Thomas Coville, deuxième de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe !
Sur le papier au départ de Saint-Malo, il était l’outsider, lui le plus expérimenté en multicoque de toute la flotte, lui le nouveau recordman du Trophée Jules Verne en équipage, lui toujours en appétit à 58 ans, sur un bateau que l’on sait moins performant que les meilleurs mais dont la polyvalence et la solidité sont des atouts qui comptent à l’échelle d’une transat hivernale.
Dès le départ, Thomas constate que « les bateaux les plus légers et qui volent tôt » s’emparent du commandement dans ce scenario météo light qui n’est pas l’idéal pour lui. La route vers l’Irlande puis les Açores parait facile mais le rythme imprimé par les leaders est sans merci. Les défections d’Actual Ultim 4 et de Gitana 18 clarifient le classement. Bon troisième, Sodebo Ultim pointe à 100 milles de de Tom Laperche à l’entrée du thalweg et doit surveiller dans son rétroviseur Armand Thiéry sur lequel Louis Burton n’entend visiblement pas faire de la figuration. Faut-il suivre la route idéale des leaders quitte à voir l’écart se creuser en vitesse pure ? Ou lâcher la proie pour l’ombre, donc risquer de voir Louis Burton lui ravir la troisième place du podium ?
Thomas Coville prend son destin en mains, laisse la dorsale de côté et plonge mardi dans l’étroit couloir de vent de Nord-Ouest, condamné à tenter même si les modèles ne donnent pas l’option gagnante. On ne sait pas à ce moment de la course qu'il a cassé un premier foil et qu'il ne navigue plus vraiment à armes égales. Il multiplie les empannages, laisse dans la bagarre son grand gennaker (J.0) et se trouve contraint de se réaligner derrière Tom Laperche 24 heures plus tard, leader esseulé après le chavirage d’Armel Le Cléac’h. Un chavirage qui bouleverse également Thomas, les nerfs à vif à la vacation de jeudi, éreinté par un scénario météo « où aucune situation n’est standard, où tout est sauvage ». Pour ne rien arranger, le skipper de Sodebo Ultim doit effectuer une pénalité de 45 minutes pour rupture de plomb de l’arbre d’hélice au départ. Il profite d’une accalmie pour réparer avec le minimum de perte car désormais, il s’agit de sauver une belle deuxième place, qui complète ses deux podiums (2006 et 2010) et sa victoire surprise en 1998 en monocoque sur la Route du Rhum Destination Guadeloupe.
Dans les derniers mille milles du parcours, Thomas Coville gère avec expérience son avance sur Louis Burton, traverse la dépression tropicale et soigne son atterrissage sur la Guadeloupe, un très mauvais souvenir il y a quatre ans où Sodebo Ultim 3 s’était retrouvé prisonnier d’un dispositif de pêche qui avait obligé le skipper à un bain forcé. Les éditions se suivent et se ressemblent car dans la journée de vendredi (13 Novembre !), il casse son deuxième foil. C'est la surprise du chef à l’arrivée, Sodebo Ultim 3 ne vole plus et pour cause...
Très beau deuxième dans l'adversité, Thomas Coville peut désormais raconter les blessures de sa course et rendre hommage au jeune Tom Laperche dont il a vu de près émerger le talent (voir portrait). Saluer aussi l’arrivée dans la famille Ultim d’un transfuge de l’IMOCA, Louis Burton, qui démontre que la classe des grands trimarans n’est pas si exclusive que ça.
