de reprise.

Autre situation délicate, celle de Vincent Riou, engagé à bord de Pierreval-Fondation GoodPlanet. Lundi 2 novembre, alors qu'il naviguait sous spi dans 25 nœuds de vent et une mer formée, le skipper a subi la rupture d'un axe d'étai de J1, une pièce essentielle au maintien du gréement. Le navigateur expérimenté a rapidement réussi à sécuriser son mât, évitant ainsi un démâtage qui aurait probablement mis un terme à sa course. Une réparation en pleine mer s'annonçant particulièrement compliquée, il a envisagé de se dérouter vers le cap Finisterre, au nord-ouest de l'Espagne, pour trouver une solution. Les informations disponibles ne permettent pas encore de confirmer qu'il a effectué une escale ou terminé les réparations.

Enfin, Romain Pilliard, directement impliqué dans la collision avec Violette Dorange, a également rejoint Roscoff avec son trimaran Use It Again. Les dommages constatés sur la structure du multicoque nécessitent une expertise approfondie, et le navigateur reconnaissait dès les premiers jours ne pas savoir s'il pourrait reprendre la compétition.

Pour ces concurrents, la Route du Rhum se joue désormais autant dans les ports et les chantiers qu'au large. Mais c'est surtout du côté de Lorient que les regards restent tournés, où Violette Dorange et son équipe tentent de remettre Initiatives-Cœur en état. Avec une ligne d'arrivée qui ferme le 3 décembre et encore sept enfants à aider pour atteindre son objectif solidaire, la navigatrice a toutes les raisons de vouloir reprendre la mer. Reste à savoir si le bateau et le calendrier le lui permettront.


Sur une course où la route la plus courte est rarement la plus rapide, la météo peut faire toute la différence. METEO CONSULT accompagne les navigateurs dans leur préparation et leurs choix de route, tout en fournissant à la direction de course des prévisions précises pour anticiper les situations à risque.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.